Après des mois de tension sur la frontière russo-ukrainienne, Vladimir Poutine a finalement lancé l’invasion militaire dans la nuit du 23 au 24 février. Afin de stopper les affrontements, les pays occidentaux ont discuté de nombreuses sanctions économiques. La Russie pourrait désormais être exclue du système interbancaire SWIFT.

« Je présenterai la déconnexion de SWIFT comme la cerise sur le gâteau, qui vient parfaire un arsenal de sanctions » expliquait Olivier Dorgans, avocat spécialiste des sanctions économiques au micro de France Inter vendredi 25 février. Si le fait de bannir la Russie du système interbancaire SWIFT a longtemps été considéré comme une arme de dissuasion financière, elle pourrait désormais devenir une réalité. Samedi dernier, les Etats-Unis et les pays de l’Union Européenne se sont accordés sur l’exclusion d’un certain nombre de banques russes du système.

Une institution bancaire importante

Mise en place en 1973, le système belge SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) est une messagerie électronique internationale qui facilite et sécurise les transactions bancaires. À ses débuts, il opérait dans quelque 300 banques à travers le monde. Désormais, il travaille avec 10 800 institutions dans plus de 205 pays différents. « SWIFT, c’est l’équivalent de l’huile pour une voiture. L’huile lubrifie l’ensemble du fonctionnement du moteur. Le moteur ici, c’est la finance internationale » illustre Paul Charlot, avocat associé au cabinet Ashurst. En interdisant à Moscou d’utiliser ce pilier du financement international, les pays occidentaux espèrent bien forcer le dirigeant russe à se mettre à la table des négociations.

Sortir de SWIFT, quelles seraient les conséquences ?

« Le fait d’exclure la Russie de SWIFT impliquerait une sorte de retour à l’âge de pierre des transactions financières » explique maître Charlot. Sans le réseau SWIFT, pour chaque transaction effectuée entre une banque russe et une banque étrangère, il faudra revenir à l’utilisation des fax ou des mails. Une perte de temps, mais aussi un manque de sécurité. De quoi décourager tout pays de maintenir ses transactions envers la Russie.

Pour répondre à la désorganisation que provoquerait ce genre de mesure, Moscou pourrait utiliser son propre système. En 2017, la Russie a développé une plateforme alternative au SWIFT qu’elle a appelée SPFS. Un système encore très peu développée qui leur permet d’échanger avec leurs partenaires stratégiques tels que la Biélorussie et la Chine. La SPFS n’opère pas au niveau international, SWIFT n’a rien à lui envier.

Une mesure en cours de réflexion

Mais alors pourquoi attendre ? Si les pays européens se sont mis d’accord sur la sortie de la Russie du réseau, la réflexion se prolonge. « Ce n’est qu’une question de coût. Il est évident qu’en prenant des sanctions de plus en plus fortes, l’impact sera de plus en plus important pour les membres de l’UE » affirme Paul Charlot. Si toutes les banques russes sont exclues de SWIFT, alors il sera difficile d’acheter du pétrole, du charbon mais aussi du gaz à Moscou. Cela pose bien des problèmes à l’Europe. L’Allemagne, par exemple, est dépendante du gaz russe depuis plusieurs années. Ainsi, des banques telles que « Gazprombank » ne pourront pas être exclues de la plateforme pour des raisons pratiques. Alors, comme l’explique Paul Charlot, avant de se prononcer définitivement sur la sortie de la Russie de SWIFT, « les pays occidentaux doivent d’abord avoir conscience du prix qu’il va falloir payer ».

Kim Bastard

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