Également appelé « mobilité sociale descendante », le déclassement social désigne la perte d’une position sociale par un individu, que ce soit celle de son milieu d’origine, celle qu’il avait atteinte ou celle que laissait espérer le diplôme qu’il avait obtenu. De plus en plus en présent en France depuis les années 1990, ce phénomène touche tous les milieux sociaux.

Le constat est connu : le déclassement ne cesse de prendre de l’ampleur en France depuis plusieurs décennies. 25% des 30-59 ans estimaient, selon une étude de l’INSEE délivrée en 2017, vivre moins bien que leurs parents. Ce sentiment est encore plus criant chez les moins de 30 ans. Dans une étude de la DREES publiée en 2020, 36% d’entre eux affirmaient avoir un statut social inférieur à la génération qui les précède. Catégorie professionnelle, niveau de revenus, niveau de formation… La notion de statut social s’articule en plusieurs facteurs dans le cadre du déclassement.

Le phénomène se manifeste essentiellement par l’embauche à un niveau de qualification inférieur à celui espéré, une reconversion dans un secteur d’activité différent ou encore le chômage contraint. L’un des principaux éléments qui explique la montée en puissance actuelle est la relative dévalorisation des diplômes. Longtemps perçu comme un ascenseur social par excellence pour les personnes issues de milieux modestes, l’école est de moins en moins synonyme de garantie d’emploi, du fait, entre autres, de l’augmentation fulgurante du nombre de diplômés (hausse de 75% de diplômés bac +5 entre 2000 et 2012).

L’une des grandes conséquences de cette tendance est le changement de regard de la société envers des professions initialement considérées comme nobles. « C’est clair que mon métier à pas mal perdu de sa superbe aux yeux des gens, déplore Fara, jeune ingénieur, de près de 30 ans, originaire d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). En tant que jeune issu de cité et de l’immigration, évidemment que mon statut rend mes proches extrêmement fiers. Ils considèrent ça comme une belle ascension. Mais aux yeux de la société, c’est comme si la profession d’ingénieur était devenue lambda et cela se traduit notamment par la baisse incessante du salaire médian. L’avènement des réseaux sociaux et de YouTube joue aussi un rôle. Pas mal de jeunes fantasment de plus en plus sur la vie de star du web et sur le fait de gagner de l’argent rapidement. Cela pâtit forcément sur l’intérêt pour des longues études qui mènent à des métiers comme celui d’ingénieur, médecin ou avocat. »

Les classes moyennes inférieures pas épargnées

Bien que les cadres soient de plus en plus sujets au déclassement, ce sont logiquement les classes moyennes inférieures qui sont les plus touchées. D’après l’OCDE, 64% des personnes faisant partie des 20% de la population ayant les revenus les plus bas restent cantonnées en bas de l’échelle. Baptisé « plancher adhérent » en économie, ce phénomène, aussi présent en milieu urbain qu’en milieu rural, met plus que jamais en lumière la panne de l’ascenseur social et les inégalités qui peuvent régner dans le monde du travail et à l’école. « La mobilité sociale d’un système scolaire est étroitement liée à l’inégalité scolaire entre élèves et entre

écoles. Les pays comme la Belgique ou la France avec une forte inégalité scolaire sont aussi caractérisés par une faible mobilité sociale à l’école », constatent l’analyste en socio-économie Mattéo Godin et le professeur d’économie Jean Hindricks dans leur essai Une comparaison internationale des systèmes scolaires basée sur la mobilité sociale.

Au Centre hospitalier intercommunal André Grégoire à Montreuil (Seine-Saint-Denis), plusieurs infirmières rencontrées, ont malgré leur sourire et leur grand sens de l’humour, un vague à l’âme quant à leur manque de considération. « On effectue un travail monstre pour un salaire indigne, s’insurge Jeannette, infirmière de 48 ans originaire de Stains, l’une des villes les plus pauvres de France. On n’a peut-être pas fait des études aussi longues et prestigieuses que les chirurgiens mais nous sommes également garants de la santé de millions de gens. La France a des années-lumière de retard sur des pays comme l’Allemagne, les États-Unis et l’Espagne qui reconnaissent la profession à sa juste valeur. Malgré nos protestations, la situation n’est pas près d’évoluer. Ce n’est pas étonnant de voir de plus en plus d’infirmiers s’expatrier. »

Ce mécontentement, qui manifeste une réelle fracture sociale, n’est pas sans rappeler le mouvement des Gilets Jaunes, composé essentiellement de Français issus des classes moyennes inférieures. Tout comme la lutte contre la vie chère et la politique fiscale, le déclassement social fait partie des principales motivations de ce mouvement qui a fêté ses 3 ans le 17 novembre.

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