Bayeux a été la première ville libérée de France en 1944. Certains y verront un symbole de liberté, c’est cette même liberté que revendique la profession  des reporters de guerre. Depuis 28 ans, la ville accueille le Prix Bayeux Calvados-Normandie et rend hommage chaque année aux correspondants de guerre. Les élus ont la volonté d’en faire la « capitale de la liberté de la presse», mais qu’en pensent les habitants ?

Compliqué de tomber sur  un vrai bayeusain en période de festival ! Dans les rues, dans les commerces, les visiteurs  envahissent la ville en ce début de mois d’octobre. Il n’est pas rare d’entendre quelques mots anglophones en se baladant. Bayeux « capitale de la liberté de la presse », ce n’est pas forcément la priorité de tous ici : « Allez demander à côté, moi je n’ai rien à vous dire dessus », nous dit une commerçante près de la Cathédrale. À 500 mètres de là, un buraliste légèrement plus loquace nous confie : « Certes, je vends davantage de journaux, mais cette manifestation  ne m’intéresse pas ».

« J’ai été impressionné »

Toutefois d’autres témoins sont moins catégoriques à l’image de Thierry, rencontré aux abords de l’Hôtel du Doyen. Ce quinquagénaire habitant de Bayeux depuis l’âge de 8 ans, raconte : « Bayeux, c’est animé simplement l’été. Là, le festival nous permet de découvrir des choses. Je suis allé par exemple voir le film sur Sarajevo, c’était vraiment intéressant. »

Thierry se souviendra longtemps de sa rencontre avec un reporter syrien : « J’ai pu échanger avec lui. J’ai été impressionné par sa modestie. Je l’ai remercié pour son travail, nous faire parvenir des images de ces endroits dangereux c’est précieux. » 

Après 28 éditions, gare à la lassitude.

Quelques encablures plus loin, Michel coiffé d’un béret remonte la rue le long de la Cathédrale. Il connaît le festival depuis ses débuts : « La population a beaucoup changé. Au début, les gens avaient beaucoup entendu parler de la guerre , du débarquement… Aujourd’hui le temps a passé, ce n’est plus que de la politique. Avant je me rendais aux projections, Maintenant,  c’est toujours un peu la même chose. »

Un peu de lassitude , mais Michel parle des correspondants de guerre avec un profond respect pour ce métier : « Les journalistes de guerre, c’est tout le contraire des journalistes habituels. Eux au moins ils sont sur le terrain ».

Devant le mémorial des reporters, Patrick Gomont, maire UDI de Bayeux, patiente avant d’assister à une cérémonie d’hommage. Selon lui, il n’y a pas de lassitude de la part des habitants bien au contraire : « il y a une fierté et une attente forte à chaque édition. Le prix Bayeux n’est jamais la même chose, l’actualité change. On essaye de proposer des choses inédites. À l’image d’une exposition en plein air dans les rues de Bayeux. » Si tous les habitants ne sont pas intéressés, la ville leur offre la possibilité d’avoir les clés de compréhension en matière de géopolitique internationale. Pour preuve, 40 000 personnes sont attendues cette année, soit 3 fois la population de Bayeux.

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Diplômé d'une licence d'Histoire à la Sorbonne, je suis ensuite entré en 1ère année de Master journalisme à l'ISCPA Paris. A la recherche d'un stage ou d'une alternance dans un média..

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