Depuis 2019, plus de 200 journalistes ont fait part de problèmes rencontrés avec la police. Arrestations, violences, insultes, interdictions de filmer, la liste est longue pour ces journalistes pourtant identifiables au milieu de la foule. En 2 ans, 18 plaintes déposées n’ont pas abouti. 

Le gouvernement a commandé le rapport DELARUE, suite au constat de la dégradation des relations entre la presse et les forces de l’ordre « depuis au moins cinq ans ». Ce rapport, publié en avril 2021, propose 32 recommandations. La commission était présidée par Jean-Marie Delarue, ancien président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) et ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté. Invité des assises de journalisme de Tours en septembre 2021, l’ancien conseiller d’état a réaffirmé ses positions sur la liberté d’information. 

L’objectif est de recréer une relation de qualité entre journalistes et forces de l’ordre. Certaines manifestations et mouvements de contestation récents ont montré qu’il existe des difficultés à concilier le travail des deux partis. C’est le cas notamment des manifestations contre la loi Travail en 2016, puis en 2018 du mouvement des Gilets Jaunes.

Pour la commission, les relations entre la presse et les forces de l’ordre se seraient dégradées à cause d’au moins deux facteurs. Tout d’abord, une attitude progressive de fermeture des forces de l’ordre à l’égard de la presse en raison d’une acception plus restrictive de la notion de secret de l’enquête. Les infos qui venaient des forces de l’ordre à destination des journalistes se raréfient. Ensuite, la visibilité accrue des opérations de maintien de l’ordre, notamment lors des manifestations renforcent le phénomène. Face à l’impact des réseaux sociaux ainsi que des médias audiovisuels, les violences policières ont ému l’opinion publique et déplu à la hiérarchie policière.

Face aux violences des forces de l’ordre, les journalistes s’interrogent à présent sur l’intérêt de couvrir les manifestations.Ils ont peur, et ne se sentent pas en sécurité. La commission Delarue a du prendre acte de cette situation et a fini par reconnaitre la réalité de ces agressions dans l’espoir d’y mettre fin. Tout ceci dans le but de rétablir les bonnes relations entre la presse et les forces de l’ordre. 

Le contenu du rapport Delarue

Le rapport, remis au premier ministre en Avril 2021 et rendu public, fait déjà objet de débat. Jean Castex a chargé le ministre de l’Intérieur et la ministre de la Culture d’engager conjointement les travaux qui conduiront à la mise en œuvre de ses recommandations. Un rendez-vous de mise au point est prévu début novembre entre le Premier ministre et la commission. 

Concrètement, la commission pose trois objectifs clairs et indissociables.

Tout d’abord, assurer l’intégrité physique des journalistes qui couvrent les manifestations. Les moyens matériels de protection des journalistes sont souvent confisqués par les policiers. Ils jugent ces équipements trop dangereux lors d’un attroupement. Vincent Lanier, secrétaire général SNJ, s’offusque « On a l’impression que le problème, c’est la présence des journalistes. » Pierre Henry Brandet, directeur de la communication du Ministère de l’intérieur, assure pourtant qu’« un bon nombre de journalistes sont attaqués par des civils et non par des policiers ». Ce à quoi Vincent Lanier répond: « Les civils ne vont pas se déguiser en journaliste pour provoquer les forces de l’ordre. On se trompe de combat. » Pierre Henry Brandet n’a malheureusement pas su défendre davantage son affirmation. 

Ensuite, la rapport reconnait les agressions physiques contre les journalistes. Si les chiffres  sont alarmants, les responsables ne sont pas pour autant punis. Aucune plainte de journaliste n’a jamais abouti, d’où la commande d’une enquête de l’IGPN. Le 23 novembre 2020, le journaliste de Brut Rémy Buisine a été frappé au sol par un policier alors qu’il n’opposait aucune résistance. L’Inspection générale de la Police nationale lancera une enquête dès le lendemain, pour l’instant sans suite.

Enfin, la rapport garantit la liberté d’informer. Le Syndicat National des Journalistes (SNJ) et une trentaine de sociétés de journalistes (SDJ) des médias de presse écrite, radio, télévision et web, dénoncent les récentes entraves à la liberté d’expression subies par des journalistes, notamment lors d’opérations d’évacuations de migrants dans le Nord de la France. Les SDJ s’associent à la requête de deux d’entre eux déposée devant le Conseil d’Etat, et demandent à l’État de faire cesser ces atteintes à l’information. Après tout, la liberté d’expression est un droit essentiel qu’il est dangereux de suspendre ou de limiter.

Un pas en avant, mais des incohérences

Le rapport de la commission Delarue souligne l’obligation des forces de l’ordre “d’assurer la sécurité des journalistes face aux attaques des manifestants, y compris dans les lieux qui ne sauraient être soustraits au regard de la presse.” Les journalistes doivent être autorisés à se déplacer facilement dans les “cordons” prévus durant les rassemblements. Etre en reportage, c’est être libre de se déplacer dans un rassemblement pour capturer ce qui est essentiel là où c’est essentiel, soulignent les journalistes concernés. L’article 12 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne garantit le droit à la liberté de réunion pacifique. Le droit de la population d’être informée sur les réunions publiques est tout aussi indispensable. 

Aujourd’hui, l’accès à l’info ne peut pas être conditionnel. Le débat ne doit pas être de contrôler une profession qui a besoin de liberté. Le rapport Delarue protège les journalistes possesseurs d’une accréditation presse, manifestement insuffisante aujourd’hui pour l’intégrité physique des journalistes, quelque soit leur situation professionnelle. Ce n’est pas aux forces de police de distinguer les différents statuts (journalistes ou pigistes) lors des manifestations.  

En 2020, la France est première en terme d’interpellations aléatoires et de violences policières sur journalistes en Union Européenne. Il peut paraitre choquant de se demander comment protéger l’intégrité physique des journalistes, cela menace la démocratie. Elle permet aux sociétés et aux individus de se développer et de faire valoir d’autres droits. C’est donc un levier pour promouvoir et défendre l’ensemble des droits humains. 

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