La France possède l’un des espaces maritimes les plus vastes au Monde. Si ces millions de kilomètres carrés de mers et d’océans permettent d’exploiter des ressources variées, ils imposent également une présence militaire constante. En Antarctique comme dans le Pacifique, les eaux territoriales françaises sont menacées d’intrusion.

« L’activité des hommes se tournera de plus en plus vers l’exploitation des mers que les ambitions des États chercheront à dominer afin d’en contrôler les ressources », considérait Charles de Gaulle dès 1969. Une cinquantaine d’années plus tard, la France possède l’un des plus vastes espaces maritimes au monde, juste derrière les Etats-Unis, mais devant l’Australie. Si l’on peut régulièrement lire qu’elle est estimée à 11,6 millions de km² – et serait donc la plus vaste au monde –, les chiffres du Portail National des Limites Maritimes sont pourtant différents, évoquant notamment une superficie de 10,2 millions de km².

Bien qu’approximative, il s’agit de la surface cumulée des eaux françaises sous souveraineté (comprenant les eaux intérieures et la mer territoriale) et sous juridiction (donc la zone économique exclusive). C’est ce qu’explique le spécialiste Jean-Baptiste Gongora, chargé de mission à l’Action de l’Etat en Mer (AEM), responsable de l’Outre-mer et des délimitations maritimes. Il ajoute que cette superficie atteint 10,9 millions de km² « si l’on compte les extensions de plateau continental reconnues à ce jour ».

Il est donc courant de voir des oppositions concernant cette surface. Lors de son débat du 23 septembre contre Éric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon avait affirmé que la France possède le deuxième plus vaste espace maritime au monde. Sur les réseaux sociaux, certains spécialistes étaient tombés sur le candidat insoumis, et n’avaient pas hésité à défendre la soi-disant première place française et ses 11 691 000 km². Le chef de file LFI avait pourtant raison, tout comme sur l’importance qu’il accorde aux espaces maritimes tricolores – et donc des Zones économiques exclusives (ZEE).

Un vaste territoire maritime à contrôler

Contrôler une ZEE impose d’être le garant de l’environnement sur place, ainsi que des opérations de recherches et de secours. Ces responsabilités d’assistance peuvent même s’étendre au-delà de la ZEE. Pour la France, c’est par exemple le cas dans une zone de 12,5 millions de km² autour de la Polynésie et de Clipperton. Soit 22 fois la surface de l’Hexagone. Ces missions de sauvetage peuvent par ailleurs s’organiser en collaboration avec d’autres pays. Les principales opérations de la Marine nationale consistent à prévenir les intrusions de navires étrangers dans l’espace maritime français.

Les principales tensions se situent en mer de Chine méridionale, où Pékin entretient sa « grande muraille de sable ». Une stratégie consistant à s’approprier unilatéralement de petits îlots, ou en créant simplement des îles artificielles pour y établir des bases militaires et revendiquer leurs ZEE. Par conséquent, les relations de la Chine avec le Japon se tendent, ainsi que celles avec Taïwan ou encore les Etats-Unis, qui disposent également d’une vaste ZEE dans la région. Ainsi, en février dernier, Français et Américains ont participé à une démonstration militaire aux larges du Japon. La Marine nationale avait notamment envoyé son sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Emeraude, dans le but de « réduire la probabilité que la Chine y lance une attaque militaire », selon le journal japonais Nihon Keizai Shimbun.

Hélicoptère de la gendarmerie lors d’une intervention en mer [Patou Ricard de Pixabay]

La France pratique ces exercices conjoints depuis plusieurs années et Pékin avait notamment accusé Paris de « franchissement illégal » en avril 2019. La frégate de surveillance (FS) Vendémiaire (un navire armé, chargé d’assurer la protection des approches et le suivi du trafic maritime) était explicitement visée, à la suite d’une prétendue irruption dans le Détroit de Taïwan, que la Chine estime appartenir à ses eaux territoriales. Des accusations démenties par la ministre des Armées Florence Parly. Le Pacifique est une zone clef de la géopolitique maritime française. Elle doit y assurer l’exploitation du nickel en Nouvelle-Calédonie tout en surveillant les avancées chinoises. Le souvenir de l’attaque de Pearl Harbor en 1941 est encore vif pour les Américains et maintenir les exercices avec le Japon et l’Australie est essentiel pour passer un message d’unité.

