De l’assassinat de la jeune Lola à la disparition inquiétante de Delphine Jubillar. Les faits divers sont devenus un facteur important concernant le sentiment d’insécurité des Français. Mais il ne faut pas oublier que les médias alimentent davantage cette préoccupation.

Entre les années 1960 et 1980, les crimes et délits enregistrés par les services de police et de gendarmerie étaient en forte progression. Mais depuis le début des années 2000, les actions criminelles ont considérablement diminuées. Pour cette génération, avec l’essor d’internet et des médias, l’information autour des faits divers a eu un réel impact sur la question de l’insécurité en France. En attirant l’attention des auditeurs, les médias influencent l’opinion publique, même si des études prouvent le contraire. Les chiffres annoncés par le Ministère de l’Intérieur représentent différentes réalités. Ils mettent en commun des faits pour la plupart très distincts allant de l’homicide à la falsification de documents d’identité. Il est alors difficile de mesurer l’insécurité en France de manière précise. Cela dépend de nombreux facteurs tels que la définition de l’insécurité, la région considérée et les sources de données utilisées. En France, plusieurs facteurs sont utilisés pour évaluer l’insécurité. Le taux de criminalité, le taux de victimes de crimes violents et le taux de délits qu’ils soient importants ou non. 

À l’opposé, l’ouverture de la parole aux victimes et la sensibilité à la violence est en hausse depuis plusieurs années. L’époque où les violences étaient gardées sous silence  tend à être révolue. On déclare des faits que l’on ne déclarait pas auparavant. Notamment les violences physiques et psychologiques subies par les femmes. Les mœurs changent et le développement des assurances permet de signaler davantage les crimes et les délits.

Globalement, en France, un peu plus d’une personne sur dix dit se sentir en insécurité. Ce chiffre évolue peu depuis vingt ans, selon les données présentées par l’Observatoire scientifique du crime et de la justice. Mais ce sentiment d’insécurité peut s’exprimer par «  une préoccupation qui se cristallise sur la criminalité, mais qui la dépasse largement ». Attention, la diminution ou la stabilisation des indicateurs de sécurité ne signifie pas que le problème n’existe pas. Les déclarations augmentent du fait d’une plus forte sensibilité, il faut apporter des réponses aux 10% de la population qui se sent en insécurité, quelle qu’en soit la forme. Chaque année, ce sont plus de 700 000 personnes de 14 ans ou plus qui se disent victimes de violences hors du cercle familial. Elles peuvent certes être de cadre divers, mais il est tout de même important d’y prêter attention. Mais il y a une forme d’inégalité sociale dans le sentiment d’insécurité. Dans les quartiers dits populaires, 30% des femmes ne se sentent pas en sécurité contre 18% chez les hommes. Tandis que dans d’autres quartiers ce chiffre atteint 17% pour les femmes et 8% pour les hommes. Souvent, lorsque les postes de police sont assez loin des habitations, ce sentiment peut se développer. 

La médiatisation des faits divers, un nouveau regard sur la criminalité ? 

Les faits divers sont des nouvelles qui relatent des événements choquants et plus souvent violents qui se produisent dans une communauté. La plupart du temps, ils incluent des accidents, des catastrophes naturelles ou encore des crimes. Ces nouvelles sont particulièrement présentées comme étant basées sur des faits réels. Mais parfois, elles sont présentées de manière à créer un sentiment de crainte ou d’insécurité chez les lecteurs ou les téléspectateurs. Mais la médiatisation en masse des informations et des faits divers provoque une forte croissance du sentiment d’insécurité. Mais les faits, eux, ne mettent pas en avant une évolution notable. La perception de l’insécurité en France peut aussi varier selon l’âge, le sexe, la classe sociale ou encore le lieu de résidence. En général, certaines personnes peuvent ressentir plus d’insécurité que d’autres, mais cela ne signifie pas que la France est plus ou moins sûre qu’un autre pays. Il est essentiel de rappeler que la plupart des endroits sont relativement sûrs et que les Français vivent quotidiennement sans qu’un incident grave ne survienne. 

Dans certains cas, l’engouement créé autour de ces faits divers contribue à provoquer ce sentiment d’insécurité en France. Si les médias couvrent de manière parfois excessive des événements violents ou choquants, cela peut donner l’impression que la société est plus dangereuse qu’elle ne l’est réellement. Les émissions de télévision dédiées aux faits divers peuvent aussi créer une certaine admiration des téléspectateurs. Pour Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai, « Théâtre antique, Opéra, journaux, livres, cinéma, ont largement précédé la télévision. Mais la mise en scène d’un fait divers particulièrement odieux ou spectaculaire peut mobiliser l’opinion publique pour un moment. Il reste aussi un petit espace pour le décryptage et la pédagogie que les antennes télévisées qui éclaire sans surjouer la dramaturgie ». Cependant, ce sont les téléspectateurs mordus de faits divers qui regardent le plus ces émissions. Mais il faut voir au-dessus du simple récit. Selon Alain Bauer, « le téléspectateur demande ces émissions quoi qu’il en soit. Le vrai débat porte sur la mise en scène du crime et la capacité à sortir du tragique pour donner de l’espace au décryptage ».

Les faits-divers sont aussi présentés de manière à mettre en valeur les aspects les plus sombres de la société. Ce qui peut donc susciter un sentiment de méfiance envers les autres et même une perception négative de la communauté. Mais il est important de se rappeler que les faits divers ne représentent qu’une partie de ce qui se passe dans une communauté. Il ne faut pas se laisser influencer par eux de manière excessive. Il est tout aussi important de considérer les sources d’information et de bien vérifier si elles sont fiables avant de se faire une opinion sur le sujet. Ce n’est pas la télévision qui définit les faits divers. Les crimes et les délits peuvent être mélangés voire confondus ce qui pourrait nuire à une bonne définition du niveau d’insécurité en France. Pour Alain Bauer, « le code pénal définit des contraventions, des crimes et des délits. On peut donc mélanger ce que l’on veut. Mais la statistique criminelle française reste partielle, parcellaire et souvent partiale. Il faut donc traiter de la question avec précautions et explications. Ce que le temps télévisuel permet rarement de faire ». Donc lorsqu’il s’agit de criminalité, il est nécessaire de se rapporter à la justice et non à la télévision. 

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