À quelques jours seulement du lancement des Jeux Olympiques de Pékin, le 4 février, les Etats-Unis et la Chine sont en pleine surenchère diplomatique.

La tension est encore montée d’un cran samedi 29 janvier entre Washington et Pékin. Le China Daily, quotidien anglophone de propagande du Parti communiste chinois (PCC), a accusé les Etats-Unis « d’inciter » des sportifs de différents pays à « créer des perturbations » politiques aux prochains Jeux Olympiques d’hiver — qui se tiendront à Pékin entre le 4 et le 20 février —, moyennant rémunération. Sur la base de « sources bien informées », le journal a reproché aux Etats-Unis d’enjoindre les sportifs « à exprimer leur mécontentement envers la Chine, à adopter une attitude passive durant les compétitions voire à refuser de participer ».

Les autorités américaines n’ont pas tardé à démentir les accusations du tabloïd chinois. Dans un communiqué à l’AFP, le porte-parole de l’ambassade des Etats-Unis à Pékin a assuré : « Nous n’avons pas coordonné et nous ne coordonnons aucune campagne mondiale en rapport avec la participation aux Jeux olympiques. […] Les sportifs américains ont le droit de s’exprimer librement, conformément à l’esprit et à la charte des Jeux olympiques, qui incluent la promotion des droits de l’Homme. »

Pékin entre désarroi et agacement 

Cette nouvelle montée au créneau des deux pays survient un peu moins de deux mois après que les Etats-Unis ont annoncé boycotter diplomatiquement les Jeux Olympiques de Pékin. Le 6 décembre dernier, les Etats-Unis avaient à nouveau pointé du doigt l’oppression des Ouïgours, peuple musulman majoritairement installé au Xinjiang (Nord-Ouest), par les autorités chinoises : arrestations arbitraires, enfermement de plus d’un million de personnes dans des camps de travaux forcés, stérilisation des femmes. Accusation étayée par de nombreuses études, témoignages et rapports d’organisations de défense des droits humains, que la Chine tente tant bien que mal de discréditer ou de balayer sous le tapis.

Le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni, et plus tard le Japon se sont joints à la décision des Etats-Unis, refusant à leur tour d’envoyer une délégation diplomatique aux Jeux. En réponse à cette attaque diplomatique, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin, a rétorqué par l’indifférence : « Que leurs représentants officiels viennent ou non, les Jeux d’hiver de Pékin seront une réussite », a-t-il assuré, prétextant que lesdits pays boycottaient un événement auquel ils n’avaient pas été invités. L’indifférence a vite fait place à la menace. « Ils paieront inévitablement le prix de ce mauvais coup », a menacé le porte-parole, en réponse à la question de savoir si Pékin envisageait des mesures de représailles spécifiques.

« Il faut plus qu’un boycott de compétition sportive pour faire plier Pékin, mais l’initiative a permis de mettre à nouveau les projecteurs sur la question des Ouïgours », estime Marc Julienne, responsable de la Chine et de l’Asie du centre à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Le chercheur replace la mesure dans un contexte de guerre commerciale et technologique entre les deux géants de l’économie mondiale. « La question des droits de l’Homme est, dans cette histoire, un moyen plutôt qu’une fin », estime-t-il, bien qu’il ne minimise pas non plus l’enjeu idéologique de ce boycott. La fin de cette décision américaine serait, selon lui, motivée par la volonté de discréditer le PCC, à l’heure où ce dernier jouit du privilège d’étaler toute l’étendue de sa puissance technologique pendant les festivités des Jeux Olympiques.

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