À l’occasion du troisième anniversaire de leur premier rassemblement, les Gilets jaunes se sont donné rendez-vous mercredi 17 novembre sur la place Édouard Herriot, en face de l’Assemblée nationale. La date, quoique symbolique, a attiré peu de manifestants.

Un lieu emblématique pour une journée tout aussi emblématique. Trois ans jour pour jour après les regroupements contestataires de grande ampleur qui avaient secoué la France en 2018, les Gilets jaunes se sont donné rendez-vous à 15 heures devant l’Assemblée nationale. Pour l’occasion, la petite place triangulaire ne manque pas de son lot de journalistes. Des rédacteurs, des photographes, des caméras sur trépied, rivées sur les premiers arrivants, à l’affût du moindre mouvement. Tous attendant un signe, un geste, une pancarte brandie, un slogan scandé… 

Et rien. 

Une heure après le rendez-vous fixé, les manifestants se comptent sur les doigts de la main, moins nombreux encore que ceux venus les voir à l’oeuvre, ou même que les camions de CRS déployés pour l’occasion. « On est mercredi, les gens sont au travail pour gagner leur vie, tente de justifier Salim, un Gilet jaune de la première heure, du premier acte. Je suis sûr qu’il y aura plus de monde samedi prochain. »

Devant la caméra d’étudiants en journalisme, Salim évoque la nécessité de poursuivre un mouvement qui, il l’admet, ne séduit plus comme à ses belles heures : « Aujourd’hui, la situation est pire que celle de 2019. Les prix de l’essence et du gaz ont explosé, des milliers de personnes se sont retrouvées sans emploi pendant la pandémie, les hôpitaux manquent de lits… Ce n’est pas le moment de lâcher. » Le quinquagénaire reste cependant conscient que le combat des Gilets jaunes n’a plus la « pureté » de sa genèse. « Nos honorables revendications ont été investies par des casseurs, des antivax et des antisystème qui n’ont fait que nous diviser ».

Justement, voilà qu’arrive Sophie, l’organisatrice du rassemblement sur la place. Robe jaune fluo à bandes réfléchissantes, elle sort de sa voiture tout l’attirail de la manifestation : enceintes, micro, pancartes, banderoles… et commence à entonner un chant à côté de Salim, toujours en pleine interview, jusqu’à couvrir le son de sa voix. « Voilà typiquement le genre de diviseurs dont je vous parlais… », grince le Gilet jaune. Sophie l’entend. Les esprits s’échauffent. Elle lui reproche d’avoir des idées trop timorées, trop molles pour le mouvement. Lui, d’avoir fait entrer chez les Gilets jaunes des « thématiques complotistes, d’anti-vaccins ». Les étudiants, médusés, contemplent la scène en pensant à une blague qui met longtemps à prendre fin, alors que leur caméra tourne toujours.

S’il restait encore de l’espoir de relancer le mouvement, alors il s’est éteint mercredi. Les Gilets jaunes ne sont plus ceux qui s’étaient réunis à plus de 287.000 personnes le samedi 17 octobre 2018 ; plus ceux qui, par leur dévouement et leur ardeur, avaient obligé Emmanuel Macron à faire une allocution et à promettre ses quatre mesures d’urgence économique et sociale ; plus ceux qui, dénonçant la montée du prix de l’essence, avaient conduit les grandes surfaces à la proposer à prix coûtant. Bref, les derniers Gilets jaunes ne sont au mieux que des passionnés, des idéalistes qui pensent encore pouvoir insuffler la flamme à un tas de cendres. Sur l’autel d’un mouvement maintes fois récupéré par les partis politiques et les idées les plus extrêmes, il ne reste désormais plus qu’une poignée de manifestants et autant d’opinions.

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