Le quinzomadaire Fritz est né à Tours en novembre 2020. Des propres mots de ses fondateurs, créer un journal papier aujourd’hui « peut paraître audacieux ». D’autant que le pari est de traiter de sujets locaux à destination d’un public âgé de 8 à 12 ans. À moins que ce soit la bonne recette…

Des couleurs criardes, des dessins, un format original. Fritz tape directement dans l’œil. Chose nécessaire quand la concurrence provient essentiellement des écrans. Comment convaincre des jeunes enfants de se concentrer sur un format papier alors que les enfants utilisent des tablettes tactiles à des âges de plus en plus avancés ? Une question que se sont posés les deux fondateurs du quinzomadaire, Matthieu Pays — directeur de la rédaction — et Christelle Hélène-Kibleur — directrice de la publication. « Ce qui les passionne le plus, c’est Fortnite (jeu vidéo gratuit disponible sur les consoles et les ordinateurs, ndlr) » ironise le premier.

Ancien journaliste de La Nouvelle République à Tours, Matthieu Pays voit dans les enfants le premier moyen d’apprendre aux (futurs) adultes comment bien s’informer. Ils sont les consommateurs d’informations de demain, dans une période où le thème des « fake news » est incontournable. Le choix du papier, un format dont la légitimité est sans cesse remise en question, interroge également. Mais pour Matthieu, le journal traditionnel n’a pas dit son dernier mot. Pas question non plus de s’adresser à des enfants de moins de 12 ans à travers des écrans. Un avis partagé par la cofondatrice Christelle Hélène-Kibleur, qui explique le choix d’une publication tous les 15 jours : « Ce rythme permet de ne pas mettre la pression à l’enfant qui, en ne le recevant que deux fois par mois, conserve le plaisir de découvrir le journal. »

Pour attirer ces jeunes lecteurs, les fondateurs ont également fait le choix d’une mascotte issue du monde animal. Si l’histoire originale de cet éléphant du nom de Fritz est cependant peu réjouissante. Venu à Tours au sein d’une troupe de cirque, cet éléphant d’Asie est décédé dans la ville en 1902. La compagnie américaine qui l’exploitait l’a offert à la municipalité et sa dépouille est depuis empaillée aux Beaux-arts de Tours. Pour les natifs d’Indre-et-Loire, Fritz est donc le symbole de belles après-midi passées au musée. Une façon supplémentaire d’attirer la curiosité des jeunes tourangeaux, pour qui l’animal et son prénom ne sont pas étranger. 

Cela rappelle également la ligne éditoriale du magazine, qui traite de sujets nationaux en prenant des exemples locaux. « Il faut que les sujets parlent aux enfants, s’ils reconnaissent les choses dont on parle, ils vont forcément s’y intéresser davantage et même les évoquer dans leur entourage », détaille Christelle Hélène-Kibleur. « Il faut naviguer entre ce qui leur plaît et ce qu’ils ignorent, mais qui pourrait tout autant les intéresser », complète Matthieu Pays. Fritz n’hésite donc pas à aborder des sujets environnementaux, à travers une rubrique « La Greta » présente dans chaque numéro. « Le nom ne parle pas vraiment à nos lecteurs, peut-être sont-ils trop jeunes » sourient les deux fondateurs, qui dirigent une équipe de quatre journalistes. Le succès de certains articles s’explique justement par le nom utilisé. Ainsi, le sujet sur la chanteuse Wejdene, par ailleurs issue des réseaux sociaux, a reçu d’excellents retours. L’artiste dionysienne ne vient, certes, pas de Touraine mais son impacte a largement dépassé les frontières d’Ile-De-France.

Une autre façon de promouvoir les méthodes d’information

Au-delà du papier, créer un magazine à la fin d’année 2020 complique automatiquement sa promotion. Les écoles, là où se situe le cœur de cible de Fritz, étaient difficilement accessibles en raison du Covid et les ateliers de présentation ne pouvaient donc pas se tenir en classe ou dans les cours de récréation. Ils vont désormais pouvoir reprendre en octobre, avec pour première mission de fabriquer des journaux avec les écoliers. « Faire un journal soi-même permet de se rendre compte qu’on ne peut pas écrire n’importe quoi, qu’on est lu et qu’il y aura des réactions », analyse Matthieu Pays.

Ces ateliers permettront de faire découvrir Fritz, tout en insistant sur l’importance du métier journalistique. Une belle façon de conjuguer publicité et éducation à l’information. Ces ateliers sont réalisés en partenariat avec la municipalité de Tours et en partie financés par celle-ci. Pas question cependant d’obtenir de leur part des fonds pour le magazine, pour des raisons d’éthique et d’indépendance. Fritz est passé par le crowdfunding pour voir le jour, une méthode qui permet de se poser les bonnes questions concernant la rentabilité ou encore la demande potentielle. « Cela offre également de la visibilité au projet. Il ne faut d’ailleurs pas hésiter à voir le journal comme un produit », rajoute Matthieu Pays.

Toute la problématique d’une telle publication concerne finalement le réabonnement des écoliers. Car si « les parents sont toujours enthousiastes en voyant leurs enfants lire », les principaux concernés peuvent se délaisser du papier à tout instant. En janvier dernier, Fritz avait enregistré quelques 500 abonnements. Un nombre resté stable jusqu’à la rentrée 2021 mais que les fondateurs espèrent doubler. Le quinzomadaire souhaite une extension locale, ne dépassant pas les frontières d’Indre-et-Loire. Un choix qui fait évidemment écho à la mode du circuit court, renforcée depuis le premier confinement. Sur le site de Fritz, destiné uniquement aux parents de ses jeunes lecteurs, l’ancrage tourangeau y est d’ailleurs omniprésent.

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Etudiant à l'Institut Supérieur des Médias de Paris (ISCPA).

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