La relation de confiance qui lie le public aux médias est fortement dégradée, le rôle du CDJM est de restaurer ce lien perdu, par le biais d’un jugement non pénal, pour qu’une concertation paisible entre les parties soit rendue possible.

Le Conseil de déontologie journalistique et de médiation est une association née il y a deux ans dans le but de restaurer une confiance profitable aux médias comme aux publics.

« Ce conseil tripartite est né pour donner la parole à chaque acteur du jeu journalistique : il est composé de représentants des journalistes, des éditeurs et des publics. On essaie de restaurer cette confiance avec le public, qui a besoin d’avoir un interlocuteur auquel s’adresser. La déontologie n’est pas de l’entre-soi. » indique Yann Guégan, vice-président du CDJM et journaliste à Contexte. Sur son site, le CDJM précise qu’il ne représente « ni un conseil de l’ordre, ni un tribunal de la pensée », ajoutant qu’il « n’est pas une instance étatique ou administrative. ».

Le requérant, au cours de l’envoi de la saisine, doit indiquer : le nom du média concerné, la date et l’heure de publication ou de diffusion de l’acte journalistique, le titre de l’article ou de l’émission, le motif de la saisine et les raisons pour lesquelles la déontologie de l’information n’aurait pas été respectée. Le requérant peut, s’il le juge utile à son argumentation, adresser au CDJM toute pièce ou document lié-e à l’affaire.

Lorsque le CDJM est saisi par une personne (physique ou morale), une procédure en interne suit pour en évaluer la pertinence. Ensuite, le Conseil annonce la retenue ou non de la saisine (auquel cas le requérant est informé du refus et de sa raison). Si les cas peuvent varier selon les sujets relevés, le Conseil ne peut pas être saisi si les règles de base sont respectées, notamment celle de la ligne éditoriale. La saisine ne sera pas valable dans le cas où elle pointe un choix éditorial du média « accusé ».

« À titre d’exemple, on ne peut en aucun cas saisir le CDJM pour se plaindre que France Info a invité Marine Le Pen trois fois depuis la rentrée, parce que cela représente un choix éditorial. Le seul problème pouvant être remonté (au CSA) serait celui du temps de parole inégal comparé aux autres figures politiques. », précise Yann Guégan.

30% des saisines retenues

En 22 mois d’activité, le CDJM a reçu 450 saisines concernant 200 actes journalistiques, parmi lesquelles ont été retenues seulement 30%. « Le temps de la réflexion est pris pour chaque cas. La réponse finale peut être donnée jusqu’à 6 mois après déposition de la saisine. », explique Kathleen Grosset, présidente du CDJM et ex-présidente de la Fédération Française des Agences de Presse (FFAP).

Le conseil se réunit mensuellement, en plus de la rédaction d’un rapport annuel synthétisant les saisines et avis rendus, pour passer en revue les saisines déposées avant de prévenir les médias concernés (les décisions sont prises par consensus). Il est aussi possible, si plusieurs saisines visent le même acte journalistique, que le CDJM décide de privilégier l’une d’entre elles et d’y associer les autres. Parmi les saisines retenues, le CDJM peut décider de 3 issues : la saisine est fondée après analyse, non fondée ou partiellement fondée si un des griefs formulés n’est pas retenu. « Le CDJM a rendu depuis sa création 40 avis. 16 ont été déclarés fondés, 15 non fondés dans le cas où le média a bien fait son travail et 9 partiellement fondés. Cela montre à quel point les avis divergent. », poursuit Kathleen Grosset.

Si le CDJM en charge des médias français est assez récent, les conseils de pays voisins sont souvent plus anciens, et plus influents. En Belgique, les médias sont incités à publier les avis du Conseil de déontologie journalistique, ce qui accroît sa visibilité.

« Il est surprenant de voir qu’on a du retard sur des pays comme la Norvège par exemple. Son conseil déontologique a inscrit la grande majorité des médias nationaux en tant que membres et travaille en partenariat avec des écoles de journalisme. » détaille Yann Guégan. Un problème persiste dans la relation que tiennent les médias français avec la déontologie et l’encadrement du métier de journaliste.

« C’est assez déconcertant, nous avons du mal à réunir les médias sous un même contrôle alors même que nous n’exerçons aucun pouvoir coercitif, nous ne punissons pas. », soulève Dominique Pradalié, trésorière adjointe du CDJM, directrice d’antenne et journaliste chez Radio Couleurs FM.

La France aurait peut-être à gagner si elle s’alignait sur le modèle déontologique de ses voisins, pour garantir une relation plus saine entre publics et médias et annoncer le début d’un regain de confiance entre les deux.

Maxence SOUSA

+ posts

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici