Questions sociales, environnement et sécurité figurent, selon un récent sondage, parmi les priorités des 18-24 ans pour cette présidentielle. Nous avons étudié les programmes des candidats plébiscités par cette génération pour comprendre ce qu’ils ont à proposer.

Un réveil électoral ? Selon un sondage Ipsos pour France Inter, publié début octobre, 59% des 18-24 ans se disent « tout à fait certains daller voter ». Aux dernières régionales, 82% des 18-35 ans avaient pourtant boudé les urnes. Un intérêt soudain pour les questions nationales ? En tout cas, Emmanuel Macron, Xavier Bertrand, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, les cinq candidats préférés de cette génération, rivalisent sur les trois thématiques principales qui intéressent les jeunes : pouvoir d’achat, protection de l’environnement et niveau de la délinquance. Décryptage.

Le pouvoir dachat

En 2017, selon un sondage de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) réalisé un an plus tard, 1,7 millions de jeunes (moins de 30 ans) disposaient d’un niveau de vie mensuel inférieur au seuil de pauvreté de l’Insee (1 041 euros par mois). Les files d’attente de jeunes, devant les banques alimentaires ces derniers mois, témoignent de l’aggravation de la situation avec la crise sanitaire. L’augmentation des prix du gaz ou de l’électricité depuis la rentrée ne vont rien arranger.

Pour y répondre Emmanuel Macron et le gouvernement Castex ont annoncé un chèque de 100 euros pour les plus précaires. Le chef de l’État a proposé le 2 novembre le « contrat engagement jeune », une aide pour les 16-25 ans qui sont sans formation ou sans emploi. Ces dépenses ont été vivement critiquées par l’opposition, à l’instar de Xavier Bertrand, qui accuse le chef de l’État de « faire campagne avec le carnet de chèques ». Le candidat à la primaire de la droite promet de l’emploi pour les jeunes qui intègrent le marché du travail, il déclare que s’il est élu, les jeunes salariés n’auront aucune charge sociale ni patronale durant leur premier CDI.

Jean-Luc Mélenchon propose, lui, une augmentation du salaire minimum à 1400 euros nets. Le candidat de la France insoumise entend bloquer les prix des produits de première nécessité, ainsi que ceux du gaz ou de l’électricité. Pour les 18-24 ans, il compte mettre en place une aide financière de 1063 euros par mois pendant 3 ans. Il a ajouté hier dans un Tweet que les étudiants « doivent pouvoir passer leur temps à étudier, pas à travailler ».

De son côté, l’écologiste Yannick Jadot souhaite investir un à deux milliards par an dans l’enseignement supérieur. La lutte contre la précarité étudiante est une de ses priorités. C’est pour cela qu’il recommande la construction de logements pour les étudiants, ainsi qu’une allocation « d’autonomie étudiante ». Selon Yannick Jadot, il faut « rendre aux Français l’équivalent dun treizième mois d’économies » en investissant 50 milliards d’euros par an dans le logement, les transports, l’alimentation, ce qui doit créer 1,5 millions d’emplois. Des mesures qui augmenteront la dette publique. « Sur le sujet du pouvoir dachat, les candidats de gauche sont victimes de la défiance généralisée vis-à-vis de la parole politique. Ils napparaissent pas crédibles, leurs mesures nimpriment pas. Mais la question salariale pourrait peut-être leur permettre de revenir », analyse le président d’Elabe, Bernard Sananès dans les colonnes du Figaro.

Marine Le Pen promet, elle, de diminuer la TVA sur l’essence, le gaz et l’électricité à 5,5 % au lieu de 20 %. En plus de cela, elle préconise une baisse des tarifs des péages. Cela permettrait, selon la candidate d’extrême droite, de « livrer 1,5 milliard deuros par an au budget de l’État ». Marine Le Pen entend créer des aides à la formation des jeunes, avec un fort appui de l’état pour ne pas défavoriser les moins aisés. Elle compte également aider financièrement les jeunes de moins de trente ans qui créent leur entreprise.

Environnement

Le réchauffement climatique préoccupe les jeunes, plus soucieux de ce sujet que leurs aînés. L’actuel Président, souvent critiqué de ne pas faire de l’environnement une de ses priorités, met le paquet sur le nucléaire et l’hydrogène pour «décarboner la France ». « Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays et continuer de développer les énergies renouvelables » a déclaré Emmanuel Macron, lors de son allocution le 9 novembre dernier. Mardi, le chef d’État a également annoncé vouloir consacrer 1,9 milliard d’euros de plus dans la recherche sur l’hydrogène, une énergie qui pourrait, à terme, remplacer le pétrole. Dans la loi Climat adoptée le 20 juillet, la majorité s’est engagée à diviser par deux le nombre de jours de pollution atmosphérique, ainsi qu’à remplacer les vieux véhicules polluants. De plus, l’État propose depuis août 2020 une prime de 1000 euros pour l’achat de voitures électriques.

De son côté, Jadot souhaite, lui, reverser « chaque euro dargent public dans la protection de lenvironnement ». Le candidat EE-LV prévoit de mettre en œuvre un « plan dinvestissement de 50 milliards deuros par an sur le quinquennat ». En revanche, le vainqueur de la primaire écolo veut faire sortir la France du nucléaire et interdire la vente de voiture diesel d’ici 2030. Et pour ce qui est des entreprises engagées dans la recherche d’énergies fossiles, elles ne pourront plus recevoir d’aide de l’État.

Pour Jean-Luc Mélenchon, il faut « réorienter les ressources de l’Etat dans la perspective d’une bifurcation écologique ». Cette proposition plaide pour ne pas utiliser plus de ressources que celles disponibles. Il souhaite une réduction globale du nombre de déchets, « Face à l’inaction du gouvernement, le groupe parlementaire de la France Insoumise propose une loi ambitieuse pour une vraie bifurcation écologique » avait tweeté l’homme politique.

La droite est moins portée sur l’environnement que la gauche. Xavier Betrand n’en a par exemple, pas fait un point important de son programme. Il souhaite faire de la France un pays autonome en énergie, sans devoir dépendre de la Russie (c’est le premier exportateur de gaz et de pétrole vers l’Union Européenne). C’est pour cette raison qu’il souhaite la construction de réacteurs nucléaires supplémentaires. Au sujet des éoliennes, Xavier Bertrand a affirmé être hostile à tout projet éolien en tant que Président de la région Hauts-de-France. Marine Le Pen entend, de son côté, investir ce champ de l’écologie, totalement délaissé par l’extrême droite jusqu’alors. Elle défend avant tout les circuits courts et les relocalisations pour diminuer les importations de produits de l’étranger.

Sécurité

Autre champ de bataille entre les candidats : la lutte contre la délinquance. Sans surprise, c’est à droite et à l’extrême droite qu’on trouve le plus de propositions. Et le plus de critiques du bilan d’Emmanuel Macron en la matière. Pointant du doigt une « vraie prise de conscience de lensauvagement », Marine Le Pen souhaite ainsi augmenter le nombre de policiers. Proposition partagée par Xavier Bertrand. Le candidat des Républicains veut également lutter contre « le phénomène des bandes, qui installe l’utra-violence ». Pour cela, Xavier Bertrand souhaite donner la possibilité aux procureurs de prononcer directement des peines de prison et augmenter les places de prison.

La gauche, considérée comme plus fragile sur ce sujet, n’est pourtant pas en reste. Face à la « violence qui se banalise » en France, Yannick Jadot propose d’organiser «une conférence du respect et de la confiance entre la police et la société». « Rassemblons tous les acteurs (policiers, magistrats, habitants, animateurs sociaux…). Définissons les missions de la police, ses moyens, ses pratiques et votons une grande loi de programmation », a-t-il dit le 16 septembre 2020. Le candidat écologiste veut aussi réinstaurer « une police de proximité » supprimée par Nicolas Sarkozy et « une IGPN indépendante ». Jean-Luc Mélenchon compte augmenter le nombre d’agents pénitenciers. Il demande également la rénovation de tribunaux et des cellules d’emprisonnement. Concernant l’IGPN, le candidat l’a qualifié de « triste comédie ».

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