Maryam Ashrafi regardant sa photo

La photographe irano-britannique a consacré une partie de sa vie à immortaliser le versant de la guerre qui ravage la province de l’As-Sulaymaniya au Kurdistan située au nord de l’Irak, en répondant à une question : que se passe-t-il quand les explosions s’arrêtent et que le silence envahit les ruines ?

À l’occasion du Prix Bayeux qui met en lumière les correspondants de guerre, Maryam Ashrafi a présenté son exposition « s’élever au milieu des ruines, danser entre les balles ». Une galerie de photos qui illustre la vie quotidienne des nombreuses femmes et enfants kurdes en plein conflit armé.

Parmi les nombreux clichés poignants réalisés par la photographe irano-britannique, il est intéressant de s’arrêter sur l’histoire d’un en particulier. Une petite fille tenant le canon d’un fusil dans une main et les doigts d’une femme dans l’autre.

Une photo paradoxale

Tawar attrapant le canon du fusil

« J’ai pris cette photo à l’automne 2012. Je vivais depuis une semaine dans un des camps du peuple Komala au Kurdistan », explique Maryam Ashrafi. En train de faire le tour du camp, la journaliste voit Tawar, âgée d’un an et demi à l’époque, chercher la main de sa tante, et à la place attraper le canon d’un fusil. L’enfant ne se trouble pas un instant. « La manière dont elle tenait la mitraillette était exactement la même que si elle serrait une main. À ce moment-là, j’ai ressenti une grande tristesse. » 

La petite sourit, tranquille, sans réaliser la portée que peut avoir une telle scène. Pour Maryam Ashrafi, constamment entourée de cadavres, voir des enfants jouer, s’amuser est source de joie. « Je pense que c’est cela qui me motive le plus. Continuer à montrer ce qu’il se passe et rappeler l’urgence d’y mettre un terme. ». La tristesse de la scène, mélangée au bonheur de voir que la vie est toujours là.

La manière de toucher le public

Ce cliché s’est fait au plus près des personnes. Maryam Ashrafi essaie au maximum d’utiliser des focales courtes, souhaitant que les habitants oublient même jusqu’à l’existence de son appareil. L’utilisation du noir et blanc suit le même procédé. La couleur peut distraire le public qui oublie ce qui est vraiment important. « Je veux qu’ils se concentrent vraiment sur la photo, sur les détails, et qu’ils la gardent longtemps en mémoire. »

Comme la journaliste le précise, elle n’est pas reporter de guerre : elle ne photographie pas les conflits, mais seulement la vie qui anime les populations qui en sont prisonnières. 

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