Chaque année, le Prix du grand reporter de guerre rassemble 40 000 visiteurs à Bayeux. Si la fréquentation est importante, pour les commerçants de la sous-préfecture du Calvados, les retombées économiques ne sont pas toujours au rendez-vous.

« Pouvez-vous vous décaler du trottoir ? », « s’il vous plaît, de la place… ». Scolaires, journalistes ou touristes, tous se pressent dans les rues de Bayeux. Rue Saint-Malo, devant la boulangerie de la Mie Câline, un attroupement de jeunes forment une longue file. De quoi désorienter les habitants de la petite commune normande, peu habitués à accueillir tant de touristes en même temps.

La cause de cet attroupement : le Prix du grand reporter de guerre, qui se déroule à Bayeux, du 3 au 9 octobre 2022. L’évènement international, qui rassemble quelque 40 000 visiteurs est source d’attractivité pour les commerçants de la ville.

A la brasserie « la Terrasse », la semaine est inhabituelle en termes de chiffres d’affaires : « l’évènement crée du dynamisme, ça c’est sûr ! Surtout jeudi, vendredi et samedi », explique la directrice de l’établissement. Pour la journée de samedi, le petit restaurant bayeusain a augmenté son chiffre d’affaires de 30%.

Une organisation complexe

Pourtant, le Prix du grand reporter de guerre n’est pas le seul évènement annuel. Les Foulées de Bayeux, les Equidays, ou encore le Festival International du Cirque regroupent périodiquement de nombreux touristes. Avec sa célèbre tapisserie, sa cathédrale, ses musées sur le Débarquement, la petite ville du Calvados est attractive. D’autant que la plage la plus proche se situe à seulement 12 km. La saison touristique s’étend d’avril à octobre. « Bayeux est très touristique », indique la directrice d’un hôtel de la ville*. « La semaine dernière, notre établissement était plein », continue-t-elle. « Il y avait des Américains, des Canadiens, … ! Alors le Prix du grand reporter de guerre, c’est un peu une goutte d’eau dans l’océan. Sans aucune prétention, nous, on refuse du monde tout le temps. »

L’hôtel en question se situe en plein centre-ville. Avec ses quinze chambres et ses cinq studios, il peut accueillir une quarantaine de touristes. D’avril à octobre, il ne désemplit pas. Le Prix du Grand reporter de guerre a créé une réelle affluence, mais celle-ci a été compliquée à gérer : « pour être honnête, le Prix Bayeux, ce n’est pas une bonne opération pour nous, parce qu’on casse nos prix. Les chambres familiales de deux, trois ou quatre personnes ne sont pas occupées en entier, donc on perd de l’argent ! » La jeune femme est plutôt déçue ; six jours avant le festival, un groupe s’est désisté. Le manque à gagner est conséquent pour le petit hôtel.

Lundi matin, des clients avaient réservé le petit-déjeuner, puis ont changé d’avis au dernier moment. La responsable de l’hôte est ennuyée : « j’ai devant moi 14 baguettes, des croissants…. Les gens nous disent qu’ils ne viennent plus, ça crée un gâchis alimentaire inutile ». Une association a déjà réservé des chambres pour octobre 2023.

Si les avis des commerçants divergent, l’enthousiasme reste unanime : « j’ai fait de très belles rencontres, j’ai croisé les photographes du groupe Nikon qui avaient à cœur de faire connaître leur métier, j’ai découvert des écrivains, des journalistes, c’était très sympa, malgré la désorganisation », reconnaît la jeune femme.

Le Prix des correspondants de guerre est source d’attractivité pour la ville de Bayeux. Mais ces visiteurs d’un jour sont passagers : ils ne viennent que quelques jours dans la ville, et ne reviennent pas. Les répercussions économiques sont donc mitigées.

*La personne interrogée a souhaité rester anonyme.

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