Le lancement par Vladimir Poutine de l’intervention militaire en Ukraine du jeudi 24 février 2022 a suscité de nombreuses réactions politiques venant des chefs d’Etat du monde entier. Les pays Occidentaux prévoient de réelles sanctions, principalement économiques, afin d’apporter leur aide à l’Ukraine, mais ces dernières auront-elles un réel impact sur la Russie ?

Lors d’un sommet entre chefs d’Etat ayant eu lieu ce jeudi 24 février à Bruxelles, les dirigeants de l’Union Européenne se sont mis d’accord sur un durcissement des sanctions à l’encontre de la Russie suite son intervention militaire en Ukraine. 

Il a été décidé que son accès aux marchés de capitaux européens serait considérablement limité, ce qui provoquera l’aggravation de sa dette. Le but étant d’asphyxier financièrement la Russie et de la priver durablement des ressources étrangères. Dans ce même but, les Etats-Unis ont décidé de se lier aux Européens en lui interdisant de lever de nouvelles dettes : « Nous mettons en place des sanctions sur la dette souveraine russe. Le gouvernement ne peut plus lever d’argent à l’Ouest, et ne peut plus non plus échanger sa dette en Europe », a déclaré Joe Biden mardi soir. Le gel des avoirs dans l’Union Européenne de Vladimir Poutine et de son ministre des Affaires Etrangères a également été établi. Cela signifie que leurs comptes bancaires et autres ressources économiques seront bloqués.

D’après Paul Charlot, avocat au sein du cabinet Hasher, « Ces sanctions sont inédites car c’est la première fois que de telles décisions sont prises à l’encontre de Vladimir Poutine, de son ministre des affaires étrangères et de son entourage. » L’impact est plus symbolique que pratique dans la mesure où un certain nombre de ressources financières possédées par Vladimir Poutine sont dissimulées au travers de sociétés écrans. Il est donc compliqué d’atteindre directement ses avoirs mais, selon lui, la « porté symbolique de ces mesures n’est pas du tout à prendre à la légère ». 

Ensuite, à propos des restrictions financières qui ont été prises au niveau européen et au niveau américain, on constate une absence d’alignement entre les sanctions britanniques, européennes et américaines concernant les banques visées par le gel des avoirs ou par les restrictions de financement. Cela va avoir un impact significatif sur les sociétés françaises car lorsqu’elles vont vouloir effectuer un certain nombre d’opérations financières avec des banques qui seront sur des listes américaines, et non sur listes européennes, cela sera compliqué à mettre en place. 

Néanmoins, on a pu analyser au cours de l’actualité de ce week-end un alignement entre les sanctions américaines et européennes, on devrait donc voir apparaitre des règlements européens qui seront publiés d’ici peu par la France, annonçant s’aligner sur ce qui a été mis en place par les britanniques et américains. 

On devrait ainsi tendre vers une expulsion totale de la Russie des marchés de capitaux européens et mondiaux. Les annonces qui ont été effectuées durant le week-end par l’administration Biden se sont d’ailleurs concrétisées par la  récente publication d’un communiqué publié par le département du trésor américain. 

Ce dernier, prenant en compte la banque centrale russe, le fonds souverain russe, les sociétés liées à ce fond souverain et le CIO de ce dernier, impose des mesures de sanctions à l’encontre de la Russie à la suite de la déclaration d’indépendance de la région de l’Ukraine.

Par ailleurs, la Russie dispose d’un véritable pactole avec une réserve de change estimée à près de 560 milliards d’euros et un fonds souverain d’environ 160 milliards d’euros. Une aide qui aurait pu lui permettre d’amortir le choc des sanctions pendant un certain temps. Mais, à la suite du blocage des fonds de la banque centrale russe et du fond souverain, elle ne disposera pas de la possibilité de s’autofinancer en utilisant les ressources de ces comptes. « Ils ne pourront pas vendre des ressources pour acheter du rouble ou pour justement essayer de diminuer l’impact des sanctions économiques sur l’économie en utilisant l’organisme qu’est leur banque centrale et leur fond souverain. Ces derniers sont comme une sortie de secours dans l’éventualité où des sanctions vous asphyxient complètement, donc en enlevant cette porte de sortie, c’est comme si on retirait à la Russie sa stabilité financière. » explique Paul Charlot. 

La seule porte de sortie pourrait donc être les pays asiatiques qui financeraient une partie de leur activité mais cela ne semble pas être la tendance actuelle. 

La position de la Chine concernant l’Ukraine n’est pour le moment pas tournée vers la Russie. Cela n’incite donc pas Poutine à se diriger vers cette dernière. 

Les mesures qui sont en train d’être mises en place par l’ensemble des pays européens, avec les partenaires internationaux de l’union européenne comprenant les Etats-Unis, le Canada, l’Australie ou le Japon sont incomparables avec celles qui ont jamais été mises en place par le passé. « On a jamais vu ça ! On observe trois règlements européens qui vont être adoptés en une semaine. On est dans un engrenage de sanctions économiques qui n’a jamais existé à ce stade, même aux heures les plus sombres de l’histoire de la géopolitique !» déclare Maître Charlot.

En effet, en 2014, avec l’annexion de la Crimée, des mesures avaient déjà été prises, notamment l’adoption de mesures de censures américaines et de censures sectorielles européennes. A l’époque, seulement certains secteurs de l’économie russe avaient été ciblés, des secteurs déjà importants en termes de génération de ressources. « Là on assiste à quelque chose de beaucoup plus extensif avec beaucoup plus de secteurs de l’économie russe qui sont visés, beaucoup plus d’institutions financières qui sont soumises à des mesures de gel des avoirs, y compris l’ensemble de leur filiale »

Effectivement, lorsque l’on regarde la manière dont se structurent les banques, cela impacte directement et indirectement une partie très significative du tissu économique financier russe. « On est dans une situation qui est sensiblement plus exhaustive en terme de contenu et en terme de portée que ça ne l’était en février 2014 à la suite de l’annexion de la Crimée. »

Clara Saux

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