Selon un récent sondage, 51% des Allemands sont favorables au plan de relance présenté lundi 18 mai par Angela Merkel et Emmanuel Macron. © Flickr

Cette crise sanitaire a offert à la chancelière allemande, Angela Merkel, une chance de pouvoir démontrer qu’elle est encore en capacité de diriger son pays. Elle l’a saisie. À près d’un an des prochaines élections législatives, il reste néanmoins peu probable qu’elle soit réélue.

Le Covid-19 offre un répit bienvenu à Angela Merkel et à son parti, lUnion chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU). Lorsqu’Angela Merkel entama son quatrième mandat, en 2017, celle que le peuple allemand surnomme « mutti », la mère de la nation, est fragilisée par sa politique d’ouverture des frontières lors de la crise migratoire de 2015. En conséquence, la coalition CDU/CSU (Union chrétienne-sociale en Bavière) recueillit un score historiquement faible de 33% des suffrages lors des élections fédérales de 2017.La CDU était déchirée par des lignes de fracture entre une aile plus libérale économiquement et une aile plus conservatrice que celle défendue par Angela Merkel, qui est plutôt de centre-droit.

Les Verts (Grünen) et l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) en profitèrent et progressèrent dans les sondages. À ce contexte déjà peu favorable à la chancelière s’ajouta un véritable séisme politique. La dauphine d’Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée « AKK », qui avait succédé à Angela Merkel à la tête de la CDU en 2018, renonça à prendre sa succession et démissionna en décembre 2020, sous la pression des barons du parti. Le choc fut tel que l’hypothèse d’élections anticipées avant la fin de la législature d’Angela Merkel à l’automne 2021 était sérieusement envisagée.

Lorsque la crise survint au mois de mars, ce contexte politique pesa sur la crédibilité de la chancelière allemande. « Le journal Das Bild titrait début mars : Y-a-t-il un leadership à la chancellerie ? », rappelle Paul Maurice, chercheur au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa).Le congrès de la CDU, qui devait par ailleurs se tenir en avril, a finalement été repoussé au mois de décembre, esseulant davantage Angela Merkel. Sa gestion de la crise a néanmoins été largement saluée par la population allemande. Sa formation de chimiste quantique lui a permis d’aborder cette crise avec un point de vue scientifique. Les conférences de presse qu’elle tint démontrèrent son calme et son pragmatisme, deux qualités particulièrement appréciées par l’électorat allemand. Les Allemands eurent le sentiment qu’ils pouvaient suivre sereinement les conseils de leur « mutti. » « Les Allemands ont considéré que, par rapport aux autres pays européens, l’épidémie avait été bien contenue en Allemagne », souligne Christian Lequesne, professeur à Sciences Po Paris.

Angela Merkel entretint des liens très forts avec les ministre-présidents des 16 Länder allemands. La structure fédérale de l’Allemagne permit à la chancelière de déléguer davantage de pouvoir à ces derniers. Le confinement était alors plus ou moins strict en fonction du bord politique des dirigeants de Länder, et bien évidemment de la situation sanitaire dans chacun de ceux-ci. Toutefois, si le fédéralisme a été fort utile en temps de confinement, il a montré ses limites lorsque le déconfinement fut engagé, le 20 avril dernier. Certains dirigeants de Länder, à l’instar d’Armin Laschet, ministre-président de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dont la capitale est Düsseldorf, appelèrent aussitôt à un déconfinement rapide afin de relancer au plus vite une économie vitrifiée par plus de deux mois de quarantaine. D’autres se montrèrent plus prudents, rejoignant la ligne politique de la chancelière du Bundestag. Les modalités du déconfinement furent ainsi très différentes en fonction des Etats fédérés.

Une conjoncture favorable à la CDU

Aux appels à relancer au plus vite l’économie, s’ajoutèrent les manifestations anti-confinement, soutenues par le parti d’extrême droite allemand, Alternative für Deutschland (AfD). Elles furent néanmoins marginales et la grande majorité de la population allemande ne les soutint pas. La chancelière allemande le doit probablement à la culture politique du pays, laquelle prône davantage la discussion, l’échange, que la protestation. Les Allemands attendaient du gouvernement fédéral des réponses claires, des orientations précises. Leurs attentes ont généralement été comblées. La CDU a, de fait, profité de la crise, puisque le parti est actuellement crédité d’environ 40% des intentions de vote. Sur le plan économique, le pragmatisme de la chancelière allemande a été très apprécié : « Les Allemands attendent des réponses claires à la crise, des réponses pragmatiques, notamment en matière de relance économique. Or, c’est le fonds de commerce de la CDU », explique Paul Maurice.

La décision audacieuse d’Angela Merkel de proposer, avec son homologue français Emmanuel Macron, un plan de relance basé sur la génération d’une dette commune de 500 milliards d’euros, a été majoritairement favorablement accueillie au sein la population allemande : « Le ralliement de Wolfgang Schäuble, l’ancien ministre des Finances, connu pour être vraiment orthodoxe en matière budgétaire, a beaucoup compté. Il a prévenu que, sans ce plan, on courait à une catastrophe de l’économie de la zone euro », ajoute Christian Lequesne.

Les autres partis en pâtissent. « L’AfD a perdu un quart de ses suffrages puisqu’il est passé de 13% à 9% », note Paul Maurice. Cela s’explique notamment par l’incapacité du parti à se positionner comme une alternative crédible. Le parti d’extrême droite est également rongé par des luttes intestines et des scandales concernant l’affiliation de certains de leurs membres à des mouvances néo-nazies.

« On observe également une érosion des intentions de vote pour les Verts. Aux mois de janvier et février, les Verts se situaient entre 20 et 23% des intentions de vote, on les voyait même rattraper, sinon dépasser la CDU. Cela s’est complètement estompé, leurs intentions de vote sont tombées à environ 15% », précise Paul Maurice. Il est possible que cela soit dû à la volonté des Allemands de relancer dans un premier temps la machine de la première économie européenne, avant de traiter les questions environnementales. Les intentions de vote pour le parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) restent stables. « On retrouve une situation traditionnelle, semblable à celle d’avant 2017 au sein du paysage politique allemande », résume Paul Maurice.

La course aux élections législatives

Ces tendances peuvent pourtant n’être qu’éphémères. À près d’un an des élections législatives, tous les scénarios restent envisageables. Une tendance reste néanmoins dissociable et perceptible : la crise a vu émerger des personnalités politiques, amplifiant les fractures au sein de la CDU. Avant la crise, seule une poignée de candidats étaient susceptibles d’accéder à la chancellerie. Friedrich Merz en faisait partie. Le président du groupe CDU/CSU au Bundestag, qui était plutôt sur une aile économiquement libérale, était l’un des opposants de Merkel au début des années 2000. « On voyait avant la crise Friedrich Merz gagner cette sorte de primaire, du fait de son élection à la présidence de la CDU. Il n’est aujourd’hui plus perçu comme un candidat potentiel », explique Paul Maurice. L’autre candidat potentiel, Armin Laschet, qui a formé un duo avec le ministre de la Santé Jens Spahn, était dans un premier temps apprécié des Allemands car il était perçu comme quelqu’un qui savait gérer la crise. Cette image a ensuite été quelque peu rompue par sa volonté de déconfiner au pas de course sa région.

« La crise a vu émerger une autre personnalité politique : Markus Söder. Il appartient à la CSU, l’aile bavaroise plus conservatrice que la CDU. Il a été, pendant le confinement, sur une ligne très ferme puisque la Bavière était très touchée, ce qui lui a donné un taux de satisfaction de 94% auprès des Bavarois. Il était assez critique de la politique d’Angela Merkel, notamment au sujet de la crise des migrants en 2015. Il loue désormais la politique actuelle d’Angela Merkel », souligne Paul Maurice. Le ministre-président de Bavière est également très populaire dans le reste de l’Allemagne, ce qui est notable puisque les deux Bavarois qui se sont présentés à la chancellerie dans les rangs conservateurs en 1980 et en 2002, ont tous deux échoué.La gestion de la crise constituera probablement un facteur majeur dans le choix des électeurs allemands.

La popularité du SPD, des Verts et de l’AfD dépendra de leur capacité à se positionner d’ici à l’automne 2021, en tant qu’oppositions constructives. Le Covid-19 a brusquement freiné leur hausse de popularité. Il leur faudra probablement réfléchir aux thèmes qu’ils souhaitent mettre en avant pour contrebalancer le poids de la coalition CDU-CSU et à un candidat capable de les défendre. « Angela Merkel a réussi à se relégitimer », rappelle Christian Lequesne. Néanmoins, si certains estiment que la chancelière allemande a ses chances de diriger l’Etat fédéral pour un cinquième mandat, cette hypothèse est « très peu probable », selon Paul Maurice. Le chercheur estime toutefois que l’élection sera remportée par un conservateur, reste à savoir lequel. Là encore, la popularité des candidats potentiels dépendra de leur capacité à rassembler l’opinion sur leurs propositions concernant l’un des sujets essentiels des prochains mois : la relance économique. Il est à l’heure actuelle encore trop tôt pour déceler un favori. « Tout est ouvert » conclut Paul Maurice.

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Étudiant en première année, je suis particulièrement intéressé par les sujets : politique, géopolitique et économie.

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