La question du futur de la planète alarme, notamment avec l’enchainement de catastrophes climatiques qui apparaissent aux quatre coins du monde ainsi que les conséquences désastreuses du Covid-19. L’éco-anxiété se développe parmi l’opinion publique sous l’influence des médias.

La dernière enquête des Assises du Journalisme a révélé à travers son baromètre annuel qu’un français sur trois trouve le traitement de l’information anxiogène. En lisant la presse écrite ou en regardant régulièrement les informations à la télévision, des lecteurs ou téléspectateurs développent une souffrance psychologique à l’égard de la destruction de l’environnement, que le psychologue Jean-Pierre Le Danff qualifie d’un mélange de peur, de honte et d’une grande remise en question. « Cette souffrance peut aussi être associée à une détresse rétrospective lorsque le patient se sent spectateur d’unenvironnement dégradé et qu’il éprouve un sentiment de perte, de deuil. On appelle ça la solastalgie », explique l’éco-psychologue. 

Charline Schmerber, psychothérapeute spécialisée sur la thématique en explique les conséquences parfois dramatiques : « Pour certains, l’éco-anxiété peut entraîner une sorte de paralysie, avec des insomnies, des idées obsédantes qui nourrissent un sentiment d’impuissance. » Un blocage mental que certains arrivent toutefois à surmonter pour s’engager vers une transition écologique.

Les médias responsables de l’éco-anxiété ?

Aujourd’hui, les thérapeutes et psychologues s’accordent à dire que les médias ont une grande part de responsabilité sur la manière dont les individus intègrent les évènements liés au dérèglement climatique. Charline Schmerber avoue demander pour chaque nouveau patient la fréquence à laquelle il consulte les médias. « Je suis consciente de l’impact de l’information et j’en viens parfois à mettre en place une detox médiatique », ajoute-t-elle.

Un traitement de l’information considéré comme catastrophiste, avec la diffusion d’actualités dramatiques sans contextualisation et sans volonté pédagogique. « En télévision globalement, les sujets ne sont pas assez approfondis et sont même parfois bâclés. Les émissions et reportages long format, malheureusement peu nombreux, sont bien plus intéressants et bénéfiques pour le spectateur qui souhaite s’informer », assure Jean-Pierre Le Danff.

Juliette Nouel, journaliste spécialisée sur les sujets climat-biodiversité depuis de longues années, déplore le traitement superficiel de la thématique environnementale, pourtant omniprésence dans les médias : « Journaux télévisés et presse écrite évoquent de manière bien trop anecdotique le climat, en recherchant uniquement l’immédiateté émotionnelle. Ils devraient être plus constructifs et développer l’investigation environnementale au sein de leur rédaction. »

Faut-il aborder différemment l’urgence climatique dans les médias ?

Les thérapeutes, premiers récepteurs de l’éco-anxiété et de la souffrance psychologique de nombreux français, suggèrent un journalisme plus médiateur entre scientifiques et grand public, avec en prime la nécessité de vulgariser les bilans environnementaux. Le réchauffement climatique semble avoir été intériosé par l’opinion publique, et il serait maintenant question pour les journalistes d’en analyser concrètement les origines. « Une forme de journalisme qui mettrait en avant des initiatives et qui rééquilibrerait la tourmente actuelle serait logiquement plus rassurante pour les personnes souffrant de solastalgie ou d’éco-anxiété », appuie la psychothérapeute Charline Schmerber. 

D’après la récente enquête des Assises du Journalisme basée sur un sondage de l’Institut Viavoice, seul un français sur dix considère le traitement médiatique sur l’urgence climatique constructif. 60% de la population souhaiterait un journalisme qui propose davantage de solutions pour lutter contre le changement climatique. Ce qui explique sans doute que les médias sont de plus en plus nombreux à se lancer dans le journalisme de solutions : un journalisme optimiste et dans l’action, mettant notamment en avant des figures de l’engagement écologique. Camille Sarazin, journaliste pour France Médias Monde en témoigne : « Les nouvelles catastrophistes peuvent être paralysantes et ne plus donner envie de suivre l’actualité : on veut montrer qu’il existe des solutions en donnant des cas concrets de personnes qui ont sauté le pas et font bouger les choses. »

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