Patrick Proisy est le maire La France Insoumise de Faches-Thumesnil (59), une commune de 17 381 habitants qui fait partie de la Métropole européenne de Lille. Lors des élections municipales en mars 2020, Faches-Thumesnil est devenue la plus grande ville française dirigée par un maire insoumis. Âgé de 34 ans, le jeune élu est un soutien de Jean-Luc Mélenchon et est très actif au sein du parti. Dernièrement, il a suivi le candidat LFI lors de ses principaux meetings et a participé à une grève avec Adrien Quatennens afin de réclamer des conditions de vie dignes pour les migrants. Rencontre avec un maire jeune, qui s’adresse aux jeunes.

Le Virus de l’Info : Quelles sont les propositions de La France Insoumise pour la jeunesse ? 

Patrick Proisy : Il y en a quelques-unes qui sont fondamentales, notamment sur l’éducation. Pour les étudiants des baccalauréats professionnels et technologiques, nous prévoyons un revenu garanti de 1000 euros par mois pour pouvoir faire ses études dans de bonnes conditions. Lorsque l’on est lycéen en bac pro, ce n’est pas rare d’avoir un travail à côté pour aider sa famille. Certains étudiants vont à l’usine le soir ou le week-end. On sait par expérience que les étudiants qui sont contraints de cumuler études + petit boulot ont de mauvais résultats ou sont contraints d’arrêter leurs études à un moment. Quelques étudiants sont aussi dans une situation catastrophique avec la famine qui revient. Notre parti a organisé des collectes alimentaires et a distribué des repas dans des résidences universitaires. Nous avons remarqué que les étudiants qui ont profité de ces dons étaient, pour la majorité, scolarisés à Sciences Po ou dans des écoles de commerce. Cela prouve que ça touche tout le monde car ce ne sont pas des étudiants que l’on a l’habitude de voir. 

En mars dernier, vous avez décroché le portrait d’Emmanuel Macron dans votre mairie pour dénoncer le « vide » de la politique climatique du gouvernement actuel. L’écologie est l’un des sujets qui préoccupe le plus les jeunes. En quoi était-ce un symbole important pour vous ?

C’était à un moment où beaucoup de décrocheurs de portraits allaient passer devant les tribunaux. C’est le cas de mon camarade Gaspard Fontaine qui avait décroché, de manière symbolique, le portrait d’Emmanuel Macron dans la salle du conseil municipal de la mairie d’Amiens. Je vous rappelle quand même que la Convention Citoyenne pour le climat n’a apporté aucun résultat. Beaucoup de citoyens ayant participé à cette convention ont même exprimé leur déception, car ils ont vu que le travail qu’ils avaient fourni pendant des mois n’avait servi à rien. De plus, la non-interdiction du glyphosate et la réintroduction des néonicotinoïdes me font dire que le bilan écologique d’Emmanuel Macron n’est pas bon. 

Au sein de La France Insoumise, que proposez-vous pour l’écologie ? 

Chez LFI, nous souhaitons mettre de côté le terme transition écologique car tout le monde pense qu’on a du temps mais c’est faux. Notre objectif est de faire bifurquer la société pour qu’elle puisse être compatible avec l’augmentation des températures. Nous savons que cela va arriver. On ne peut pas empêcher le réchauffement climatique d’autant plus qu’il est déjà bien entamé et qu’il va falloir vivre avec 1 ou 2 degrés de plus. Il faut changer certains modes de production. Sur la production d’énergie, par exemple, nous sommes pour sortir du nucléaire à l’horizon 2045. Nous souhaitons également arrêter les pesticides. Si l’on veut consommer bio et local, il faut que les agriculteurs aient de meilleurs revenus et de meilleures conditions de travail.

Le programme « L’Avenir en Commun » sortira demain, jeudi 18 novembre. Il contient une mesure que Jean-Luc Mélenchon défend depuis de nombreuses années, le droit de vote dès 16 ans. Mais à cet âge-là, ne sommes-nous pas un peu trop jeunes pour voter ? 

A 16 ans, on peut faire plein de choses sauf voter. Nous souhaitons donner davantage de droits aux adolescents et faire en sorte que la décision politique soit plus partagée. Selon moi, il faudrait mettre en place des cours d’éducation morale et civique pour expliquer la vie politique aux élèves. Avant de faire de la politique, j’étais professeur dans un lycée et j’ai constaté que mes élèves avaient quand même beaucoup de connaissances sur le sujet. J’estime que les enseignants sauront parler de politique tout en restant objectifs. 

De manière générale, les jeunes votent peu. En 2022 pour la présidentielle, 5 millions de Français seront en âge de voter pour la première fois. Comment les convaincre d’aller aux urnes ? 

Toutes les études l’avaient montré, l’un des triomphes de Jean-Luc Mélenchon en 2017 était d’avoir réussi à ramener des jeunes vers le vote et plus particulièrement vers le vote Insoumis. Pour les convaincre, il faut leur parler et être présent sur les réseaux sociaux qu’ils utilisent car il n’y a pas que Facebook et la télévision. Soulignons le fait que Jean-Luc Mélenchon est très populaire sur TikTok puisqu’il compte près de 560 000 abonnés. Ainsi, il faut utiliser les mêmes codes qu’eux et leur expliquer notre programme et nos actions. 

Jean-Luc Mélenchon multiplie les réunions et les conférences dans les universités loin des médias. Pourquoi ? 

Effectivement, Jean-Luc Mélenchon fait le tour des universités et va globalement partout où on l’invite. Les conférences sont tout de même enregistrées et diffusées à chaque fois. Si je prends l’exemple de Lille, 7000 personnes nous ont suivi en live vidéo. Ce genre d’exercice est un bon moyen de s’exprimer librement avec de bonnes questions et des possibilités de pouvoir développer un cheminement. Pour sa campagne, notre candidat fait un mix entre les médias traditionnels et le terrain. Cela prouve que le programme de Jean-Luc Mélenchon correspond aux attentes des jeunes. Il a de nombreuses solutions pour eux et souhaite leur redonner du pouvoir. 

La conférence tenue devant les étudiants à l’université de Lille en début de semaine a beaucoup fait parler. Jean-Luc Mélenchon a en effet annoncé qu’il souhaitait introduire la liberté de changer de genre dans la Constitution. Pensez-vous qu’il a bien fait de faire cette annonce devant des étudiants et est-ce une manière de récupérer de jeunes électeurs ? 

Et pourquoi pas ! Il faut bien l’annoncer quelque part et c’est un sujet qui concerne majoritairement les jeunes. Les questions de genre sont plus individualisées qu’avant. Sur des sujets comme celui-ci, nous ne sommes pas dans une stratégie électoraliste. Nous souhaitons avant tout prôner la devise Liberté Egalité Fraternité et que tout le monde ait les mêmes droits en France. L’idée est de donner des droits à certaines personnes sans en enlever à d’autres. Ce n’est pas parce que le droit de changer de genre est autorisé que l’on va obliger l’ensemble des citoyens à faire de même. 

Vous avez un comité de soutien, les Jeunes Insoumis. Ces jeunes militants ont-ils des propositions et est-ce que Jean-Luc Mélenchon les écoute ? 

Je fréquente beaucoup les Jeunes Insoumis, ils sont très actifs à Lille et dans la Métropole. Ils organisent une « journée jeune » chaque année pour réfléchir à différents sujets. Jean-Luc Mélenchon passe les saluer à chaque fois et fait une conférence. Ce n’est pas le seul, les députés Adrien Quatennens (Nord) et Alexis Corbière (Seine-Saint-Denis) sont présents aussi. C’est toujours un moment de partage, dans le sens où les plus anciens donnent des pistes aux plus jeunes. A l’inverse, les jeunes mettent la puce à l’oreille aux plus anciens sur certaines thématiques. 

Les équipes de LFI sont assez jeunes. En quoi est-ce un atout pour votre parti ? 

C’est un atout puisque les jeunes sont en relation avec les anciens. C’est une bonne recette. Les jeunes sont souvent disponibles et très motivés pour aller sur le terrain. Lorsque des jeunes nous rejoignent, nous sommes heureux car on se dit que le parti réussit encore à convaincre. Et quand on fait de la politique, on essaye d’imaginer l’avenir pour les générations futures.

 

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