Isolement lié aux problèmes de transports, de fibre ou de manque d’infrastructures : les jeunes, reclus des grandes villes ont de plus en plus de mal à se satisfaire de leur quotidien à la campagne, sans s’y projeter un avenir à long terme.

Exode urbain ou rural ? Avec la pandémie, les confinements et l’instauration du télétravail dans la majorité des entreprises, certaines familles sont parties s’installer définitivement à la campagne pour s’offrir un cadre de vie plus paisible et naturel. Ça a également été le cas d’étudiants, pendant un temps retournés dans leur campagne natale alors que les universités fermaient leurs portes pendant près d’un an. Mais les jeunes issus de milieux ruraux ont tout de même tendance à vouloir déserter définitivement leurs villages natales, faute d’accessibilités et d’opportunités. Un véritable fléau d’après le directeur de l’AMRF (Association des Maires Ruraux de France), Cedric Szabo : « On a besoin de la jeunesse pour développer nos territoires. Ce dont souffrent beaucoup de petites communes aujourd’hui, c’est avant tout le manque de ressources humaines ».

Le problème des transports constitue un premier frein à la qualité de vie de ceux qui vivent à la campagne, surtout lorsque les premiers commerces essentiels, établissements scolaires ou centres médicaux se trouvent à plus de 15 km. Leur organisation, répartie entre collectivités territoriales et l’État, était déjà pointé du doigt par les Gilets Jaunes en 2018, et pour cause : la difficulté, voire parfois l’impossibilité pour les villages de recevoir un service de bus. Certaines mairies renoncent à ce mode de transport par manque d’affluence ou de régularité, beaucoup à cause du coût trop élevé pour leur budget. Mais cette stratégie de réduire significativement la mobilité des habitants non-véhiculés se répercute sur leur qualité de vie. « Chez moi, seuls deux bus passent dans la journée, à 7h et 16h. C’est difficilement vivable au quotidien quand on est adolescent et qu’on veut maintenir un lien social », raconte Blanche, lycéenne de 17 ans qui réside à Villers-en-Arthies, un village du Val d’Oise. 

Pour la plupart des populations rurales, il devient donc indispensable de prendre la voiture pour se déplacer vers les « grandes villes » voisines et accéder à des infrastructures essentielles, ou non. Louisa et ses parents ont récemment quitté leur village de 839 habitants pour rejoindre le milieu urbain : « En habitant à la campagne, on sait qu’on se prive de beaucoup de choses mais il y a un minimum d’accessibilité à avoir, explique l’adolescente aujourd’hui à Mantes-la-Jolie, j’ai beaucoup souffert de ne pas pouvoir me rendre par mes propres moyens dans des commerces, espaces culturels ou juste auprès de mes amis. »

Marine Le Pen qui se revendiquait porte-parole du monde rural il y a quelques années semble, dans son programme électoral, ne plus faire sa priorité des problèmes auxquels font face les habitants de la campagne. Tout comme la plupart des grands candidats à la présidentielle 2022, pour qui les questions de ressources financières, physiques et humaines en zones rurales ne sont pas mises en avant au cœur de leurs programmes électoraux. Sur France Info lundi, la candidate du Rassemblement national à la présidentielle s’est tout de même exprimée sur les nécessités actuelles des espaces ruraux. « Le rééquilibrage entre les campagnes et les grandes métropoles sera un fil conducteur de la politique que je mènerai », déclarait-elle. « C’est l’intégralité de l’aménagement de notre pays qu’il faut revoir. Vous n’amènerez pas un médecin à la campagne s’il n’y a pas d’école, s’il n’y a pas un hôpital à proximité », affirmait alors la candidate à l’élection présidentielle.

Un isolement renforcé par les problèmes de réseau

Un autre problème se pose toujours aujourd’hui pour les jeunes habitants, celui de l’accès à Internet. Si le gouvernement annonçait début 2021 le renforcement du plan France Très Haut Débit dans les zones rurales, de nombreux villages français n’ont toujours pas accès à la fibre optique à ce jour. Malgré le soutien financier conséquent de l’État, les campagnes peinent à bénéficier de réseaux câblés fonctionnels pour les foyers. Une difficulté qui s’est d’ailleurs péniblement fait ressentir durant les confinements. « Les cours à distance étaient parfois très durs à suivre à cause des problèmes de connexion », raconte Blanche, pour qui l’adaptation a été compliquée durant son année de première générale. « La qualité du réseau diffère certes selon chaque zone rurale mais ça devrait être une base pour nous tous, qui sommes déjà isolés du monde. Ça me pousse automatiquement à partir quand je pourrais prendre mon indépendance. »

Mais pour ne pas faire fuir les jeunes de leur campagne, il faudrait avant tout leur proposer des perspectives d’avenir près de chez eux, et pas seulement dans le domaine de l’agriculture. En sortant de l’université, la plupart des étudiants, même si d’origine rurale, ne cherche pas à évoluer professionnellement hors des villes. Pour Cédric Szabo : « Si les jeunes prenaient le temps d’imaginer leur début de carrière ailleurs que dans la concentration urbaine, ils trouveraient un emploi bien plus facilement. Il faut faire appel au bon sens mais il reste le problème de l’attractivité. La campagne ne fait aujourd’hui rêver à long terme que les familles qui ont déjà un cadre stable. »

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