Dans une tribune publiée lundi dans Le Monde, près de 300 femmes politiques de gauche appellent les partis français à « écarter les auteurs de violences sexistes et sexuelles » au sein de la classe politique. Pourtant aucune élue LaREM ou LR n’a signé ce texte.

Si le mouvement MeToo touche aujourd’hui de nombreux milieux comme le sport, le cinéma ou encore les médias, il prend une place de plus en plus alarmante dans le paysage politique. « Nous, femmes travaillant dans le milieu politique, élues, collaboratrices, fonctionnaires, responsables associatives, militantes qui côtoyons régulièrement les hommes politiques, mais avant tout citoyennes, appelons le monde politique à une réponse d’ampleur aux violences sexuelles et sexistes commises par nos représentants », témoignent ces centaines de femmes. Celles-ci représentent un large arc de gauche, de Danièle Obono (LFI) à Raphaëlle Rémy-Leleu (EELV) en passant par la sénatrice Laurence Rossignol (PS), ex-ministre des Droit des femmes. Est-ce une volonté des autrices qui ont lancé cette initiative de la réserver essentiellement aux élues de gauche ou est-il plus difficile de faire réagir la droite sur la lutte contre les violence sexuelles? Éléments de réponse.

Une tribune écrite par la gauche 

À cinq mois des élections présidentielles, le constat de cette tribune est sans appel : « Trois candidats ou potentiellement candidats à lElysée [François Asselineau, Jean Lasalle et Eric Zemmour NDLR] sont déjà cités dans de nombreux témoignages dagressions sexuelles », sans que cela ne menace leur ambition d’accès à la plus haute fonction en France. A l’origine de cette initiative : Alice Coffin, conseillère de Paris d’Europe Ecologie-les Verts (EE-LV), la journaliste Hélène Goutany, Fiona Texeire, collaboratrice d’élus et Mathilde Viot, cofondatrice de l’association « Chair collaboratrice ». « Nous avons toutes milité main dans la main dans des collectifs féministes, explique cette dernière. Quand on a commencé l’écriture de ce texte, on a fait le tour de nos contacts pour voir qui avait envie de signer. On a bien envoyé notre tribune à quelques femmes de droite mais elles ont hésité à signer ». Cette assistante parlementaire de la députée LFI de Paris, Danièle Obono, n’est pas surprise de n’avoir récolté aucune signature de femmes à La République en marche, au Rassemblement national ou chez Les Républicains. «J’ai pu voir dans les médias certaines femmes de droite nier avoir été sollicitées pour signer cette tribune ou l’existence de violences faites aux femmes au sein de la classe politique, ajoute Mathilde Viot. Et puis, à gauche, il y a une possibilité plus grande de parler des violences sexuelles.» 

Manque d’intérêt ou gêne vis-à-vis des collaborateurs concernés ? Sur Twitter, Emma Salley, cheffe de file des insoumis en Normandie pour les régionales 2021 témoigne : «A 17 ans, on m’a violée durant un événement syndical. Je suis malheureusement loin d’être la seule à avoir commencé ma vie politique par un tel événement. La première vague de dénonciations il y a quelques années avait fait du bien mais il faut aller plus loin. 

Un malaise plus profond de la droite 

Pourquoi aucune responsables de LREM n’a signé cette tribune alors que l’égalité entre les femmes et les hommes a été érigée par Emmanuel Macron en « grande cause du quinquennat » ? « Nous avons analysé les signataires, répond-on au parti. Sans surprise, on constate que ce sont toutes les oppositions qui se coalisent contre l’Élysée. En septembre, (le porte-parole du gouvernement), Gabriel Attal, a mis en place le numéro d’écoute 3919 disponible 24 heures sur 24, et le Grenelle des violences conjugales.» [un ensemble de tables rondes organisées par le gouvernement français entre septembre et novembre 2019, NDLR] Ce numéro, dont nombre de victimes se plaignent de son inefficacité, n’est, pour les associations, pas suffisant pour combattre ces violences ou apporter de l’aide aux femmes. Si personne à LREM n’a signé cette tribune, n’est-ce pas aussi une façon d’éviter de braquer à nouveau les projecteurs sur un membre du gouvernement ? «Il y a clairement un malaise au sein même de la majorité vis à vis de Gérald Darmanin [accusé de viol du temps où il était à l’UMP, l’ex-parti de Nicolas Sarkozy, NDLR]. Le souci c’est qu’on exige précisément dans notre texte de ne pas investir des politiques de tout bord mises en cause pour violences sexuelles ou sexistes. Si on applique cette disposition, on n’aurait jamais entendu parler de Gérald Darmanin, ni pour les élections régionales, ni pour le ministère», dénonce l’écologiste Capucine Edou, elle-même signataire du texte publié dans Le Monde

La tribune a déclenché une vague de témoignages sur les réseaux sociaux. En parallèle de cette tribune, un site dédié, Metoopolitique.fr, a été lancé pour porter un engagement contre les violences sexistes et sexuelles en politique. «Nous marcherons à lappel du collectif #NousToutes partout en France», indiquent les signataires, appelant chacune et chacun à rejoindre les rangs des rassemblements, ce samedi, pour la journée internationale de lutte contre les violences faîtes aux femmes.

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