Les journalistes de guerre sont accoutumés à côtoyer la mort. Pourtant, dans l’ombre de la figure de l’aventurier, du fantasme d’une vie à parcourir le monde, se cache un trouble qui peut ruiner des vies.

« Un reporter de guerre qui a une technique secrète pour gérer l’émotion ressentie sur le terrain est soit un menteur, soit superman », affirme Damir Sagodj, photographe en zone de conflit. Derrière tout article, exposition ou galerie, il y a un journaliste qui revient abîmé par les horreurs dont il a été témoin. Un mal qui, tout comme les soldats qui rentrent du front, touche les reporters.

« Je couvre des guerres depuis trente ans. J’ai vite, remarqué ces hommes et ces femmes que la guerre a rendus fous, militaires, reporters, humanitaires, terrorisés par leurs cauchemars, brisés, depuis ce jour où ils ont vu la mort en face » explique Jean Paul Mari dans son livre « Sans blessures apparentes » L’ouvrage recueille les témoignages d’hommes et de femmes journalistes revenus blessés des zones de conflits et atteints par le fameux « Syndrome Post Traumatique ». Habituellement associé aux combattants, ce trouble affecte en réalité tous ceux qui ont fait face à des situations périlleuses.

« Les principaux symptômes de stress post-traumatique sont les insomnies, les cauchemars, l’irritabilité, l’isolement, la colère, la peur, parfois les violences ou les conduites pathologiques (alcoolisme…) et même la dépression. Chez certaines personnes, on peut aussi noter une volonté d’éviter les foules, les transports en commun etc… » Explique la psychologue Flamine de Bonvoisin. Ils ont pour conséquence, l’auto-exclusion, des crises de panique, la dépression, une anxiété généralisée, l’addiction voir suicide. La personne revit le traumatisme par des pensées, des images, des sensations physiques : intrusives, répétitives et envahissantes. Selon la professionnelle, pour les soldats et les journalistes de guerre, on peut aussi parler de « syndrome du survivant ». Les victimes ou témoins développent un sentiment de culpabilité parce qu’ils sont vivants et que d’autres sont morts.

Ce mal, qui ronge progressivement ses victimes, ne survient pas immédiatement après le choc. Il survient parfois des semaines voir des mois après. Les déclencheurs peuvent être multiples, une odeur, un son, il n’y en a quelque fois aucun. Selon la psychologue, il est primordial de ne pas rester seul. « Être bien entouré, cela compte beaucoup. L’écoute et la présence sont nécessaires dans ces moments difficiles », affirme-t-elle.

 « Tu prends sur toi jusqu’à ce que tu exploses »

Ernest Pyle est l’exemple parfait d’un journaliste ayant subi ce syndrome. Reporter et écrivain américain, il a couvert la majeure partie de la Seconde Guerre mondiale en partageant la vie des soldats présents sur le front. Il remporte le prix Pulitzer en 1944, mais ressort de ce conflit psychologiquement détruit. Il ne supportait plus la vie qu’il menait. Il mourra pourtant en mission au Japon sur l’ile d’Okinawa en 1945.

Devant le danger de ce trouble, il est important que les journalistes s’informent et connaissent les limites de leur sensibilité. Pour Adrien Jaulmes, auteur du livre Raconter la guerre, plus la présence dans la zone de conflit est longue, plus les chances de stress post traumatique augmentent. « Après, il ne faut pas oublier qu’ils peuvent partir. Ce ne sont pas des soldats, si cela devient trop pour eux, ils peuvent rentrer chez eux », précise-t-il. Un choix qui s’applique aussi aux sacrifices qu’exige le métier. « Tu prends la décision de partir, de laisser ta famille et tes amis. Bien sûr que le syndrome post-traumatique est une réalité, mais il faut aussi relativiser les choses et les remettre en perspective. » Damir Sagold affirme quand à lui qu’il est impossible de gérer seul les émotions qui se dégagent de ces événements traumatisants. « Tu prends sur toi jusqu’à ce que tu exploses ».

Le syndrome de stress post traumatique présent chez les reporters de guerre n’est donc pas à prendre à la légère. Il est important d’en parler et de se faire accompagner. Comme le dit Jean Paul Mari dans son livre : « si on n’affronte pas la douleur de la guerre, elle nous tue. Il faut plonger en nous-mêmes et se reconstruire pour trouver la guérison. Oui, on peut en mourir, survivre et revivre. Et ce mal ne nous parle que de vie et d’humanité. »

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