Manoocher Deghati est président du jury de la 28ème édition du Prix Bayeux Calvados-Normandie.

« Ici on peut rencontrer nos confrères dans des conditions plus paisibles. C’est le meilleur endroit pour partager mes expériences », se réjouit Manoocher Deghati. Tout sourire, il ne cache pas sa fierté d’avoir été nommé président du jury pour cette édition 2021.

« C’était l’homme de la situation, c’est une figure », nous glisse le maire de Bayeux, Patrick Gomont. L’expérience, il l’a ! Il a couvert plus de 40 guerres ou révolutions à travers le monde. « Pour choisir les meilleurs sujets, je vais mettre en avant  le courage  », explique l’iranien. Du courage il lui en a fallu pour fuir son pays, il y a 35 ans.

Né à Ourmia en 1954, au nord-ouest de l’Iran, il s’intéresse au cinéma et à l’image : « J’étais fasciné, après avoir fini le lycée, j’ai pris un train à Téhéran, direction l’Europe. Au bout d’une semaine de voyage je suis arrivé à Rome. » En Italie, Manoocher se perfectionne à la caméra. Une fois retournée en Iran, la révolution éclate contre le régime du Shah. Les étudiants envahissent les rues et réclament plus de démocratie, plus de liberté. Le jeune homme qui ambitionnait d’abord de devenir caméraman va alors se mettre à prendre en photo les événements. Depuis ce jour, il ne lâchera plus jamais l’appareil.

 L’exil.

Horrifié par les atrocités comises lors des premières années de la République islamique après 1979, Manoocher Deghati montre au monde entier ce qui se passe dans son pays. Il dénonce les exécutions de rues, la guerre Iran-Irak. Ses conditions de travail sont périlleuses : « J’ai été plusieurs fois tabassé, ils m’ont aussi retiré ma carte de presse, je suis devenu un photographe clandestin.», raconte le photojournaliste. Pourquoi avoir tenu malgré les menaces ? « J’avais soif de la vérité », répond-t-il. 

Après des années à travailler pour l’agence Sipa Press et pour l’AFP à Téhéran, Manoocher est contraint à l’exil. Il atterrit à Paris en 1985, avec deux sentiments : la tristesse de ne plus voir son pays natal, et la joie de partir à la découverte du monde.

Après quelques mois passés en France, il rejoint le bureau de l’AFP en Amérique centrale. Il travaille sur les crises sociales au Guatemala, au Nicaragua et au Salvador. Il est présent lors de l’invasion des Etats-Unis au Panama en 1989. 

Muté au bureau de l’AFP du Caire, il couvre le conflit-israélo palestinien avec le retour d’exil de Yasser Arafat. En 1996, il est blessé par un sniper israélien dans les territoires palestiniens occupés. « Un moment très difficile dans ma carrière », se souvient l’homme de 67 ans. Rapatrié en France, il passe 18 mois à l’hôpital militaire des Invalides puis le président Jacques Chirac lui octroit nationalité française.

Il poursuit sa carrière en Afghanistan, il devient formateur en compagnie de son frère Reza. Ensemble les deux iraniens créent l’ONG Aïna pour former des jeunes afghans à la photographie : « C’était important de former les femmes afghanes. Elles sont les seules à avoir accès à leur quotidien.», explique Manoocher. 

Le printemps arabe

Janvier 2011, Manoocher retourne en Egypte, où il prend la tête du département photo de l’agence de presse américaine l’Associated Press (AP). Un jour après son arrivée, la révolution éclate : « Beaucoup de mes collègues ont pensé que je l’avais prévu. Je vous assure je ne savais pas », plaisante le photojournaliste. 

À la tête d’une équipe de 150 journalistes, il va vivre les années les plus intenses de sa carrière : « Je dormais 3h par nuit, j’étais en contact avec le siège à New York presque sans arrêt. J’étais épuisé physiquement », se rappelle-t-il. Éreinté après toutes ces années, Manoocher quitte Le Caire avec des souvenirs pleins la tête. Il se ressource maintenant en Italie, (dans les Pouilles), avec sa famille : « Je cultive la vigne et j’adore les pâtes ! », conclut-il. Manoocher Deghati, vit désormais dans une ferme et continue son travail de photojournaliste. Il présentera les décisions du jury demain soir. 

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Diplômé d'une licence d'Histoire à la Sorbonne, je suis ensuite entré en 1ère année de Master journalisme à l'ISCPA Paris. A la recherche d'un stage ou d'une alternance dans un média..

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