Le traitement journalistique sur le sujet de l’écologie reste encore médiocre dans les médias français. Mis à part dans les revues spécialisées, le thème n’est que très peu ou mal abordé. Alors les journalistes ont-ils une culture scientifique suffisamment développée pour pouvoir en parler ?

L’écologie est sûrement l’un des sujets de société les plus importants. Pourtant, selon une étude réalisée par ViaVoice pour les Assises Internationales du Journalisme de Tours, 57% des sondés considèrent que les journalistes ne sont pas assez renseignés sur la thématique pour pouvoir en parler correctement. Ségolène Allemandou, journaliste depuis plus de 15 ans, est rédactrice en chef d’ ENTR pour France 24 et RFI. Il s’agit d’un nouveau média dédié à la jeunesse européenne et dont le but est de toucher les jeunes sur des sujets qui les concernent avec de nouveaux formats. « Le journalisme de solution n’est pas suffisant, il faut aussi du journalisme d’investigation ! » Ségolène n’est pas une journaliste spécialisée mais a beaucoup écrit sur le climat. Elle a notamment réalisé une enquête sur le glyphosate et plus particulièrement sur les affaires de justice liées aux enfants. Ségolène a aussi travaillé pour Reporters sans frontières en 2016 et a rédigé un rapport sur les journalistes environnementaux en climat hostile. Ces derniers sont soumis à différentes types de menaces, notamment sur les réseaux sociaux. La journaliste s’est par exemple fait insulter par les acteurs du monde agricole pendant un mois. Le journalisme environnemental est un journalisme de spécialité très complet. Pour l’exercer, il faut comprendre l’économie, les termes juridiques, les articles de lois et la politique. Avoir un bagage scientifique, c’est-à-dire savoir ce qu’est l’énergie fossile ou la décarbonisation est également un plus.

Toujours selon l’étude ViaVoice, 53 % des Français estiment que les médias et les journalistes n’accordent pas assez de place aux questions posées par l’environnement. A ce sujet, l’association Reporters d’espoirs a réalisé une enquête en juillet 2020. Cette dernière a d’abord analysé le traitement de l’écologie dans les « 20 heures » de TF1 et de France 2. Il faut noter la nette progression de TF1 qui passe de 5% en 2010 à 17% en 2020. Sur 78 sujets sur le thème environnemental, 4 évoquent la question climatique. Les sujets constructifs ont pour point commun de se rapporter à l’autonomie des individus. A la radio, il y a beaucoup de chroniques consacrées à l’environnement. « C’est notre planète » présentée par Jean-Marc Jancovici le samedi et par Virginie Garin le dimanche sur RTL en est un exemple. La presse écrite est en progression depuis 10 ans et a connu un pic en 2015 au moment de la Cop21. L’AFP reste de loin le premier producteur d’information sur le climat. De manière générale, l’enquête révèle qu’il est très difficile de proposer des émissions sur l’environnement à des grosses chaînes. Françoise Vimeux est directrice de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et travaille au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE) ainsi qu’au Laboratoire HydroSciences Montpellier (HSM) : « Dans les médias, on ne parle du climat que lorsqu’il est lié à une catastrophe naturelle ». Françoise Vimeux estime que les médias ne parlent pas assez d’écologie, sauf quand il y a des événements qui entraînent des conséquences dramatiques. Selon la spécialiste, mis à part les journaux scientifiques, il manque des enquêtes de fond dans la plupart des médias pour expliquer ce qu’est le changement climatique ou la manière dont notre système climatique fonctionne. Françoise le dit, les journalistes font leur métier en racontant les faits mais gagneraient à instruire davantage leur audience. Les journalistes agissent parfois avec précipitation. Le hard news ne permet pas un manque de recul et un contrepoids suffisant dans l’analyse de l’information. Écrire dans un magazine permet de mieux décrypter l’information, de prendre des contacts et de vérifier les sources. Une chose est sûre, le journalisme environnemental est en train de devenir essentiel dans les rédactions, même si les jeunes délaissent de plus en plus les médias traditionnels pour les réseaux sociaux. Le grand défi pour les journalistes est donc de mieux se former sur le thème de l’écologie et de plus se mobiliser en faveur de l’investigation.

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