Entre tensions dans le Pacifique et missions de pêche

De manière générale, les missions maritimes relèvent de l’Action de l’Etat en Mer (EAM), dépendante du Secrétariat générale de la mer (SGMer). Disposant de plus gros moyens que la gendarmerie ou les garde-côtes – intégrés à la SGMer –, la Marine nationale en est l’un des principaux acteurs. Elle profite notamment de son implantation sur tous les fronts marins. À ses bases en France métropolitaine – Brest, Toulon ou encore Cherbourg – s’ajoutent des forces de souveraineté déployées en Nouvelle-Calédonie, dans l’Océan indien ou encore en Guyane. Un enjeu essentiel pour la deuxième puissance maritime mondiale, qui doit donc garantir une présence sur près de 11 millions de km².

La Marine nationale l’assure, elle « œuvre tous les jours pour assurer la souveraineté de la France et défendre ses intérêts dans ces espaces stratégiques ». En 2011, le reconnu stratège maritime Hervé Coutau-Bégarie nuançait cependant le dimensionnement des forces de la Marine. « Elle peut intervenir partout dans le monde, mais pas simultanément en plusieurs points » expliquait-il dans le livre Traité de stratégie, un an avant son décès.

Les ressources pétrolières dans les ZEE françaises étant réduites, les missions de la Marine nationale sont généralement de faire obstacle à la pêche illégale. Lors de la présentation du bilan 2020, le contre-amiral Jean-Mathieu Rey – responsable des forces armées en Polynésie et de la zone maritime océan Pacifique – a notamment fait savoir qu’aucun bateau n’a été relevé en infraction l’année passée. « Comme c’est le cas chaque année depuis 35 ans », selon le commandant supérieur. Seuls des trafiquants de tortues ont été interceptés. Grâce aux radars et à la surveillance aérienne, les interventions maritimes sont réduites et se concentrent sur le suivi des navires de pêche étrangers. Dans cette ZEE du Pacifique, le sauvetage en mer représente les missions ayant nécessité le plus de moyens en 2020.

Dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), les ZEE sont « sans cesse menacées par la pêche illégale, non contrôlée, non réglementé (la pêche INN) ». Ce constat est fait par la préfecture administrative des TAAF, qui a mis en place dès 2004 une « une surveillance radar par satellite, couplée à la présence quasi permanente d’un moyen de l’Etat. » Ces moyens vont de la frégate – généralement dotée d’un hélicoptère Panther –, aux avions de surveillance maritime à moyenne distance, en passant par les vedettes de la gendarmerie nationale. Particularité de cette ZEE, il est possible d’y trouver un navire brise-glace, le patrouilleur polaire Astrolabe, fruit inédit d’une collaboration entre la Marine nationale, l’Institut polaire français Paul-Emile Victor et les TAAF.

La Marine nationale nous confirme également la commande de patrouilleurs outre-Mer (POM), « bâtiments innovants, dotés de capacités de surveillance augmentées ». Ils assureront la lutte contre les trafics de drogues et l’immigration clandestine, les missions d’antipollution maritime, de sauvetage en mer ou encore de protection des richesses halieutiques ; les tâches de la Marine nationale sont nombreuses et concernent autant les bateaux tricolores qu’étrangers. « Assurer sa souveraineté, c’est aussi montrer le pavillon en mer pour faire savoir que la France protège ses ressources et l’environnement » atteste, via le SIRPA Marine, un conseiller pour l’Action de l’État en Mer. Comme au temps des pirates.

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Etudiant à l'Institut Supérieur des Médias de Paris (ISCPA).

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