Le siège d'Interpol se trouve à Lyon (Crédits : Flickr)

Ahmed Nasser Al-Raisi, inspecteur général du ministère de l’Intérieur des Émirats Arabes Unis (EAU) a été élu, ce jeudi matin, à la présidence d’Interpol. Une prise de poste controversée qui n’a pourtant pas fait réagir la classe politique. Ce général est pourtant accusé de torture.

Sa candidature était annoncée depuis plus d’un an. Dès octobre 2020, 19 ONG s’inquiétaient déjà de la possible élection d’un homme « prenant systématiquement pour cible l’opposition pacifique ». Leurs craintes se sont confirmées à 08:20 ce jeudi 25 novembre 2021, après un tweet d’Interpol officialisant son investiture à la présidence pour les quatre prochaines années. Dans les commentaires, beaucoup de comptes arborant le drapeau des EAU et vantant cet inspecteur général. Malgré cela, les rappels de ses « actes de torture et de barbarie » ne manquent pas.

Seule la vice-présidente de la division européenne d’Interpol avait fini par se présenter face à l’Émirati. Mais la colonelle de police Sarka Havrankova est arrivée tardivement dans la course, ne parvenant donc pas à contrer Al-Raisi. La Thèque espérait que les accusations faites à l’encontre de son rival empêcheraient son élection. Il n’en a rien été. 68 % de l’Assemblée générale a donné leur vote au général. « C’est aux délégations de décider comment elles veulent que leur organisation soit dirigée », estimait Havrankova dans une interview accordée avant la session à l’AFP.

On retrouve un précédent en 2016, lorsque Meng Hongwei est élu à la présidence pour représenter les intérêts chinois. Mais deux ans plus tard, ne correspondant plus aux attentes de Pékin, il est arrêté et disparaît des radars. Son épouse a d’ailleurs récemment passé un appel à l’aide, suppliant qu’on lui dise si son mari est encore en vie. L’ancien président d’Interpol a disparu des radars en janvier 2020, dans la foulée d’une condamnation à plus de 13 ans de prison.

Sous influence des Émirats Arabes Unis depuis 2017

Si son poste est plus honorifique qu’autre chose – le Secrétaire général dirige les activités –, l’élection de l’Émirati est « le mauvais symbole d’un système où l’impunité est une valeur ». Le ton est donné par Éric Mirguet et Louis Linel, travaillant tous deux au pôle plaidoyer de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT). Cette ONG fait partie de celles ayant alerté dès octobre 2020 du passif tortionnaire d’Al-Raisi dans la police des EAU, où il sévit depuis 1980.

Pourtant, seuls les eurodéputés écologistes ont publiquement pris position contre Al-Raisi. En France, le porte-parole de Yannick Jadot a dénoncé « une candidature de la honte » faîte « avec le soutien de la France ». Pour l’ACAT, cette faible contestation suffit à provoquer une « réaction diplomatique ». Éric Mirguet estime qu’il y a peut-être une crainte de déstabiliser une institution « fragile mais essentielle ». Autrement dit, il s’agirait d’éviter de mettre en péril la longévité d’Interpol en pointant les « incursions autoritaires » en son sein.

À la tête de l’organisation internationale de police, Al-Raisi peut notamment influencer les « notices rouges », ces alertes d’arrestations envoyées dans le monde entier. « Cela va être un véritable défi pour Interpol, qui va devoir faire le tri ente chacune » prévient l’ACAT. La mission sera d’autant plus compliquée que les EAU ont fait un don de 50 millions d’euros à l’institution policière en 2017. Soit quatre ans avant que l’un de ses généraux en prenne la présidence.

Website | + posts

Etudiant à l'Institut Supérieur des Médias de Paris (ISCPA).

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici