Les gondoles sont de retour sur l'eau dans la ville des amoureux, Venise. ©Pixabay

La crise sanitaire liée au Covid-19 a ramené l’économie italienne à son niveau le plus bas depuis 1999. C’est pour cela que l’Italie tentera de sauver sa saison estivale en ouvrant ses frontières, début juin, aux touristes européens.

Dès le 3 juin, l’Italie, premier pays fortement touché par la pandémie, pourra de nouveau accueillir les touristes de l’Union Européenne, à la suite de longues discussions : la quarantaine obligatoire pour les visiteurs européens dans la célèbre « botte » ne sera donc pas nécessaire. À partir de cette date, les Italiens pourront également se déplacer librement dans tout le pays.

« En Italie, le tourisme est un secteur très important qui représente 13% du PIB », explique Cristiana, habitante de Milan en Lombardie, région la plus touchée, qui regroupe plus de la moitié des décès dus au Covid-19 en Italie.

En effet, le tourisme en Italie est une ressource économique essentielle. C’est l’un des secteurs indispensables à l’économie du pays, le maintien de la fermeture des frontières au début de l’été était donc inenvisageable.

Paola Campagna, mère de 3 jeunes filles, propriétaire d’un gîte dans le sud de l’Italie dans les Pouilles, garde espoir pour le début de l’été. Elle n’a pas fermé son site, et pour cause, tout y est : la chaleur de l’été, les belles plages, les restaurants et les bars le long de la mer, les couchers de soleil, tout est prêt : « La réouverture des frontières est une bonne chose car le tourisme est très important pour notre économie. Heureusement que le gouvernement a pris cette décision, car le virus m’a obligé à annuler les réservations pour l’été entier et a fait cesser de fonctionner toutes les activités liées au tourisme. »

La réouverture des frontières est très attendue par les Italiens, puisqu’elle va relancer le pays et son économie. Jusqu’en janvier dernier, des réservations étaient encore prévues pour le printemps et jusqu’à la fin de l’été. Le gîte était rentable et bénéficiait d’une bonne réputation. Début février, le virus et le confinement arrivent et s’en suit le confinement. L’économie subit une chute notable et les réservations sont annulées les unes à la suite des autres. Le gîte doit fermer ses portes aux touristes pour une durée indéterminée. Comme de nombreuses entreprises ont dû stopper leur activité net. 

Cristiana explique que la réouverture des frontières entre Européens est nécessaire à la reprise de la vie quotidienne : « Nous avons été confinés, pas seulement dans notre pays, dans notre région, dans notre ville, dans notre quartier mais dans nos maisons, dans nos quelques mètres carrés sans pouvoir sortir, ni parler aux voisins, ni même faire quelques activités sportives ou de bien-être pour nous et nos enfants. »

Le chemin est encore long pour ces habitants de la région lombarde : « Ce n’est seulement que depuis lundi dernier, 18 mai, que nous avons la possibilité de nous rendre hors de la Lombardie et donc voir nos proches. Ceci était impossible depuis le début du confinement le 24 février, instauré dans certains villages, comme Codogno situé au cœur des premiers foyers de l’épidémie. »

Une économie presque à terre

Le gouvernement italien prend la décision de rouvrir les frontières le 3 juin afin d’alléger le lourd coût économique lié à l’épidémie.L’organisation patronale Svimez estime la perte financière des entreprises italiennes par mois de confinement à 47 milliards d’euros.

La pandémie aura un impact important sur le tourisme italien. Le nombre total de visiteurs devrait diminuer de 41 % en 2020 par rapport à 2019. Cela équivaut à 47 millions de visiteurs en moins, selon l’ENIT (l’office nationale du tourisme italien). En outre, le nombre total de nuitées de touristes devrait diminuer de 154 millions et les dépenses totales des touristes devraient diminuer de 65 milliards d’euros.

L’impact sera plus important pour les arrivées internationales que pour les voyages nationaux. Les visiteurs internationaux d’une nuitée devraient diminuer de 49 % (soit 31 millions de visiteurs) en 2020. En comparaison, on estime que les visiteurs nationaux diminueront de 31 % (soit 16 millions) par rapport à 2019.

D’ici 2023, les professionnels estiment que le tourisme dans son ensemble sera revenu au niveau de 2019 et le dépassera avec une augmentation de 4 % du nombre total de visiteurs par rapport à 2019, principalement en raison du tourisme intérieur, tandis que les nuitées des visiteurs internationaux devraient revenir aux volumes de 2019 d’ici 2023.

« Mon mari a dû rester à la maison pendant 2 mois sans travailler car le télétravail n’était pas compatible avec son métier de commerçant. En France, il y a eu des aides de l’Etat, mais en Italie, les banques tardent à les mettre en place. Nous aurions dû toucher une indemnisation depuis deux mois, mais rien n’est arrivé à ce jour », explique Cristiana. En Italie le gouvernement met du temps à coordonner déconfinement, réouvertures des frontières et des commerces, ainsi les prêts sont retardés.

« L’entreprise a perdu environ 20 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les deux mois de confinement soit une baisse de 95% », explique Stefano Arneodo, le directeur de la concession automobile de luxe Maserati – Ferrari situé à Cinisello Balsamo au Nord de Milan. L’entreprise a fermé du 12 mars au 4 mai, les employés ont pu réintégrer le magasin le 18 mai. Un important chiffre d’affaires perdu, mais la reprise constatée depuis le 18 mai au début de l’été rassure le directeur du siège : « L’entreprise a été partiellement menacée, mais le danger réel sera là dans quelques mois si l’économie ne redémarre pas », assure le directeur, car avec une telle perte, l’entreprise se doit d’être très prudente dans les mois à venir.

Au vu de la situation financière du pays, les organisations mafieuses en profitent et se manifestent auprès de la population, comme les petits commerçants en grande difficulté économique, afin de reprendre leur place dans l’économie italienne. La mafia a été souvent plus rapide que le gouvernement pour aider ces personnes en grand besoin, en fournissant de la nourriture par exemple.  

La peur d’une deuxième vague au cœur de nombreuses discussions

Le confinement levé, les italiens reprennent peu à peu leur vie, tout en respectant les gestes barrières, mais une question se pose : Le virus risque-t-il de se propager de nouveau ?

Une chose est sûre, comme l’expliquent Paola et Cristiana : « Avoir une seconde vague du virus est une probabilité, mais le confinement, ne peut pas durer indéfiniment alors il faut prendre ce risque. On espère que les Italiens, Européens et les habitants du monde entier vont respecter les règles afin d’éviter cela. Cependant, avec la saison estivale qui arrive, les gens vont reprendre leur vie, mais de façon différente, à la fin de celle-ci, le froid va revenir, alors on se dit que probablement le virus avec. Bien heureusement, s’il revient, nous serons plus prêts car les hôpitaux sont équipés et les recherches pour un vaccin avancent. »

Afin de relancer l’économie, l’Italie a décidé, en collaboration avec l’ENIT, de promouvoir le pays avec des campagnes de publicités, visant notamment à rajeunir la clientèle. De plus, cette année, l’ENIT devient une agence à part entière du tourisme domestique afin de soutenir le pays dans cette crise majeure : « Nous avions prévu de promouvoir les belles régions de notre pays sur différents évènements, comme des concerts, festivals, évènements sportifs, mais nous avons dû les reporter », indique Anne Lefevre, directrice marketing à l’ENIT. C’est pourquoi toute la stratégie commerciale a été repensée, des plans d’action vont être mis en place, afin qu’une coordination nationale soit organisée. 

Cependant, l’Italie n’a pas été touchée de façon homogène. Le Nord a été très impacté par l’épidémie, ce qui lui a valu un confinement précoce. Le Sud lui, a tout de même été confiné, mais quelques semaines plus tard.

La pandémie : remettra-t-elle en cause le paysage politique italien

L’Italie allait déjà très mal avant la crise sanitaire qui a touché le pays, son niveau d’endettement était très nettement au-dessus des 100%. Au cours des 10 dernières années, l’Italie a déjà fait l’objet de fortes inquiétudes au plan européen. Comme informe le politologue Bruno Cautrès : « l’Italie est une vraie puissance industrielle dans certains secteurs, avec un haut niveau de qualification, donc la convalescence économique sera longue. »

Ainsi, le chemin pour retrouver une économie telle que celle d’avant la crise du coronavirus se fera sur une durée étendue, d’où les enjeux très importants des initiatives franco-allemandes, le plan solidaire Merkel-Macron. Celui-ci consiste à créer un fonds temporaire de relance européen dit « ambitieux et ciblé » de 500 milliards d’euros afin d’aider l’Union Européenne à surmonter cette crise économique et sanitaire.  

La décision du gouvernement italien de lever la quarantaine obligatoire, qui pourrait rebuter les européens venant dans le pays, est très soutenue par les Italiens car comme l’indique Cristiana : « La quarantaine que nous avons passée a causé beaucoup de problèmes dans de nombreuses villes comme Florence, Venise, Rome ou même Milan. Toutes très fréquentées habituellement, par des européens, mais aussi des personnes du monde entier, se sont retrouvées sans vie du jour au lendemain, ce qui a été compliqué pour leur économie. » En Italie, le secteur touristique est très important, il représente 13% du PIB. En effet grâce à son passé historique et ses monuments réputés, l’Italie est la quatrième destination touristique mondiale. C’est pourquoi le pays a décidé de lever cette quarantaine, afin de faire revenir au plus vite les touristes et ainsi relever la situation financière du pays.

Tout le monde en Europe essaie de relancer la machine économique de son pays. Le 15 mai, Giuseppe Conte le président du Conseil des ministres italiens, a eu une conversation téléphonique avec le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez. La discussion était axée sur les priorités de la reprise économique européenne due à la crise de Covid-19, telles que le « Fonds de relance » et le soutien européen au secteur du tourisme.

« La population italienne a fait beaucoup de concessions bien avant cette période de crise, ce qui avait déjà eu de réelles conséquences politiques anti-européennes », affirme Bruno Cautrès. La montée en puissance de plusieurs partis politiques comme la Ligue du Nord, très nationaliste et souverainiste avec aux commandes Matteo Salvani, et la crise des subprimes de 2008 qui avait déjà mis en péril l’économie italienne, avaient renforcé ce sentiment anti-européen. Il semble difficile de demander une nouvelle fois des sacrifices aux Italiens qui se sentaient exclus de l’Europe, comme la Grèce et l’Espagne, avant même l’arrivée de la pandémie du Covid-19.

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Je suis étudiante en journalisme à l'ISCPA dans le 10e arrondissement de Paris.
Je suis très intéressée par les sujets de société, ainsi que le football.

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