À 48 ans, la députée insoumise de Seine-Saint-Denis vient d’être investie, avec neuf autres potentiels candidats, à la Primaire populaire, une tentative citoyenne de rassemblement à gauche. Bien que Clémentine Autain n’ait encore fait aucune annonce dans ce sens, d’aucuns se demandent si celle qui s’est toujours placée en faveur d’une union des gauches serait capable d’endosser la candidature à la présidentielle.

Une paire d’yeux bleus dragée, un rouge à lèvres vermeil et une coiffure courte et blonde toujours impeccable. Une apparence dont rien ne dépasse, rien ne se soulève. « La figure de la blonde hitchcockienne intraitable », comme la décrit son ami et collègue, l’écrivain et directeur du magazine Charles, Arnaud Viviant. Tour à tour journaliste, militante, ou femme politique, Clémentine Autain s’est engagée très tôt contre les discriminations, et particulièrement celles subies par les femmes.

C’est dans l’est parisien, dans le quartier des Batignolles, que naît sa vocation. Elle y découvre la chanson avec son père, le guitariste Yvan Dautin, auteur notamment de La Méduse et Boulevard des Batignolles. Elle y côtoie le cinéma avec sa mère, la comédienne Dominique Laffin. Elle y apprend surtout les rudiments de la politique. Papa est très à gauche, ami du futur ministre de la Santé sous François Mitterand, Jack Ralite, ou du dirigeant trotskiste Alain Krivine. Des idées en totale rupture avec celles du grand-père maternel, André Laffin, qui co-fonde en 1957 le Front national des combattants (FNC) avec Jean-Marie Le Pen. Bref, Clémentine Autain s’éduque aux concepts de lutte des classes, d’inégalités, de prolétariat et de droit des femmes. Mais son combat pour le féminisme survient bien plus tard, lors d’un événement tragique. 

Elle a 22 ans, rejoint les locaux de sa faculté d’histoire à l’université de Vincennes et, passant par une ruelle étroite, est victime d’un viol sous la menace d’une arme blanche. De son expérience personnelle, elle tire de la colère, et de sa colère de la force. Pour elle, « le viol est vraiment un acte de destruction de l’autre […] qui vise à posséder l’autre, à détruire l’autre, à imposer son désir à l’autre ». C’est « l’acte ultime de la domination masculine », comme elle le nomme plus tard, lors de confidences croisées recueillies par France 2. C’est aussi le déclencheur de sa carrière politique et militante, armée de culot et de détermination. 

Féministe, écologiste, sociale et rassembleuse

Très tôt, son combat prend forme. Elle fonde en 1997 le collectif Mix-Cité et le co-préside avec Thomas Lancelot-Viannais. L’association s’illustre notamment en menant une action coup-de-poing aux Galeries Lafayette, qui utilise dans ses vitrines des mannequins en chair et en os. La manifestation contre « la marchandisation des corps et le diktat des modèles sexistes » paye, et l’enseigne fait marche-arrière seulement huit jours après le début de l’événement. « Elle a un sens aiguisé de la scénographie, de la lumière, de la posture, analyse son ami Arnaud Viviant. Elle est l’actrice que sa mère a été. La représentation telle qu’elle la maîtrise est indispensable en politique. »

Justement, elle ne met pas longtemps avant d’approcher la politique. En 2001, le Parti communiste français (PCF) la nomme tête de liste pour la municipale du 17ème dans l’équipe du socialiste Bertrand Delanoë. « C’est à ce moment que j’ai connu Clémentine Autain : une jeune femme profondément déterminée, qui portait les causes féministes et anti-libérales avec conviction », se souvient Roger Martelli, membre du Comité central et du Comité exécutif national du PCF à cette époque.

