Illustration d'une scène de meurtre. © S. Chafa, Certains droits réservés.

Le rapport annuel de RSF sur la situation de la liberté de la presse vient d’être publié mercredi. L’organisme déplore dans son communiqué pas moins de 533 journalistes emprisonnés dans le monde, un chiffre en hausse en 2022.

C’est une quarantaine de plus que l’an dernier. Plusieurs centaines de journalistes sont actuellement détenus sur l’ensemble de la planète, et plus de la moitié d’entre eux le sont au cœur de seulement cinq pays. La Chine arrive en tête de ce palmarès, suivie de près par la Birmanie et l’Iran. Ce dernier n’en faisait pas partie par le passé, mais à la suite des nombreuses contestations ayant éclatées il y a quelques mois, s’est rapidement retrouvé dans le top trois. Le nombre de journalistes tués est également en constante augmentation, et s’élève aujourd’hui à 57. Cela s’explique notamment par le conflit russo-ukrainien, au cours duquel huit d’entre eux sont décédés. Il faut cependant souligner une précision importante : « près de 80 % des professionnels des médias tués en 2022 ont été sciemment visés en raison de leur profession et des sujets sur lesquels ils travaillaient », comme « le crime organisé et la corruption », note Reporters Sans Frontières dans sa déclaration.

Selon la déclaration de Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, il semblerait que ‘’ « Les régimes dictatoriaux et autoritaires effectuent un remplissage accéléré de leurs prisons en incarcérant des journalistes ». L’ONG a aussi relevé une multiplication des arrestations visant des femmes reporters. Une politique sexiste ou une cause distincte ? Ce chiffre est vraisemblablement dû à une féminisation importante du métier ces dernières années.

De la méfiance à la défiance

Être journaliste n’a jamais été facile, peu importe son domaine d’action ou son lieu de résidence. De la simple méfiance à l’assassinat, en passant par la torture et la détention, les journalistes ne sont pas les plus appréciés. En 2019, seulement un quart de la population française admettait par exemple faire confiance aux médias. Bien que ce chiffre ait depuis évolué pour atteindre un score de 44 à 49%, aucune chaîne ou presse papier n’arrive aujourd’hui à obtenir une majorité de confiance. Le secteur du journalisme web est le plus touché, et recule d’années en années dans l’estime de son audience. Cette défiance envers l’information impacte les reporters dans leur pratique quotidienne. Sur le terrain, certains avouent avoir déjà subi de nombreuses agressions et intimidations. Jean-Luc Thomas, témoigne au micro de 20 Minutes : « Je me suis dit, si tu tombes ils vont te tuer. Pour la première fois de ma vie j’ai eu peur », raconte-il à propos d’une manifestation qu’il avait couverte en 2018. Le public les accuse tour à tour d’abêtir volontairement le peuple, tout en étant les complices du capitalisme et des hommes de pouvoir. Et selon certains, surtout prêts à tout pour faire de l’audience, quitte à fournir une information tronquée et déformée. C’est d’ailleurs ce que souligne Serge Halimi dans son livre Les Nouveaux chiens de garde, notant avec amertume la pratique d’un journalisme-marchandise et de connivence par quelques-uns, pieds et poings liés aux grands patrons qui les dirigent.

Ceci reste cependant un exemple de haine modérée. Dans d’autres pays, tels que ceux d’Amérique du Sud ou d’Asie, le quotidien des journalistes est bien plus dangereux. Une centaine d’homicides ont par exemple été recensés en 20 ans au Mexique. Un Mécanisme de Protection est habituellement mis en place pour protéger ceux qui sentent leur vie menacée. Mais par manque de personnel, de moyens financiers et dû à une mauvaise gestion administrative, nombreux ont été ceux à être assassinés avant d’avoir pu en bénéficier. Les causes de ces meurtres sont diverses. Il suffit en effet d’avoir couvert un sujet qui déplaît au gouvernement, découvert une corruption ou un trafic de drogue ou obtenu des informations compromettantes sur une personne influente. L’Afghanistan et les Philippines ne sont pas non plus un lieu favorable à la liberté d’expression. Kidnapping, disparitions, arrestations abusives… Malgré les demandes d’asiles et les protections internationales, certains reporters sont transférés dans leur pays natal, et condamnés à mort par des Etats officiels, pour avoir exprimé une opinion personnelle.

De nombreuses ONG cherchent aujourd’hui à prouver ces infamies pour les traduire en justice, et bien que leur champ d’action s’élargisse, leur combat est loin d’être terminé. C’est maintenant au tour de gouvernement influents de faire changer les choses à leur échelle.

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