Dans le contexte actuel où l’urgence climatique se précise, la question de la responsabilité des médias sur la prise de conscience collective se pose concrètement. La presse jeunesse, où le rôle des journalistes se veut à la fois informatif et pédagogique, reste un moyende sensibiliser les nouvelles générations à l’environnement.

Okapi, Mon Quotidien, Le Monde des Ados ou encore 1jour 1actu sont aujourd’hui leaders des journaux d’information pour enfants et laissent place à de plus en plus de sujets concernant l’écologie, devenant même des rubriques régulières pour certains. Olivier Gasselin, rédacteur en chef adjoint de Mon Quotidienen témoigne, « L’environnement est devenu progressivement un véritable centre d’intérêt pour nos lecteurs et désormais au cœur de nos thématiques. » Et à chaque public sa manière d’être informé. En presse jeunesse plus qu’ailleurs, les journalistes ont cette mission perpétuelle de s’adapter à ce public particulier pour être en capacité de les intéresser et d’éveiller leur curiosité sur n’importe quelle thématique, même si elle leur connaissance du sujet est nulle au premier abord. « On n’hésite pas à utiliser des termes scientifiques qui peuvent être inconnus du lectorat, mais on a des encadrés dédiés à l’explication des mots plus pointilleux. C’est une sorte de mini-dictionnaire spécifique à l’article, que l’on utilise quasiment à chaque page dans le but d’enrichir le vocabulaire des enfants et de ne pas les laisser s’enfermer dans leur jargon habituel. »

L’image, plus percutante pour l’enfant

Certains outils, plus visuels, facilitent également la compréhension et l’intégration d’articles à destination des moins de 15 ans. « Pour certains sujets scientifiques, une infographie est à mon sens beaucoup plus parlante qu’une longue explication par texte. C’est une véritable porte d’entrée pour ensuite se plonger dans un article, et on utilise ce système pour chaque édition », évoque Olivier Gasselin. En conférence lors de la première journée des Assises du Journalisme 2021, Raphaëlle Botte, rédactrice en chef chez Dong ! La Revue appuie les avantages du dessin de presse et de la bande-dessinée, non seulement pour attirer le lecteur, mais surtout lui faire comprendre en quelques coups d’œil un phénomène, une actualité, un fléau… Comme il n’est pas facile de passionner les enfants sur des sujets tels que l’urgence climatique, il est important pour les journaux de redoubler de créativité en proposant des formats ludiques, en abusant parfois de l’illustration humoristique. 

Support utilisé sans modération au sein des rédactions jeunesse, quitte à faire de l’ombre au texte parallèle car moins percutant, l’illustration sous toutes ses formes reste le moyen le plus accessible de témoigner de la réalité auprès d’un lectorat encore peu habitué des longues argumentations. Désormais, qu’il s’agisse de dessin ou de photographie, sa place est prépondérante car considérée comme une véritable aide à la compréhension de sujets spécifiques. « Mon Quotidien a récemment fait sa une sur le massacre de dauphins aux Îles Féroé où on y voit clairement un bain de sang. Nous avons choisi de la publier car nous savons que l’image a ce pouvoir de marquer les esprits. Cependant, il est de notre responsabilité de faire le choix des bonnes photos pour ne pas traumatiser l’enfant », évoque le journaliste Antoine Gasselin.

« Nos lecteurs peuvent s’identifier en se disant : et pourquoi pas moi ? »

Les quatre journalistes spécialisés en presse jeunesse qui ont rythmé l’atelier du traitement du climat auprès des jeunes des Assises (David Groison, Raphaëlle Botte, Malicia Mai Van Can et Juliette Loiseau) s’alignent sur le fait que le jeune lectorat a tendance à s’investir davantage dans une cause quand il parvient à s’y identifier, et cela passe grandement par la personnalisation du sujet. La mise en avant de figures adolescentes sensibilise et permet même de mettre en action la jeunesse, car elle leur fait écho. « Melati Wijsen, une indonésienne d’à peine 20 ans qui lutte contre le plastique sur son île depuis des années, a, malgré son jeune âge, déjà fait bouger de grandes choses dans le domaine environnemental. Elle est devenue un véritable symbole de l’engagement chez les jeunes. Un article sur le parcours d’une personne qui a leur âge, ça parle beaucoup à nos jeunes lecteurs car ils peuvent s’identifier et se dire : et pourquoi pas moi ? » développe le rédacteur de Mon Quotidien, tout en déplorant le manque de figures du militantisme écologique en France.

Dans un contexte environnemental et sanitaire souvent qualifié de dramatique par les scientifiques, la prise de conscience de la nécessité d’agir chez le jeune public semble primordial. Les médias jeunesse, spécialisés ou non dans la nature l’ont compris et le mettent au cœur de leur actualité depuis plusieurs années, en tachant tout de même de ne pas perturber voire culpabiliser leur lectorat. « On veut être un média positif, et transformer cette peur de l’avenir chez certains lecteurs en élément moteur pour agir. Il nous arrive de proposer des solutions simples, réalisables à leur échelle car c’est notre responsabilité en tant que journaliste mais avant tout de citoyen de sensibiliser au respect de la planète. » Pour Olivier Gasselin, « Informer et sensibiliser sur l’environnement est un travail pédagogique de longue haleine qui nécessite du temps pour avoir un impact concret sur les actions de la future génération adulte. »

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