A un peu moins de 5 mois du premier tour de l’élection présidentielle, de plus en plus de médiateurs œuvrent auprès des jeunes pour les impliquer davantage dans la vie politique. Certains de ces « grands frères » des quartiers populaires ont même intégré de grands partis pour éveiller en eux une conscience politique.

Passeport pour le droit fondamental par excellence, les inscriptions sur les listes électorales sont, comme lors de chaque élection, ignorées par des millions de français. L’abstentionnisme est devenu, depuis de nombreuses années, indissociable des quartiers populaires. En atteste notamment les pourcentages records d’abstention aux dernières élections régionales et départementales. En juin dernier, la commune de Romainville (Seine-Saint-Denis) affichait par exemple un taux d’abstention de près de 75%. Un chiffre impressionnant qui met en lumière la fracture existante entre les quartiers et la sphère politique : « Ras le bol » quant à des promesses jugées non tenues, sentiment d’abandon ou encore absence de responsables politiques sur le terrain… Les raisons de cette abstention sont diverses.

Face à cette tendance, plusieurs médiateurs sont investis d’une mission pour sensibiliser leurs « petits frères » quant à l’importance de leur implication. « On a évidemment un rôle d’intermédiaire à jouer, confie Yassine Khider, responsable et bénévole au sein de l’association Nouvelle G située dans le quartier de Gagarine à Romainville. Mais nous ne sommes pas des messies qui prétendent prêcher la bonne parole pour changer le monde et pousser ces jeunes, qui ne croient pas au système politique, vers les urnes. Plusieurs paramètres entrent en compte pour créer un vrai lien. Il faut que les jeunes en question aient la volonté de nous écouter, que d’autres structures puissent aussi les accompagner. » Le lien quasi-inexistant entre les institutions politiques et ces jeunes demeure le principal problème soulevé par ces hommes de terrain qui craignent plus que jamais de voir les « petits de leur quartier » livrés à eux-mêmes et prendre le chemin de la délinquance.

L’entrée des jeunes de quartiers en politique, un léger pas en avant vers une réconciliation

Le manque de représentation des jeunes de quartiers au sein de la sphère politique fait lui aussi partie des principales raisons de leur défiance. L’entrée en politique de gens issus de quartiers semble être la solution. A Romainville, l’engagement des jeunes de quartiers populaires -et par ailleurs issus de l’immigration- fait désormais partie intégrante de la vie citoyenne de la ville. Daouda Gory et Ali Kissi, conseillers municipaux de l’opposition (PS), sont les principaux représentants de cet engagement. « Je ne m’intéressais pas du tout à la politique à l’époque, confie ce-dernier. C’est difficile de reprocher à ces jeunes le fait d’être désintéressés et de ne pas voter alors qu’ils sont laissés à l’abandon. C’est pourquoi je me suis engagé. Quand on les considère et qu’on leur fait comprendre que leur voix à un certain poids, ils deviennent plus concernés par ces problématiques et leur conscience politique se développe. »

Cependant, le fossé entre les deux camps est, dans certains quartiers, tellement grand que cette tendance suscite interrogations et méfiance. « Le vice dans l’entrée en politique de jeunes issus de quartiers c’est que cela peut être instrumentalisé. Parfois, ils mettent en place un élu d’origine magrébine ou africaine pour enjoliver la chose et pour donner une image plus sociale, gauchiste et tolérante, donc il faut vraiment attention à ça, sans évidemment faire de généralités » affirme Yassine Khider, le bénévole au sein de l’association Nouvelle G à Romainville.

Cette présidentielle semble tout de même attirer davantage l’attention de bon nombre de jeunes initialement désintéressés de la politique. La percée du polémiste d’extrême droite Éric Zemmour en tant que potentiel candidat à la course à l’Élysée ne laisse pas indiffèrent. « Je sens que cette élection les touche vraiment, ajoute Ali Kissi conseiller municipal à Romainville. Quand tu es un enfant d’immigré issu d’un quartier populaire et que tu vois qu’un Éric Zemmour est aussi haut dans les sondages, tu te dis que ce n’est pas de la rigolade ce qu’il se passe. Évidemment, il y a toujours des jeunes qui te diront : ‘Je m’en fous de ton élection’ , mais de par mon contact avec eux, je sens tout de même une prise de conscience globale. »

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