Le journalisme collaboratif se développe de plus en plus dans les rédactions, notamment en presse quotidienne régionale. Alors, à quoi correspond le travail en réseau et pourquoi est-il nécessaire pour le journalisme environnemental ?

Ne plus rester dans son coin et rejoindre un collectif d’autres journalistes peut être bénéfique pour une rédaction. Les journalistes en régions qui traitent des sujets écologiques sont souvent seuls et une forme de concurrence s’installe lorsqu’ils se croisent dans des évènements ou des conférences. Anne Henry Castelbou est journaliste chez RCF Hauts-de-France, en presse économique régionale et responsable du réseau régional des Journalistes pour la Nature et l’Écologie (JNE) : « L’idée est de mobiliser les journalistes qui ont une appétence pour l’environnement afin de les amener à travailler ensemble sur des sujets en commun ».

Le JNE est une association créée il y a cinquante ans et qui fédère près de 200 journalistes et auteurs qui sont spécialistes de l’environnement. En règle générale, les journalistes en région n’ont pas le temps d’investiguer et de se former sur la question environnementale. Même chose pour les journalistes indépendants qui peuvent aussi souffrir de solitude. Le fait de travailler en équipe leur permet d’être plus motivé, d’approfondir des sujets, de sortir des discours institutionnels et surtout de creuser des sujets en profondeur.

« Splann ! », un média d’utilité publique

Kristen Falc’hon, quant à lui, est le membre fondateur de « Splann ! », une association qui produit des enquêtes journalistiques d’utilité publique en Bretagne : « Ce qui nous a motivé, c’est le manque d’investigations dans la presse quotidienne régionale et l’envie d’aller sur le front face à l’agro-business ». Toute son équipe a la conviction que le projet est indispensable et que l’enjeu est très fort. Il faut dire que « Splann ! » bénéficie d’un soutien populaire considérable et a reçu la somme de 85 000 euros grâce au financement participatif.

Dans le média breton, seul le journaliste enquêteur est rémunéré. L’enquête qui leur a permis de se faire connaître s’intéresse aux usines qui polluent en rejetant des particules fines d’ammoniac de manière clandestine en Bretagne. France 3, le Peuple Breton et Mediapart qui s’est d’ailleurs engagé à publier les trois volets de l’enquête, en ont fait la promotion. Seul problème pour l’équipe, ils travaillent à distance en faisant des réunions téléphoniques. Le fondateur regrette qu’ils ne se soient pas réunis au moment de la sortie de l’enquête. 

Un mode de travail qui a un impact sur la société 

Le journalisme collaboratif d’investigation a un véritable impact sur la société, tant la question environnementale est importante. Il est aussi plus efficace de travailler à plusieurs malgré le fait que les journalistes soient souvent des loups solitaires et qu’ils ne veulent pas partager leurs scoops avec d’autres confrères. Pour conserver le secret des enquêtes, les journalistes travaillent sur des forums cryptés.

Il faut aussi noter que les journalistes les plus menacés sont souvent les freelances puisqu’ils sont livrés à eux-mêmes. Collaborer avec d’autres journalistes permet d’apprendre de nouvelles cultures et de préparer différemment les interviews. Les sujets environnementaux sont de plus en plus vendeurs et le journalisme collaboratif est un mode économique intéressant. Ce type de  journalisme pourrait se rapprocher de l’International Consortium for Investigative Journalism, le Consortium international pour le journalisme d’investigation (ICIJ), qui est un réseau mondial de journalistes d’investigation et qui enquête sur des affaires internationales.

Ces dernières années, le groupe a notamment révélé le scandale d’évasion fiscale des Panama Papers. Une chose est sûre, agir pour l’intérêt général de la société est extrêmement important. Le journalisme collaboratif permet de publier des enquêtes de qualité et ainsi regagner la confiance du public envers les médias.

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