Damir Sagolj

Originaire de Sarajevo, le photographe quinquagénaire a sillonné la moitié du globe afin d’informer et de montrer au monde les conflits et catastrophes qui ravagent de nombreux pays et leur population. Entre ses débuts, sa parenthèse sportive et l’impact du 11 septembre 2001, entretien avec un journaliste de guerre.

« Photographier la guerre n’est pas ce que j’aime ou ce que je préfère. Je suis juste bon là-dedans, c’est une responsabilité ». Damir Sagolj, n’a jamais cherché à immortaliser les conflits qui embrasent le monde. Son diplôme d’ingénieur presque en poche à 21 ans, son chemin semblait tracé, mais la guerre détruit ses ambitions lorsqu’elle éclate à Sarajevo, sa ville d’origine. « Enrôlé dans l’armée, j’ai perdu quatre ans de ma vie. Quand le conflit s’est arrêté, j’avais 25 ans et plus d’avenir. Je devais recommencer toutes mes études. Je n’ai eu ni le courage, ni l’envie de le faire. » Entouré d’amis artistes qui s’expriment à travers des créations graphique et un père journaliste, il décide donc de combiner les deux et de devenir photographe de guerre. « La photo est universelle. Elle peut toucher le monde entier quelle que soit ta langue ».

La guerre et le sport une même adrénaline

Damir Sagolj a passé 20 ans de sa vie à capturer la guerre dans toutes les régions du globe pour l’agence de presse Reuters, en Asie, au Moyen-Orient, en Israël, en Afghanistan et en Irak, où il gagne le prix Pulitzer en 2004. Il couvre aussi les grandes compétions sportives comme les Jeux olympiques ou les coupes du monde de football notamment celle de 2006. « Quand tu as fait 6 mois en Irak, ça fait sens de passer un mois à photographier le foot pour se relaxer ». Pour autant, l’intensité est la même. « Tu ne peux pas être spectateurs dans le sport. Il y a la même tension et la même adrénaline entre un grand événement sportif et un conflit ».

Après les attentats du 11 septembre 2001, il repart photographier les catastrophes comme les inondations au Pakistan et en Thaïlande, le tsunami au Japon, les événements historiques et les troubles politiques au Myanmar, le tribunal des crimes de guerre à La Haye. Plus récemment, il a couvert la guerre contre la drogue aux Philippines et la crise actuelle en Corée du Nord. « Couvrir des catastrophes naturelles ou des grands bouleversements dans le monde, c’est la même chose que le travail de reporter de guerre. Quand les gens courent dans un sens, les journalistes courent dans l’autre. Je sais que je peux capturer pleinement le moment dans toute sa profondeur donc je le fais.».

Fresque de photo réalisé par Damir Sagolj à Sarajevo

Illustrer sans s’imposer

Un métier dangereux dont il s’accommode, mais ce qui a été le plus dur, ce sont les sacrifices qu’il exige. Renoncer à sa famille, ses amis, sa santé pour faire la photo au bon endroit, au bon moment. Sans parler de la charge émotionnelle qui va avec. « Tu prends sur toi jusqu’à ce que tu exploses. Cela laisse des cicatrices violentes que tu ne peux pas effacer ou ignorer. Mais j’ai la chance d’être très bien entouré par ma famille et mon cercle proche qui m’aident à gérer ce genre de moment.

Aujourd’hui Damir Sagolj est retourné dans sa ville natale. Il y transmet son savoir et continue à mettre en lumière les peuples oubliés ou laissés pour compte à travers différents événements comme le festival de Bayeux. Malgré l’apparition des nouvelles technologies, une ère où tout le monde peut prendre des photos, il estime que le métier ne disparaîtra pas. Il ne suffit pas d’un appareil pour exercer. Il faut surtout ne pas s’imposer dans l’histoire, prendre du recul et de choisir le meilleur moment pour intervenir. Car « à la fin de la journée, une bonne photo restera toujours une bonne photo »

+ posts

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici