Le 26 novembre 1985, Coluche lançait les restos du cœur pour distribuer trois milles couverts par jour. Durant cette première campagne, ce sont 8,5 millions de repas qui seront distribués par plus de 5 000 bénévoles. 38 ans plus tard, l’aggravation de la précarité des plus démunis provoquée par la crise sanitaire, l’inflation des prix et de l’énergie n’a fait que renforcer l’utilité de cette association.

Jacques Latil, responsable des Restos du Cœur des Hauts de Seine (92). T.F

Cette année, le contexte est particulièrement difficile entre inflation et hausse des prix de l’énergie. Le nombre de demandeurs est monté en flèche et certains se pose la question désormais entre se nourrir et se chauffer. La pandémie du Covid-19, avait surtout enfoncé ceux qui étaient déjà fragilisés et poussé d’autres à venir s’inscrire. L’aide alimentaire n’a jamais été aussi cruciale en France depuis quelques années. Les crises se succèdent, et la précarité s’aggrave.

Une nouvelle édition toujours à la hausse 

Jacques Latil, responsable des Restos du cœur des Hauts-de-Seine : « cette année, je la vois un peu de la même façonque l’année dernière car historiquement quand on a des augmentations comme celles que nous avons subies l’an passé, on ne revient jamais au point de départ. » Les premiers effets de la crise se font déjà fait ressentir. Lors de cette 38e édition, le nombre de bénéficiaires est en augmentation de 12% en 2022. Pour rappel, en novembre 2021 l’association avait distribué 142 millions de repas contre 136 millions en 2020. Aujourd’hui, environ dix millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté monétaire, soit 60% du niveau de vie médian, seuil établi à 1 102€ en 2022. De plus, près de 30 % ne déclarent actuellement aucune source de revenu, contre 20 % l’an passé. « Ce sont ces personnes-là, précisément que nous touchons. Nous pensons donc connaître une augmentation des repas distribués lors de cette nouvelle ouverture », déplore le responsable associatif.

Une augmentation des étudiants

Le centre de distribution de la ville de Boulogne-Billancourt a dû adapter ses horaires depuis deux ans afin d’aider les étudiants en grande précarité. L’association a également établi des partenariats avec différents CROUS comme celui de l’Université de Nanterre. Depuis 2021, près d’une personne sur deux qui vient demander de l’aide, à moins de 26 ans et près de 40% des étudiants qui poussent la porte sont isolés. D’autre part, de plus en plus de collèges et lycées se donnent à cœur joie d’aider des bénéficiaires des Restos du cœur en organisant des collectes dans les grandes surfaces. Cela leur permet de remettre à l’association durant ces quelques jours de la nourriture, des habits ou encore de l’électro-ménager.

La générosité des français davantage sollicitée

Les Restos du cœur n’envisagent en aucun cas de réduire l’aide apportée à leur 1,1 million de bénéficiaires, mais ils sont toujours à la recherche de nouveaux donateurs. L’association appelle plus que jamais aux dons des Français, qui contribuent à environ 75% des besoins de la structure.

« Les Français sont très généreux mais nous sommes toujours à la recherche de nouveaux donateurs car nous vivons uniquement de subventions et de dons. En dehors de la nourriture, il nous faudrait une aide considérable pour financer le remplacement de notre parc automobile actuel, peu écologique ; de nos outils informatiques (ordinateurs obsolètes cédés par des entreprises) ou encore le financement d’une nouvelle chambre froide pour l’entrepôt d’Argenteuil, dont le coût s’élèverait entre 50 000 et 100 000 euros. » Cette générosité est encore plus nécessaire que l’an dernier à cause de l’accroissement sans cesse des demandeurs, des conditions économiques, sociales et sanitaires. Le traditionnel concert des  »Enfoirés » de 2022, qui devaient attirer environ 50 000 spectateurs à Montpellier, a été finalement enregistré sans public à cause du Covid, occasionnant un manque à gagner de 4 millions d’euros pour l’association sur un budget total d’environ 200 millions, non comblé par l’Etat à ce jour.

L’association peine à recruter

Avec environ 70 000 bénévoles réguliers et 23 000 bénévoles occasionnels, répartis dans les 1 923 centres et antennes, les Restos du cœur peine à recruter de nouveaux volontaires. Leur ambition serait de toucher une population de bénévoles plus jeunes (des étudiants en particulier) car la plupart de ceux déjà présents sont des retraités. En plus d’être à la recherche de volontaires sur les lieux de distributions ou de collectes l’association connait des difficultés à recruter sur les postes à responsabilités, « ceux-ci nécessitant une réelle présence et un fort engagement (création des plannings, réception marchandise, vérification de l’hygiène des produits, …) », explique Jacques Latil. Au niveau national seulement une centaine de salariés sont rémunérés, ce qui est très peu au regard de l’effectif global. De plus, parmi les nombreux bénévoles des Restos du cœur, beaucoup sont eux-mêmes modestes voire précaires, et certains connaissent des difficultés à payer leurs frais de carburant pour se rendre dans les centres de distribution.

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