La presse est-elle le miroir de la société ? Tout comme bon nombre de responsables politiques, les
médias s’efforcent tant bien que mal de refléter la société française. Si des thématiques comme la
sécurité ou l’économie font régulièrement la Une des journaux, la problématique écologique a
lentement fait son apparition dans les kiosques jusqu’à devenir un sujet de société à part entière.
Retour sur une lente évolution des mentalités des rédactions françaises concurrencées par les réseaux
sociaux.


615%. C’est le taux d’évolution de la participation des citoyens français aux primaires d’Europe
Écologie Les Verts (EELV) entre 2016 et 2021. Plus qu’un succès électoral, cette percée des Verts
illustre l’évolution des mœurs sur la question environnementale. Mégafeux, inondations, pluies
diluviennes, autant de catastrophes climatiques qui illustrent une réalité qui s’est imposée à tous :
l’urgence actuelle est climatique. Dans les médias, on a enfin compris les enjeux et la responsabilité
de chaque journaliste de mettre la lumière sur le sujet. Comme une rédaction d’un quotidien
politique muscle ses effectifs à la veille d’une élection présidentielle, les services « environnement »
ou « vert » ont éclos dans la plupart des médias généralistes à la vue du nombre croissant de
catastrophes climatiques. Le Monde, par exemple, a mis en place une rubrique “planète” sur son site
internet comme dans son application mobile pour pouvoir toucher un public le plus large possible.
Rémi Barroux, journaliste, explique : « Les sujets environnementaux sont des sujets qui touchent tout
le monde. Aujourd’hui, lorsqu’on traite d’écologie, on peut partir des grandes questions de politique
internationale comme les Accords de Paris comme des tenants et des aboutissants de la construction
d’un rond-point près de chez-vous. »

Un journalisme qui peine à être reconnu


Si la cause environnementale est universelle, les journalistes traitant la thématique accèdent
lentement à une certaine légitimité, suivant l’évolution des préoccupations dans le débat public et
citoyen. Dans les années 2000, le journalisme environnemental s’institutionnalise peu à peu et
l’espace alloué aux sujets écologiques augmente avec la création de rubriques. Sont alors apparues
deux catégories de journalistes. D’une part les journalistes environnementaux déjà présents avant les
années 1990 et liés aux associations militantes ; et de l’autre ceux qui rejoignent les rédactions une
fois que les rubriques institutionnalisées existent. Jean-Baptiste Comby, enseignant chercheur à
l’université Panthéon-Assas, avance d’ailleurs dans le Monde que « les journalistes qui se sont
spécialisés par conviction se distinguent alors des journalistes entrés dans la rubrique par
opportunité. »

Les journalistes environnementaux dans certains grands quotidiens comme Le Figaro et Le Monde
n’ont pas les mêmes rapports selon leur audience et leur bord politique. C’est ce que Jean-Baptiste
Comby explique, interrogé à propos de la COP 21 : « Il y avait d’un côté les journalistes qui
considéraient que la signature de l’accord de Paris était une étape incroyable pour la protection du
climat et ceux qui disaient que, certes c’est un moment important mais que ça n’allait rien changer à
la quantité de gaz à effet de serre émis par les pays signataires. »

Le journalisme écologique de demain s’écrit aujourd’hui


S’il est souvent résumé à son penchant militant, l’engagement écologique n’est pas propre aux
médias militants et s’étend même au-delà. À mesure que l’information sur l’écologie vit un processus
de « massification » comme le décrit Jean-Baptiste Comby, les réseaux sociaux et les créateurs de
contenus contribuent à médiatiser les actions militantes. Par ailleurs, une multitude de médias
indépendants fleurissent sur les réseaux sociaux, en particulier sur YouTube, et globalement sur
internet, en s’emparant de la question écologique. Certains n’hésitent pas aujourd’hui à créer leur
propre média et à s’affranchir des questions d’engagement ou de militantisme, ou au contraire, à y
adhérer complètement. C’est le cas de José Rexach, fondateur du média HUMECO « Je me définis
comme un média alarmiste qui souhaite parler de causes que je considère comme vitales » explique-
t-il.


Humeco existe aujourd’hui en tant qu’association et n’a pas encore le statut de média à part entière.
Pour autant, José Rexach estime qu’il « n’y a pas besoin de la carte de presse pour être journaliste.
Aujourd’hui il n’y a plus de différence entre les journalistes et ceux qui couvrent des actions militantes
en tant que vidéastes aux yeux de la police ». Doté d’une équipe de 13 bénévoles et d’un noyau de
rédacteurs de 4 personnes, Humeco compte aujourd’hui plus de 12,6k followers sur Instagram.
L’équipe a un fonctionnement similaire à une rédaction classique avec des conférences de rédactions
et une veille généralisée des sujets et des actions militantes.


José Rexach aspire à obtenir une carte de presse mais souhaite se différencier des médias qu’il
estime trop réticent à aborder des enjeux écologiques. Il résume « si l’on n’est pas alarmiste, les gens
ne comprennent pas l’importance de la cause climatique et environnementale. Il faut arriver à les
toucher directement et qu’ils soient impactés par le sujet. Ça ne suffit pas de dévoiler l’information ou
de relayer les rapport du GIEC ! » Pour autant, il affirme « garder de la réserve » concernant
l’activisme et « respecter la charte de Munich» Selon le fondateur d’Humeco « quand on traite
d’écologie, on ne peut pas vraiment être neutre, mais pour garantir la qualité de nos articles, on se
doit de garder une certaine objectivité. »

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