En France, ce sont 7,4 millions de personnes qui vivent dans des communes où il est difficile de consulter un médecin généraliste. Ces zones sont répertoriées, pourtant aucune mesure forte n’a encore été prise pour répondre à la demande d’accès aux soins.

« Quand on est âgé, faire beaucoup de route devient un calvaire. » C’est ainsi que Mauricette, 82 ans, habitante d’un village du Loiret (45) commence son témoignage. Un quotidien qui illustre celui d’une personne sur dix en France. Aujourd’hui, 11 % des français de plus de 17 ans, n’ont pas de médecin traitant. Un chiffre en constante augmentation qui inquiète et indigne. « Nous sommes délaissés depuis des années, nous payons des cotisations sociales auxquelles nous ne profitons pas », s’indigne Mauricette. Un phénomène paradoxal quand le nombre de médecins en France n’a jamais été aussi élevé. Malheureusement, les médecins généralistes sont de moins en moins nombreux. Une démographie médicale très préoccupante à cause d’un fort vieillissement de la profession dont le renouvellement n’est pas assuré par l’arrivée des jeunes générations, entraine des difficultés d’accessibilité́ aux soins du quotidien. 

Remédier à ces déserts médicaux, c’est ce qu’ont essayé de faire les différents gouvernements en place. Depuis 2013, des mesures d’incitations financières existent. Le dispositif garantit, un revenu net de 3 640 euros par mois et une protection sociale améliorée. De quoi inciter de jeunes médecins à s’installer dans les territoires les plus touchés par cette pénurie. Cependant, malgré les efforts de l’État et des communes qui mettent des cabinets à disposition, les mesures ne suffisent pas à séduire. Ce sont à ce jour moins d’une centaine de médecins qui se sont installés en zone sous dotées. Alors que faire pour changer la tendance ? En janvier 2022, un projet de loi a été examiné à l’Assemblée nationale, avec une série de mesures fortes à prendre contre la désertification médicale. Après de vifs échanges, la proposition de loi de Bruno Retailleau (Les Républicains) prévoyant d’allonger d’une année la formation des généralistes, a été adoptée par les sénateurs en première lecture, le mardi 18 octobre 2022. Des obligations pour les jeunes médecins qui ont très mal été accueillies auprès de l’ordre des médecins. 

La technologie pour pallier ce manque 

Pour combler ce manque, de plus en plus de médecins proposent désormais la téléconsultation. Le principe, rester chez soi et décrire ses symptômes au médecin derrière son ordinateur. Le système fait réagir. Pourtant, cette formule convient aux utilisateurs. Pas de délai à rallonge pour un simple renouvellement d’ordonnance. Moins de frais pour les médecins et un gain de temps pour le patient. De quoi dépanner. Une méthode qui s’étend chez les spécialistes comme les ophtalmologues. Aujourd’hui, il est donc possible de se rendre chez un opticien, d’effectuer un examen à distance, dans une cabine prévue à cet effet. Résultat, 40 min plus tard, vous repartez avec l’ordonnance dont vous aviez besoin.  Selon Mauricette, cette solution est insuffisante, surtout pour les personnes, comme elle, qui n’utilisent pas internet. « À nos âges, nous avons besoin d’une personne qui puisse nous parler, nous expliquer les choses. C’est un lien essentiel. » 

Une inquiétude partagée par les maires qui voient leur population diminuer faute de services. C’est le cas de madame le maire de Boissise-le-Roi en Seine-et-Marne, très touchée par le phénomène. « Nous sommes inquiets d’autant plus que nous sommes quand même en ville et en Ile-de-France. »  Il est important de rappeler que l’Ile-de-France est largement touchée. « La population est trop importante par rapport au nombre de médecins présents aux alentours », poursuit madame le maire. Comparé aux idées reçues, cette région est extrêmement touchée, avec 62,4% de la population qui ont des difficultés à accéder à des rendez-vous médicaux. Une tendance qui va s’accélérer car la moyenne d’âge des médecins libéraux est de 69,4 ans. Les départs à la retraite sont alors un drame pour les patients. « Notre médecin est parti à la retraite à 75 ans, personne n’a souhaité le remplacer. Aujourd’hui, le médecin le plus proche est à 45 km et c’est à l’hôpital », déplore Mauricette. Des difficultés qui incitent les personnes les plus fragiles à quitter leurs habitudes pour se rapprocher de communes équipées. « S’il m’arrive quelque chose chez moi aujourd’hui, il est presque sûr que j’aurai le temps de m’éteindre avant que les secours arrivent. » Quand se soigner devient un luxe et que la conjoncture actuelle ne fait qu’accentuer les inégalités, un grand nombre attendent les médecins comme le messie. 

Violaine Verniol

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