Journaliste depuis 34 ans, Sophie Huet est rédactrice en chef centrale de l’AFP.  Elle est « responsable » du contenu publié autour des thématiques écologiques. Dans une situation d’urgence climatique, l’AFP tente de se montrer de plus en plus performante autour des sujets environnementaux. Interview.

Quels changements constatez-vous dans le traitement des thématiques écologiques au sein de votre rédaction ? 

Sophie Huet : Depuis 1 an on a renforcé nos équipes. Une équipe qui couvre science santé et climat avec chacun leurs spécialités. On a 2 journalistes à Washington et en Asie.  Avec un dialogue permanent avec eux. Beaucoup d’experts sur les questions écologiques qui pourront les orienter, les aider.  Il y a 2 ans et demi avec le directeur de l’information on s’est rendu compte qu’il fallait donner une nouvelle importance à l’écologie pour nos abonnés. A Paris on lance le nouveau pôle « Avenir de la planète » avec les experts et on va rajouter des journalistes économiques pour être au niveau de nos exigences. 

Vous pensez que les journalistes sont assez impliqués dans la lutte écologique ?

S.H : Des gens peuvent être militants mais ça ne doit pas transparaitre dans leur travail. Ce qui est important pour nous c’est que les journalistes soient sensibilisés aux problèmes. On leur demande d’acquérir un maximum de compétence sur les secteurs qu’ils couvrent. 

Aujourd’hui en termes d’audience traiter de l’écologie est-ce rentable pour l’AFP ? 

S.H :  L’AFP fonctionne sur un système d’abonnement. Nous on produit la couverture qu’on estime devoir couvrir pour être présent sur les sujets d’actualité court terme mais aussi long terme. On va faire des reportages sur des sujets plus longs.  Ce sont nos choix éditoriaux. Atteindre un niveau d’audience très haut ce n’est pas une notion pour nous. Ce qui est important pour nous c’est que notre couverture soit le reflet de l’évolution de la société. Elle va donc intéresser davantage de médias qui sont nos clients. 

La plupart des médias réalisent de moins en moins de reportages ou même d’enquêtes environnement, pourquoi ? 

S.H : En tant que rédactrice en chef AFP, je peux vous affirmer qu’on peut parler de reportages, de terrain car on a réseau avec 150 bureaux dans le monde avec 1700 journalistes. Quand il faut aller en Amazonie c’est notre bureau de Rio de Janeiro qui s’y rend, ce qui est déjà une mission chère et compliquée. Nous on bénéfice de ce réseau incroyable.  On s’aperçoit à quel point les médias qui n’ont pas ce réseau ont vu au fil du temps leurs ressources de reportages décliner. C’est exactement là que se situe la crise des médias. 

Ces dernières années avez-vous ressenti un tournant par rapport à cette urgence climatique ? 

S.H : J’ai trouvé que cet été on a eu un moment de prise de conscience extrêmement fort parce que il y a eu une multiplication d’événements climatiques extrêmes avec les inondations en Allemagne et en Belgique, les incendies en Grèce et États-Unis…. C’est l’une des premières fois que des responsables politiques ont clairement fait le lien entre ces événements et le réchauffement climatique, en Allemagne par exemple. La multiplication de ces catastrophes meurtrières a encore aggravé la prise de conscience.

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