De gauche à droite : Bruno Valmir, secrétaire général de l’information de Radio France, Elise Vincent, journaliste au Monde, Hugo Travers, fondateur du media « Hugo Décrypte », Lénaïg Bredoux, journaliste à Médiapart, Olivier Abecassis, directeur de l’innovation, du digital et de la data du groupe TF1, Frédéric Ferrer, animateur

Un anniversaire studieux

Il est 19 heures dans la salle panoramique située au 22è étage de la Maison de la Radio et de la Musique et ce lundi 6 décembre a une saveur toute particulière pour Emmanuel Carré, directeur de l’ISCPA Paris quand il s’adresse à l’audience : « Merci à toutes et à tous d’être venus à l’occasion des 30 ans de l’ISCPA, on peut être sûrs qu’avec cette vue, on va élever le débat (rires) ». La pluie battante n’a pas empêché les invités (journalistes, chefs de service, acteurs du monde des médias, formateurs, sociologues) de venir échanger et s’interroger sur une question cruciale : comment former et accompagner les journalistes de demain ? Autour de la table ronde, pour répondre à la problématique, 5 expert(e)s issu(e) de tous les médias, qu’ils soient online ou offline en cours de transformation :

  • La presse écrite avec Elise Vincent, Prix Albert Londres en 2018, journaliste au Monde
  • Le pure player avec Lénaïg Bredoux, journaliste à Médiapart
  • La vidéo online avec Hugo Travers, fondateur du media Hugo Décrypte
  • La TV avec Olivier Abecassis, directeur de l’innovation, du digital et de la data du Groupe TF1
  • La radio avec Eric Valmir, secrétaire général de l’information de Radio France

En amont de la conférence, Roger Serre, co-fondateur du groupe IGS, retrace les étapes clés de la construction du groupe et de ses valeurs HEP (Humanité, Entreprenariat, Professionnalisme) qui sont au cœur du parcours de chaque apprenant. Il est alors temps de passer à table, trois temps de réflexions sont proposés aux intervenants : « Décryptage, analyse et état des lieux du journalisme d’aujourd’hui » ; « quelles formations adresser aux journalistes de demain ? » et « les facteurs clés pour réussir dans le journalisme ». Une diversité d’angles qui a un but bien particulier : traiter le sujet de la formation des journalistes de demain sous tous ses aspects, aussi bien sur la forme que sur le fond, sans oublier le volet pédagogique apporté par l’école, comme l’a souligné Emmanuel Carré : « Nous avons besoin de vous, représentants des médias phares d’aujourd’hui, pour équilibrer nos programmes, améliorer notre pédagogie afin d’être toujours en phase avec les attentes des différentes rédactions ».

Mutation/Adaptation

« A un moment donné, Le Monde avait deux choix : être un média global avec un flux discontinu d’info ou être un média d’investigation au long cours comme Médiapart. Il a fait le choix d’être un média global, avec des cadences qui ont énormément accéléré ces dernières années. La question maintenant, c’est la plus-value qu’on amène, qu’apporte-t-on à l’actu ? » introduitElise Vincent. Car la question de l’adaptation des cursus ne peut être posée sans réflexion profonde sur le contexte mouvant des pratiques journalistiques, le tout dans une période délicate de mutation des médias, comme le souligne Olivier Abecassis : « Les médias sont un écosystème global dont le modèle économique est devenu compliqué ».

L’ère de l’instantané

Des médias comme Hugo Décrypte ou Brut ont déjà 6 ans, alors que chaque année apporte son lot de nouveaux formats toujours plus accessibles et rapides. « La radio a longtemps été le média de l’immédiateté. Aujourd’hui, ce n’est plus l’enjeu » développe Eric Valmir : « Les jeunes sont eux-mêmes désarçonnés par le rythme de l’actualité, car les chaînes d’information en continu sont les nouveaux AFP » poursuit-il. « Là où, il y a 15 ans, on allumait la radio dès que l’on voulait avoir une information en direct, aujourd’hui on se tourne vers Internet, qui est plus rapide mais il est de notre devoir de journaliste de vérifier nos informations, quitte à être plus lent. » Lénaïg Brédoux le confirme : « Les révélations nécessitent de beaucoup se documenter ! »

Méconnaissance du métier

Car pour comprendre une information, il faut savoir qui la fournit, et comment ce fournisseur travaille. « L’éducation aux médias est fondamentale, ce ne sont pas des cours de journalisme, mais des ouvertures que l’on propose aux jeunes » poursuit Eric Valmir : « Il y a 30 ans, la décision de ne pas être informé existait, il suffisait de ne pas allumer sa télévision ou sa radio au moment des informations. Aujourd’hui, tout arrive de plein fouet, et même si l’on ne veut pas être informé, on l’est malgré nous. » « Nous devons travailler de concert avec les jeunes de la génération d’Hugo Décrypte pour que le plus de monde soit sensibilisé aux médias. » Un projet de travail validé par le jeune vidéaste, qui touche des centaines de milliers de 15-24 ans chaque jour à travers ses différents formats vidéo sur YouTube ou les réseaux sociaux.

A retenir

Le débat, nourri par les interventions de l’animateur Frédéric Ferrer, dure plus d’une heure trente tant le sujet est vaste. Les questions et remarques de l’assistance rejoignent les points marquants de ce colloque : quel que soit le support, il est nécessaire d’avoir une culture approfondie sur un domaine d’expertise et de pousser le plus possible sa curiosité. L’ISCPA y veille d’ailleurs à travers son conseil pédagogique qui renouvelle chaque année 25% des contenus des enseignements proposés aux journalistes de demain.

L’école continuera d’ailleurs ses réflexions et débats sur la formation, à travers d’autres événements car comme le souligne Emmanuel Carré : « L’année prochaine, l’ISCPA se mettra sur son 31 à l’occasion de ses 31 ans ! »

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Étudiant en troisième année, je suis particulièrement intéressé par les sujets : politique, géopolitique et économie.

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