Toulouse, Jean-Jaures, 1er juin 2013

Alors que l’élection présidentielle arrive à grands pas, la gauche française est plus divisée que jamais. Après la candidature de Fabien Roussel en mai dernier, voilà qu’Arnaud Montebourg a officialisé la sienne en septembre. Un morcellement de la gauche qui affaiblit ses chances d’accéder à l’Elysée…

Anne Hidalgo, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Yannick Jadot… Cinq partis, cinq programmes, cinq candidats, cinq gauches, réunies vingt-quatre ans plus tôt sous le gouvernement de gauche plurielle de Lionel Jospin, et toujours dans une impasse politique à cinq mois des présidentielles. Des plus radicaux aux plus libéraux, les leaders de gauche sont divisés et cherchent la faille pour se démarquer les uns des autres. En vain. 

La droite, elle, maintient son hégémonie. Les sondages ne sont pas axiomes, mais tous donnent Emmanuel Macron au second tour (25 % d’intentions de vote, selon un sondage Ifop de début novembre*) face à Marine Le Pen (16 %*), que pourrait supplanter Éric Zemmour (17 %*) s’il officialise sa candidature. A contrario, la gauche ne cumule que 25 %* des intentions de vote, dispersées entre cinq candidats.

D’un côté, Jean-Luc Mélenchon, leader sulfureux de l’Union populaire (anciennement La France Insoumise) et candidat le plus prometteur de la gauche (8,5 %*), dont le programme repose sur des mesures écologiques, sociales et alter-européennes. D’un autre, Yannick Jadot, vainqueur de la primaire d’Europe Écologie les Verts (EELV) en tenant une ligne d’écologie libérale, si bien que d’aucuns le pressentiraient ministre d’Emmanuel Macron. Anne Hidalgo, figure d’un Parti socialiste (PS) moribond qui peine à se détacher de son image de maire de Paris, et qui fait des questions environnementales et égalitaires ses priorités. Arnaud Montebourg, ancien ministre de l’Économie sous François Hollande, qui a quitté le navire PS pour lancer La Remontada. Un nom fantaisiste pour un parti qui, pour le moment, n’a pas proposé grand chose sinon le blocage des transferts d’argents vers les pays étrangers qui restent sourds aux Obligations de quitter le territoire français. Et enfin Fabien Roussel, patron d’un Parti communiste français (PCF) qui, après deux élections rangées derrière Jean-Luc Mélenchon, tente l’aventure en faisant « de la jeunesse une grande cause nationale » pour tenter de gommer l’image centenaire du parti. 

Pas de solutions en vue

Autant que la guerre des idées, c’est aussi une guerre d’égos qui se joue. De Jean-Luc Mélenchon à Arnaud Montebourg, chacun a souhaité une mobilisation massive des électeurs… mais qui aurait bénéficié à son parti. Aujourd’hui, cette perspective ne semble plus aussi envisageable. « Il n’y a pas d’union de la gauche possible », estime Arnaud Montebourg, rejoint par Jean-Luc Mélenchon qui juge cette perspective « puérile et infantile ».

En bref, les discussions s’enlisent. Les gauches ne semblent d’accord que sur leur désaccord, et l’espoir d’une unité des gauches s’étiole de jour en jour. Beaucoup n’y croient plus : à gauche, les électeurs sont 66 % à souhaiter une union, mais 64 % à estimer que les sensibilités politiques sont trop éloignées les unes des autres pour parvenir à un consensus, selon un sondage Ipsos-Sopra Steria datant d’octobre.

Guillaume Lacroix, président du Parti radical de gauche (PRG), a été « expressément mandaté pour tenter, une dernière fois, de raccommoder une gauche dont l’esprit autant que les idées manquent terriblement à la France aujourd’hui » par le biais d’une lettre ouverte. Il y réaffirme sa volonté d’une coalition de la gauche qui pèserait aux élections et rassemblerait les idées de la gauche française. Au-delà du 31 décembre, si sa « main tendue » n’est pas saisie, et si aucun consensus n’est trouvé, le PRG « vivra pleinement son indépendance, au nom de ses idées »…

Des initiatives qui ont pullulé durant la pandémie

D’autres ont décidé de vraiment prendre les choses en main. Partout sur internet fourmillent des plateformes d’idées qui se veulent être la passerelle entre citoyens et politiques. L’objectif est de faire pression sur les partis de gauche en recueillant un maximum de signatures et en proposant un panel d’idées susceptibles de rassembler.