Plus tard, l’historien communiste aura l’occasion de la retrouver à Regards, dont ils ont co-dirigé la rédaction de 2010 à 2018. Elle l’intègre en 2004 en signant des articles anti-libéraux et en apportant la mouvance féministe dans ses colonnes. « À l’époque, la gauche s’intéressait surtout aux mouvements sociaux et au chômage. Clémentine Autain a été une des premières néo-féministes françaises, et elle a insufflé ce sujet, jusqu’ici peu traité, dans la rédaction du journal », se rappelle Arnaud Viviant. Roger Martelli complète : « Elle incarnait — et incarne toujours — toutes les facettes et les sensibilités de la gauche, en développant une ligne radicale mais qui se voulait rassembleuse. »

Rassembleuse, oui, mais encore faut-il savoir comment. Clémentine Autain a tâté le pouls d’un large éventail de la gauche pour le savoir. Avant le PCF, elle s’était approchée du Parti socialiste (PS) en intégrant, en 1999, le groupe d’études sur les discriminations fondé par Martine Aubry. Bien plus tard, en 2008, elle s’intéresse au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), descendant de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) dirigée par… Alain Krivine. Elle contribue finalement à fonder Ensemble! en 2013, agrégeant une multitude de micro-partis issus des courants communistes, socialistes et écologistes, et qui se range derrière LFI, sans pour autant fusionner. Cette alliance lui permet de remporter haut la main la victoire aux législatives de 2017 sur les communes de Tremblay-en-France, Villepinte et Sevran (59,5% des suffrages contre 40,5% pour la candidate En Marche Elsa Wanlin). Aux dernières élections régionales de 2021, la candidate insoumise conduit un programme commun en Île-de-France aux côtés de Julien Bayou (EELV) et Audrey Pulvar (PS). Toujours dans le but de charmer les gauches et de parvenir à une union.

Une future candidate ? Vraiment ?

Aujourd’hui, les années de lutte ont porté leurs fruits. À 48 ans, Clémentine Autain est conseillère régionale d’Île-de-France et députée LFI de Seine-Saint-Denis. Début octobre, les électeurs de la Primaire populaire, à grande majorité issus des 18-35 ans, l’ont choisie, ainsi que neuf autres candidats, pour incarner un programme en rupture « avec les politiques libérales et liberticides menées actuellement », qui vont même jusqu’à toucher une certaine frange de la gauche. « Elle n’est plus une jeune politicienne, elle est une personnalité politique jeune, qui possède toutes les cartes pour accéder à la présidence », appuie Roger Martelli.

La porte-parole du parti Ensemble!, qui soutient Jean-Luc Mélenchon, pourrait-elle affronter le père des Insoumis et briguer la présidence ? Ce ne serait pas la première fois qu’elle marque son désaccord avec le chef. Elle s’était opposée à lui quand il avait refusé de signer un manifeste en faveur de l’accueil des migrants, ou encore lorsqu’il avait nié le fait que l’assassinat de l’opposant russe Boris Nemtsov puisse avoir été perpétré par Vladimir Poutine. Elle a même refusé de ratifier la charte Insoumise et de laisser son parti fusionner avec LFI. Clémentine Autain est un électron libre, une insoumise parmi les Insoumis.

D’ici à la fin novembre, elle pourrait officialiser sa candidature pour la Primaire populaire. Mais les chances qu’elle abandonne La France Insoumise sont minces. Elle sait que si Jean-Luc Mélenchon n’est plus son ami politique, il devient son adversaire. Et cet adversaire pèse trop lourd à gauche pour prendre le risque. Certains, comme Arnaud Viviant, ne perdent pas espoir : « Elle en a l’énergie, l’aplomb. Elle connait les rouages télévisuels et les maîtrise très bien. Elle est coriace dans les débats. C’est une bosseuse. Contrairement à Jean-Luc Mélenchon, elle aime les gens et elle en est proche. Et surtout, elle n’a pas particulièrement d’appartenance à un appareil politique précis, ce qui lui permettra sûrement d’incarner le rassemblement des gauches. »

Clémentine Autain pourrait-elle incarner son idée si chère de « big bang de la gauche », comme s’appelait la tribune qu’elle avait co-signée le 4 juin 2019 dans Le Monde ? Difficile à dire. Et quand bien même, ce pourrait n’être qu’une énième candidate dans l’arène de gauche, déjà disputée par Yannick Jadot (EELV), Anne Hidalgo (PS), Fabien Roussel (PCF), Arnaud Montebourg (La Remontada) et Jean-Luc Mélenchon (LFI). 

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