Johanna Clermont est devenue la militante pro-chasse la plus influente. A 24 ans, elle partage ses journées sur Instagram grâce à ses deux armes : son fusil et son smartphone.  

« Tuer du gibier, c’est une sensation extraordinaire, un mélange d’adrénaline et d’euphorie », explique l’étudiante en droit des affaires à Paris Match. Johanna Clermont ressemble à beaucoup de jeunes femmes de son âge. Elle est étudiante en droit, regarde des séries et aime sortir en boite de nuit. Mais sa passion peut parfois surprendre : elle est chasseuse. Cette perpignanaise partage notamment sur son compte Instagram quelques clichés, pour ravir ses 150 000 abonnés.

La jeune femme de 24 ans ne vient pas d’une famille de chasseurs. Elle découvre cette passion « un peu par hasard » confie-t-elle. A l’époque, Johanna a 16 ans. Elle accompagne des amis à une battue, « juste pour voir ». Mais quand elle publie sur Facebook une photo de sa première prise, un sanglier, le succès est immédiat. En quelques jours, le cliché fait le tour des forums et des sites spécialisés jusqu’à éveiller l’intérêt du fabricant d’armes Browning. Son premier partenariat est né.

Chasseuse devenue influenceuse

Depuis trois ans, les photos qu’elle partage sur Instagram varient, de ses nouvelles armes, à sa dernière proie en passant par ses nombreuses balades à travers le monde. Johanna Clermont est devenue une influenceuse à part entière. D’ailleurs, sans le Covid, elle se serait rendue en Nouvelle-Zélande et en République tchèque. Des voyages principalement financés par des agences spécialisées ou des marques d’équipements. 

En mars dernier, les parisiens ont aussi pu apercevoir son visage placardé dans le métro. L’objectif est clair : faire la promotion du site Zone300, qui propose en streaming des documentaires sur le gibier et le poisson.

Mais être influenceuse n’est pas toujours facile. Surtout quand on parle de chasse. Et cela, Johanna Clermont l’a bien compris. Elle a d’ailleurs préféré choisir un pseudonyme pour se protéger. Elle reçoit régulièrement des menaces de mort de militants anti-chasse. D’autres l’ont menacée dans l’amphithéâtre de la fac où elle étudie le droit, à Perpignan, où elle vit. « Il y a un sentiment d’insécurité… Des miradors sont détruits, des cabanes sont incendiées… Moi, je me suis fait cracher dessus à Paris », racontait la jeune femme à Libération en avril dernier. « Faire ch… le monde est ma seconde passion », s’amuse-t-elle. Mais cette violence ne l’atteint pas. « La chasse est quelque chose de naturel. Parfois je me demande dans quel monde vivent mes détracteurs, c’est triste pour eux » se défend Johanna Clermont.

Forcément, d’un point de vue politique, Johanna Clermont dérange. « Exploiter l’image de la femme comme des vendeurs de voitures de luxe, c’est ringard ! » s’exclame Jean Codognès, avocat à Perpignan, ex-député socialiste et ancien chasseur converti à l’écologie dans Paris Match.

En France, la chasse reste une pratique populaire. Et le nombre d’accident mortels diminue d’année en année. Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), entre 1998 et 2020, 3807 accidents ont été répertoriés, dont 505 mortels. Entre 2015 et 2020, 12 accidents mortels ont été recensés.

« La chasse, comme l’écologie, ne devrait pas donner naissance à un parti politique. Mais si les attaques continuent à être aussi violentes, c’est tout l’électorat rural qui va se mobiliser contre les extrémistes de l’écologie radicale », expliquait le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, dans Le Journal du dimanche. En 2002, Jean Saint-Josse, à la tête du parti Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), avait obtenu 4,23% des voix. En 2007, avec le candidat Frédéric Nihous, le parti obtient seulement 1,15 % des suffrages. Sans candidat depuis, le parti s’est associé en 2012 à Nicolas Sarkozy mais n’a pas donné de consigne de vote en 2017. En 2019, il change de nom et devient Le Mouvement de la ruralité.

Mais pour qui les chasseurs votent ? L’IFOP a analysé, en 2020, le profil et le vote des chasseurs en France sur la présidentielle de 2017. Alors que Marine Le Pen a convaincu 26% de l’électorat, Jean-Luc Mélenchon, lui, a conquis 16,7% des chasseurs.

De son côté, l’influenceuse de 24 ans reste assez distante pour parler de l’élection présidentielle à venir. « Il est très important d’aller voter. Surtout en 2022. Mais vous vous doutez que je ne vais pas voter pour Yannick Jadot », sourit-elle. Le candidat écologiste a notamment pour objectif d’interdire la chasse pendant les week-ends et les vacances scolaires puis de supprimer définitivement la chasse à courre. Mais pour cela, il faudrait viser juste dans le cœur d’une majorité de français.

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