Le déroulement de la suite de la crise du Covid-19 est encore flou en Italie © Migle Vasiliauskaite

Dans la crainte d’une seconde vague de l’épidémie et d’une récession économique, les citoyens italiens questionnent les choix politiques de ces dernières années.

Pour le pays européen le plus touché par l’épidémie de Covid-19 avec 25 000 morts, le plus dur reste à faire. 530 lits de réanimation se sont libérés depuis le début de la semaine en Italie mais certaines régions comme la Lombardie subissent une hausse des contaminations. Selon les scientifiques, mettre en place un déconfinement généralisé le 4 mai comme le prévoit le gouvernement pourrait relancer l’épidémie. Pourtant, le président du Conseil italien, Giuseppe Conte ne flanche pas : « Nous devons partir du principe que la courbe de contagion va repartir vers le haut, mais maintenir le confinement est impensable et surtout, insoutenable », déclare-il lors d’une allocution le 23 avril. Suivant les prévisions des économistes, une diminution du PIB d’environ 5% est à prévoir pour 2020, le président du Conseil italien craint une récession économique.

Pour Frédéric Farah, économiste et spécialiste de l’Italie, la crise du Covid-19 fragilise un système de santé déjà mis à mal : « En 10 ans, le budget de la Santé en Italie a été diminué de 37 milliards, affirme l’économiste. Sur cette même période, on a fait disparaître plus de 73 000 lits ainsi que 600 cliniques médicales. » Un infirmier d’un hôpital à Ancône admet que « la santé en Italie, mais aussi en Europe, est devenue un marché. C’est partout pareil, mais nous sommes en train de payer pour l’avarice des politiciens. »

Pour certains, l’heure n’est pas encore aux explications : « Il est trop tôt pour porter des revendications alors que le virus continue de tuer des centaines de personnes par jour », ajoute l’infirmier. La situation est d’autant plus préoccupante qu’au début de la crise, de nombreux professionnels de santé ne disposaient pas de matériel médical nécessaire à leur protection. 

Aujourd’hui, 14 000 soignants seraient atteints par le Covid-19, ce qui représente 10% des contaminés en Italie. « Ils font le test aux politiciens et aux présentateurs de télévision, mais moi qui ai de la fièvre depuis trois jours à 38,7°, j’ai appelé le numéro régional et ils me disent de rester chez moi. Si mon état se dégrade, c’est là que je devrais appeler les urgences ! J’espère que cela va aller en prenant du paracétamol. À la fin, je suis médecin »,rapporte Edoardo Valli, un gynécologue de Rome dans le quotidien La Libre Belgique.

La crise qui s’annonce

« Dans les années 2000, le niveau de vie moyen des Italiens était au-dessus de la moyenne européenne. Maintenant il est très largement en dessous. Depuis 20 ans, l’Italie s’appauvrit alors qu’elle possède des excédents budgétaires, en étant un des plus grands exportateurs du monde », affirme l’économiste. Pour certains Italiens, le sentiment de grogne monte contre l’Union Européenne. Ils lui reprochent l’attitude hautaine et égoïste de ses dirigeants pendant la pandémie. « Le message d’excuse de la présidente de la Commission Européenne, Ursula Von Der Leyen, nous est resté en travers la gorge. Il fallait nous aider pendant que l’on était dans le besoin », s’énerve Massimo Venti, un étudiant italien en droit, vivant à Lyon. 

Pour Frédéric Farah, il est pour l’heure difficile d’évaluer les origines du sentiment anti-européen qui progresse dans les sondages. La crise du Covid-19 pourrait développer les positions eurosceptiques des Italiens défendues par Matteo Salvini. Les soignants continuent de travailler d’arrache-pied et sont considérés comme des héros par la population. Pour un médecin de la région des Marches : « Ce qui est sûr, c’est que les défaillances de la santé devront être réparées. »

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Antonio Maturo, sociologue, synthétise la crise que risque de subir l’Italie : « Les choix politiques se fondent sur la nécessité de l’hygiène publique, en même temps que l’on demande à la médecine des prévisions pour pouvoir reprendre la vie économique du pays. Ultime paradoxe : depuis des décennies, les investissements dans la recherche médicale étaient centrés avant tout sur la lutte contre les maladies chroniques. Notre système de santé, déjà fragile, risque d’imploser à cause d’une épidémie virale. » 

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