C’est le cas notamment de la Primaire populaire. Cette initiative, lancée en mai 2021par le collectif Rencontre des justices, revêt tous les atours d’un véritable parti politique. Son programme désormais bouclé — écrit à plusieurs mains avec l’intervention de nombreuses personnalités politiques et associatives de gauches diverses —, l’heure est maintenant au vote citoyen. Un vote qui devra définir un candidat fédérateur parmi les dix les plus cités par les adhérents, capable d’incarner les valeurs de la gauche dans tout son ensemble.

« Parmi les candidats retenus, on trouve des personnalités déjà en lice pour la présidence, comme Jean-Luc Mélenchon ou Yannick Jadot, mais aussi d’autres, comme Christiane Taubira ou Clémentine Autain, qui ne se présentaient pas initialement », détaille Mathilde Ruffel, membre active de l’organisme. Ils ont jusqu’au 30 novembre pour confirmer ou non leur participation à la Primaire populaire. Et s’ils déclinaient tous ? Et si la Primaire populaire ne débouchait au final que sur un sixième candidat de gauche ? Mathilde Ruffel dit « tout faire pour éviter ces scénarios » et avoir « confiance en la base militante et médiatique de la Primaire populaire pour peser sur la balance ».

« Les jeunes ne croient plus aux promesses des partis de gauche »

Ces nouvelles manières d’aborder le militantisme et les élections sont généralement propres aux jeunes. Chez les organisateurs de la Primaire populaire, quasiment tous ont moins de trente ans. Car les plus désabusés par les partis de gauche, ce sont bien eux. Si les 18-25 ans sont généralement sensibles aux thématiques sociales et environnementales, et si, selon un sondage Ipsos de début octobre, ils seraient à 87 % susceptibles d’aller voter, ils ne seraient plus aussi attirés par les partis traditionnels de gauche. « Les jeunes ne croient plus aux promesses des partis de gauche, c’est symptomatique du lent reniement d’un certain socialisme qui a abandonné ses valeurs, admet Clément, membre actif des Jeunes Communistes de Paris qui peine à enrôler de nouveaux militants dans ses rangs. Certains partis sont tentés de reprendre des thématiques identitaires extrêmement clivantes pour récupérer les voix de la droite. En résulte un gros manque de confiance des jeunes dans les partis traditionnels. »

Cette fracture, Grégoire Verrière, conseiller régional en Auvergne-Rhône-Alpes pour Génération.s, l’a bien comprise. À 27 ans seulement, il a co-fondé Résilience commune, une plateforme participative constituée de jeunes militants socialistes et écologistes issus de milieux politiques et associatifs. « La création de notre projet s’est basée sur deux constats : que les différents partis de gauche ne parvenaient pas à un consensus, et que la jeunesse ne se retrouvait pas toujours dans leurs programmes, explique-t-il. À partir de là, nous avons collecté les propositions et les avons travaillées pour qu’elles mettent d’accord les différentes sensibilités de gauche ».

Au contraire de la Primaire populaire, Résilience commune ne proposera ni programme à proprement parler, ni candidat, mais jouera un rôle « de poil à gratter autant que de lobby auprès des personnalités politiques de gauche », selon la définition qu’en fait Grégoire Verrière. Le but : insuffler l’idée aux partis, par la force des propositions et du nombre d’adhérents, de se regrouper autour d’un leader et d’idées communes.

Le chemin est encore long et l’échéance se rapproche. Rien ne laisse pour le moment présager d’un programme commun à gauche pour les élections. Mais les grands basculements ont toujours été le propre des campagnes présidentielles…

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