Journalistes en devenir ou professionnels confirmés, ils sont nombreux à vouloir créer leur média. Une envie accrue avec les confinements successifs, mais que très peu ont réussi à concrétiser tant la mise en place d’un média est complexe. Focus sur deux magazines, un hebdomadaire et un mensuel, dans leur conquête d’audience.


Epsiloon. Le nom n’est pas encore connu du grand public, mais il ne devrait pas rester dans l’ombre pour longtemps. Constitué en majeure partie d’anciens journalistes de Science & Vie, Epsiloon fait le choix d’un journalisme scientifique réinventé : le format mensuel permet d’approfondir des thématiques précises tout en interrogeant « une centaine de scientifiques par numéro » selon son rédacteur en chef Hervé Poirier. Le journal se veut lisible, épuré et facile d’accès sans pour autant « tomber dans la vulgarisation ». Un pari réussi avec près de 49 000 préventes de leurs premiers numéros (sur un objectif initial de 1500). Il faut dire que la France possède un appétit sans égal rn Europe pour la presse scientifique, qui constitue près du quart des ventes de magazine dans l’hexagone selon l’Alliance pour les Chiffres de la Presse et des Médias. Les plus boulimiques sont les enfants, qui bénéficient d’abonnements réguliers à, en moyenne, 2 magazines. Offerts par les parents, ces abonnements ont pris la forme d’une participation sur la plateforme de crowdfunding Ulule. Une aubaine pour Epsiloon, qui proposait aux en juin 2021 des abonnements de 6 mois, 1 et 2 ans à offrir. Ils enregistrent au passage un record, celui de la plus grande campagne jamais conduite sur la plateforme participative Ulule.

« Il y a 1 an, j’étais sans-emploi sur mon canapé ». C’est ainsi que s’introduit Hervé Poirier au public des Assises du Journalisme de Tours, sous les rires de l’assistance. Après la douloureuse séparation avec Science & Vie et son nouvel acheteur Reworld, l’ancien directeur de la rédaction du célèbre magazine tente de tourner la page de 21 années de rédaction scientifique. Il reçoit alors un appel d’Unique Heritage Media (UHM), groupe spécialisé dans la presse jeunesse. Ensemble, ils s’accordent sur la création d’un nouveau média, Epsiloon, qui sera un « journal d’émotion avant d’être un journal de savoir ». Le modèle financier est simple : 93% du budget de chaque numéro est fourni par les lecteurs, tout en maintenant la balance « bien au-delà de l’équilibre » d’après Hervé Poirier.

Franc-tireur, l’hebdomadaire d’opinion

La création d’un média résulte la plupart du temps d’une synergie entre des journalistes, des écrivains et d’un ou des financiers. La rencontre entre Éric Decouty, ex-directeur adjoint de Libération et ex-directeur délégué à Marianne, Christophe Barbier, ex-directeur de rédaction de l’Express, Caroline Fourest, journaliste chez Marianne, Raphaël Enthoven, écrivain et le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky a sans étonnement débouché sur un hebdomadaire aux ambitions modérées, « mais qui devrait rencontrer un certain succès auprès des publics concernés ». Qui pourrait donc être séduit par un journal situé au centre de l’échiquier politique mais qui se défend d’être « d’un centrisme mou et dépassé » ? « Nous espérons atteindre un public le plus large possible avec un tarif attractif (2 euros) et une diffusion auprès de tous les publics » explique Éric Decouty, co-rédacteur en chef du nouveau journal. Composé de 8 pages, 2 d’entre elles seront allouées à un « travail d’investigation poussé » produit par des journalistes à la pige. Le reste sera dédié à des sections éditorialisées par « des experts connus et reconnus dans leur domaine » et un portrait « piquant pour ne pas dire à charge » d’une personnalité politique ou médiatique.

S’ils n’ont eu l’idée que depuis 6 mois, Christophe Barbier et Éric Decouty ont très vite œuvré à la naissance de l’hebdomadaire. Les premiers numéros qui paraîtront en novembre sont déjà bouclés, avec une Une du premier magazine « anti Jean-Luc Mélenchon et anti Eric Zemmour ». La question du nom du magazine interloque nombre de curieux. Franc-Tireur, pourquoi un nom à la connotation si guerrière ? « Nous voulions nous appeler Combat, pour symboliser notre lutte contre les extrêmes, wokismes et autres délires contemporains. Malheureusement, le nom n’était pas disponible à cause d’un certain Camus… (rires) ». Franc-Tireur renvoie directement aux combattants du même nom qui opéraient durant la Révolution française, ainsi qu’au journal du même nom qu’ils produisaient ; le premier du genre révolutionnaire.

La quête de l’équilibre financier

Tout utile qu’il puisse être, chaque média est avant tout une entreprise qui se doit d’être rentable. Si Epsiloon est déjà rentable, Franc-Tireur se donne entre 12 et 18 mois pour atteindre l’équilibre. « En revanche, si on ne vend que 400 exemplaires les premières semaines on sera bien obligé de mettre la clé sous la porte ! ». Une perspective qui ne perturbe pas les journalistes sous tutelle d’un milliardaire mais qui a causé bien des fermetures de média naissants sans filet financier.

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