En France, 85% des paroles expertes à destination de l’information publique sont tenues par des hommes, selon le Baromètre de la diversité dans les médias. A-t-on accordé assez d’importance à la place de la femme dans le domaine journalistique ?

Selon les données de l’institut de statistique de l’UNESCO, couvrant 107 pays de 2015 à 2018, un chercheur sur trois est une femme. Parmi les effectifs, 33,3% sont des chercheuses, ce rapport illustre le déséquilibre qui existe dans le domaine scientifique.

« Les chercheuses sont très peu mobilisées sur des questions d’économie, de géopolitique, de sciences du vivant, de santé et de politique. Elles sont plus sollicitées pour leur expertise du côté des questions culturelles, familiales, tant dans la parole des journalistes que dans la parole des expertes. », explique Isabelle Garcin-Marrou, professeure des universités spécialiste des médias, du journalisme et de la question du genre à Sciences Po Lyon.

Au temps de la Covid-19, les scientifiques qui ont pris la parole, que ce soit pour faire état de l’avancée des recherches ou des dégâts causés, étaient dans une forte majorité masculins. Les chercheuses n’ont eu, en conséquence, que très peu de temps et d’espace pour se pencher véritablement sur la question, et en rendre compte devant une caméra ou derrière un micro.

« Quelques femmes médecins, épidémiologistes apparaissaient à l’antenne, seulement avec parcimonie. De plus, les chercheuses ont été beaucoup plus occupées par la gestion des enfants à domicile pendant la pandémie. Rappelons que 80% de la charge domestique pèse encore sur les femmes, même dans des couples où des professions sont exercées par les deux conjoints ou parents. », souligne I. Garcin-Marrou. Du même coup, les hommes ont été les plus sollicités pour discuter, par le prisme d’une vision médicale, de la crise.

« Du point de vue de la recherche, les femmes chercheuses n’avaient quasiment pas publié d’articles scientifiques tandis que la production des hommes a augmenté, à la fois en valeur absolue, mais aussi en proportion », poursuit la professeure des universités.

Avec les restrictions liées à la pandémie, les enseignants ont été contraints de former des apprenants indirectement, le plus souvent derrière un écran. Les enseignantes-chercheuses ont alors rapidement dû enfiler leur double casquette pour que les étudiants puissent finir leur année, un diplôme en main, et pour maintenir un enseignement viable.

Former pour changer les mentalités

L’éveil des consciences passe inévitablement par des actions pédagogiques, il est important que les établissements formateurs en presse écrite, radio et télévisée accordent une importance particulière à ces sujets. « Nous travaillons dans le souci d’amener chaque conscience à réfléchir à ces questions concernant le genre, nous formons les étudiants à aborder ce sujet », explique Pascale Polisson, responsable pédagogique et journaliste à l’IPJ Dauphine PSL.

 « Certaines branches de la presse font état de beaucoup d’assignations, particulièrement celle dictant que les garçons auraient des prédispositions pour parler de sport. », poursuit la journaliste.

Les sujets tels que le sport et la politique semblent spontanément attirer plus d’hommes, parce qu’une réticence certaine germe dans l’esprit de ces femmes qui veulent devenir journalistes sportives, après avoir entendu les témoignages récents de journalistes racontant leur vécu en rédaction.

Des filles sont empêchées, et par la même occasion s’empêchent elles-mêmes, tandis que la volonté d’associations telles que Femmes journalistes de sport est d’encourager ces étudiantes à continuer à parler de sport si elles le veulent.

« Le temps de parole des femmes sur le sport à la radio représente 13% du temps total. Très peu de femmes sont dans l’analyse technique, dans le commentaire sportif, dans la direction du sport », indique Mejdaline Mhiri, coprésidente de l’association Femmes journalistes de sport (FJS) et rédactrice en chef de Les sportives. « Le sport a été créé par et pour les hommes, et les femmes se battent désormais pour devenir athlètes, arbitres, journalistes ».

Le temps donné aux femmes pour parler de sport est presque insignifiant, que ce soit en presse écrite ou en radio. Si, dans son ensemble, le journalisme se féminise depuis les années 1960, pour atteindre quasiment la parité, avec 47% de femmes parmi les titulaires de la carte de presse, celles-ci ne représenteraient que 10% des effectifs dans le domaine du sport.

« À mesure que la profession se féminise, que les femmes accèdent à des postes à responsabilité dans les rédactions, elles accordent peut-être une attention un peu plus fine aux experts et aux sources sollicitées », commente Isabelle Garcin-Marrou.

Pour changer les mentalités, il semble évident qu’il faudra parier sur un mouvement de fond qui fera bouger les choses, qui amènera les jeunes journalistes destinés aux postes à responsabilité à accorder une attention plus forte à la parité des sources mobilisées.

Une chose est sûre, un changement significatif des mentalités est attendu. Cette évolution passera très probablement par un éveil des consciences dès le plus jeune âge, qui reste pour le moment un vœu pieux.

Maxence SOUSA

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