Exposition de Kiana Hayeri pour le Prix Bayeux 2022. Hafiza, 70 ans, pose pour un portrait dans sa maison. Elle laisse apparaître une plaie à la gorge. Selon les médecins, cette plaie aurait été causé par le chagrin. ©Cindy Thao

“Aujourd’hui, un grand nombre de ces femmes se sentent abandonnées, délaissées”

Kiana Hayeri

A l’approche des vingt ans de l’invasion américaine, Kiana Hayeri, photoreporter basée à Kaboul en Afghanistan, a passé plusieurs mois auprès des femmes afghanes. Spécialisée dans l’évolution du conflit militaire depuis 8 ans, elle décide cette fois-ci de donner la parole aux civils. Depuis la prise de pouvoir des talibans l’année dernière, en seulement vingt jours, les droits des femmes sont à nouveau bafoués et leur liberté limitée par de fortes restrictions. Après les générations sacrifiées des années 90 lors de la première invasion talibane, c’est une nouvelle génération de femme qui risque d’être encore une fois, victime de ce régime oppresseur. Des émotions contradictoires telles que la peur et le courage, l’espoir et le désespoir émanent des photographies. Les histoires de ces femmes sont exposées un peu partout dans les rues intimistes de la ville de Bayeux durant la semaine du prix Bayeux, un événement annuel destiné à rendre hommage aux journalistes exerçant leur métier dans des conditions périlleuses. 

L’exposition débute à la Place de la Liberté, face à la cathédrale de Bayeux.  Latifa, 55 ans, est posée devant sa maison, construite à base d’argile, de plastique et de tissus située dans le quartier de Qala-I-Wahed à Kaboul. Quelque temps après, ce refuge construit suite à leur départ de leur province d’origine s’effondre à cause de la neige. (Bayeux, 06/10/2022) ©Cindy Thao
Toujours sur la Place de la Liberté, un couple contemple une photographie de Kiana Hayeri prise deux jours après la triple explosion dévastatrice à l’extérieur d’un lycée dans l’ouest de Kaboul. 80 personnes ont été tuées et 160 blessées ont été recensées. Des familles et amis se recueillent sur les tombes des 18 victimes enterrées à Tappe Shuhada (la Colline des Martyrs) Pratiquement toutes les victimes étaient des jeunes filles, âgées de 11 à 18 ans. (Bayeux, 06/10/2022) ©Cindy Thao
Accrochée sur un mur de la Place de la Liberté, cette photographie a été prise dans le village de Hossein Khail. Chaque jour, 25 lycéennes se réunissent dans cette salle de classe pour profiter le plus possible de quelques heures d’enseignement. (Bayeux, 06/10/2022) ©Cindy Thao
Le parcours se poursuit derrière le Jardin de Salomé, situé entre le Moulin et le Musée de la Tapisserie. Exposée à l’abri des regards, une histoire singulière s’y cache. En nettoyant la remise de la maison de sa grand-mère, Mahtab a trouvé un cerceau appartenant à sa mère, Foroozan, pendant qu’elle était en prison. Foroozan a pu bénéficier d’une libération anticipée en payant une caution mais avec l’arrivée du Covid-19, les visites se sont arrêtées. Les deux femmes n’ont pas pu se voir durant trois mois. (Bayeux, 06/10/2022) ©Cindy Thao
Quelques mètres plus loin, l’histoire de Nahid, 35 ans. Cette femme d’origine afghane a été victime de violence de la part de son mari, polytoxicomane. Ce dernier était le seul à pouvoir travailler et gagner de l’argent. Nahid a dû vivre à ses côtés pendant 15 ans. Durant ces longues années, il  la battait, l’a poignardée et lui a déjà tiré dessus une fois. Ses nombreuses incarcérations ne lui ont pas permis de se repentir. “Il était devenu fou. Je savais qu’il finirait par nous blesser gravement moi ou mon enfant. Un jour pendant une dispute, la situation a dérapé et je lui ai tiré dessus.” déclare t-elle à Kiana Hayeri (Bayeux, 06/10/2022) ©Cindy Thao
Le parcours de l’exposition débouche sur la rivière de l’Aure, à côté de l’ancien moulin à eau de Bayeux. Fakhria, sa fille Forochar et son associée Masooma dansent pour le mariage de leur amie Niloufar, une femme d’affaire indépendante et couronnée de succès. Elle est la représentation de cette génération de femme qui a grandi avec des libertés fondamentales que les talibans ont supprimés à la fin des années 1990. (Bayeux, 06/10/2022) ©Cindy Thao
Plus loin le long de la rivière. Fatima, âgée de 8 ans qui est venue célébrer Norouz, en moto, accompagnée de ses cousins et grands frères. Norouz est une fête traditionnelle des peuples iraniens qui célèbre le nouvel an du calendrier persan, c’est-à-dire le premier jour du printemps. Cette fête est célébrée par la plupart des communautés le 21 mars. D’autres le fêtent le 20 ou le 22 mars. (Bayeux, 06/10/2022) ©Cindy Thao
Fin du parcours. Zarina, 14 ans joue à la balançoire. Cette dernière est atteinte d’un trouble psychologique non diagnostiqué suite aux 3 attaques à la bombe auxquelles elle a survécu durant son enfance. Elle a été mariée pour la première fois à l’âge de 13 ans puis s’est remariée deux fois depuis. (Bayeux, 06/10/2022) ©Cindy Thao

Kiana Hayeri a choisi d’être au plus près des civils et de les mettre en lumière à travers des photographies imprégnées d’émotion et d’histoire unique les unes des autres. Grâce à elle, le récit de ces femmes afghanes a pu arpenter les rues de ce petit coin de Normandie durant la semaine du Prix Bayeux,  permettant de faire entendre, à nouveau, la voix isolée de ces combattantes. 

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