La soirée Grands reporters au Prix des correspondants de guerre à Bayeux s’est déroulée vendredi 7 octobre.

Le Prix des correspondants de guerre a lieu en ce moment à Bayeux. L’édition se déroule du 3 au 9 octobre. La guerre en Ukraine est cette année au centre des débats, expositions et tables rondes. Mais après plusieurs mois de conflits, l’intérêt médiatique autour du conflit diminue et l’opinion publique semble s’en désintéresser. Les journalistes présents en Ukraine doivent donc redoubler d’efforts pour continuer à couvrir cette guerre.

Vendredi 7 octobre, plus d’une dizaine de journalistes sont réunis lors de la soirée Grands reporters sur le thème :  »l’Ukraine, épicentre d’une autre longue guerre en Europe ? ». Parmi les nombreux sujets abordés lors de la soirée, les journalistes ont pu exposer leur point de vue sur la médiatisation d’une guerre sur le long terme. Depuis le 24 février 2022 et même plus largement depuis 2014, les journalistes font évoluer leurs méthodes de travail afin de continuer à susciter l’intérêt du public pour la situation ukrainienne.

Une lassitude de l’opinion publique

Lors de la soirée Grands reporters, Guillaume Herbaut, photojournaliste, témoigne : « mon travail, c’était qu’on n’oublie pas cette guerre ». Après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, le conflit dans le Donbass n’a quasiment plus été couvert par les médias. Pourtant, il n’a jamais cessé.

Maurine Mercier, journaliste à Radio France, explique en marge de la soirée les défauts de la couverture médiatique de la guerre en Ukraine. Elle qualifie les médias de « boulimiques » : « il y a cet instant où l’on s’intéresse énormément aux sujets, on couvre énormément, presque trop. » Une tendance qui a des conséquences sur le long terme. En effet, « vient le moment où il y a une lassitude médiatique, une lassitude des gens. »

Pour éviter de créer cette lassitude, les journalistes doivent « faire moins, mais faire encore mieux » selon Maurine Mercier. Présente à Donetsk en 2014 et aujourd’hui basée à Kiev, la journaliste analyse : « il faut vraiment amener une plus-value, quelque chose qui puisse permettre aux gens de comprendre. […] Jeter de la violence à la figure des gens gratuitement, ça ne sert à rien. Il faut pouvoir exprimer quelque chose, il faut faire comprendre. » Un bon reportage dans une zone de conflit doit permettre au public d’en savoir plus. C’est sa mission en tant que journaliste.

Susciter l’intérêt du public avec des histoires personnelles

Pour éviter que l’opinion publique ne se désintéresse de la guerre en Ukraine, Maurine Mercier a choisi d’aller à la rencontre des Ukrainiens afin de raconter leur histoire. Lors de son intervention, durant la soirée, elle précise : « À partir d’un témoignage, on peut faire comprendre. »

Maurine Mercier est notamment allée à la rencontre des habitants de la ville meurtrie de Boutcha. Durant plusieurs jours, elle a interrogé les femmes de la ville afin de recueillir leur témoignage. Les centaines de personnes réunies dans le public ont eu l’occasion d’écouter l’un de ces reportages audios de la reporter. Il s’agit du récit d’une Ukrainienne violée par des soldats russes. Un reportage choquant, que l’auditoire, réuni dans le Pavillon de Bayeux, a écouté avec attention. Silence de plomb à la fin du témoignage. Les spectateurs semblent bouleversés et émus.

Le choc est en effet un outil trouvé par de nombreux journalistes pour capter l’attention du public. Le photoreporter de l’AFP Arris Messinis, présent au Prix Bayeux, le confirme. « La meilleure photo est celle qui choque, qui marque les esprits. » Elle doit raconter les histoires personnelles les plus fortes et les combats menés par les citoyens des pays en zone de conflit. Ce sont les petites histoires qui racontent la grande Histoire.

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