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Medellin : la ville voit rouge

Depuis maintenant un mois, la Colombie est confinée afin de limiter la propagation du coronavirus. A Medellin, une colère sourde gronde depuis plusieurs semaines car nombreux sont ceux qui, faute de pouvoir travailler, n’ont plus de quoi manger.

A Medellin, une voiture de police aux allures de corbillard, transportant un cercueil et des couronnes parcourt régulièrement les rues. Elle diffuse des messages d’alerte pour inciter les Colombiens à rester chez eux pendant l’état d’urgence.

Le 25 mars dernier, la Colombie a décrété un confinement général jusqu’au 11 mai afin d’enrayer la propagation du virus. Le pays a fermé toutes ses frontières, maritimes, terrestres et aériennes. Les cours sont suspendus, les rassemblements interdits, les bars et restaurants fermés. De la même manière, les sorties sont restreintes : « A Medellin comme dans d’autres grandes villes, y a le Pico y cedula, en fait, ton dernier numéro de carte d’identité détermine le jour où tu as le droit de sortir », précise Paul. Ce jeune homme vit en colocation dans un grand appartement dans un quartier du sud de Medellin, à proximité d’Envigado. Il explique qu’en Colombie, plusieurs gouverneurs avaient déjà décidé du confinement, plusieurs jours avant le pouvoir central, comme à Medellin.

Plutôt que dans les rues, les Paisas sont désormais tous à leur balcon pour applaudir et « pour soutenir les soignants mais aussi pour se soutenir les uns les autres ». La « ville de l’éternel printemps » est quasiment vide, alors que d’ordinaire « les gens sont tous dehors, souriants, aimables, ça grouille de partout », assure Paul. Deuxième ville du pays, Medellin est surtout connue pour être le lieu où a sévi le baron de la drogue Pablo Escobar pendant des années. C’est aussi le fief de l’artiste-peintre Fernando Botero et la vitrine de ses nombreuses oeuvres d’art. Entre deux averses, le soleil éclaire aussi les milliers de petites maisons de briques rouges qui parsèment la ville, recouvrant illégalement la vallée verdoyante de l’Aburrá. Des lieux populaires où d’ailleurs, la colère monte depuis le début du confinement.

Des chiffons rouges aux fenêtres 

Les Paisas ont trouvé une manière originale d’exprimer leur colère et leur détresse. A Medellin, nombreux sont ceux qui ont accroché des chiffons rouges à leur fenêtre pour demander de l’aide. « Dans ces quartiers, ces familles n’ont littéralement rien à manger », et craignent davantage la faim que le Covid-19. Mais « Ce n’est pas qu’à Medellin, c’est dans tout le pays » car en Colombie, la moitié de la population vit de petits boulots. « Le chômage n’existe pas et il y a beaucoup de travail informel. Ces gens sont vendeurs de fruits et légumes dans la rue, cireurs de chaussures, vendeurs ambulants etc. Et beaucoup d’entreprises ne font pas de contrats à leurs employés, ce qui revient aussi à travailler au jour le jour », explique Paul.

Le confinement a privé ces populations de travail. Des familles qui sont désormais sans ressources. A la Comuna 13, l’un des quartiers les plus populaires de Medellin, tout est à l’arrêt. Les escalators permettant d’accéder au sommet de la colline ne fonctionnent plus, aucun touriste ne vient admirer les fresques colorées qui égayent d’ordinaire le quartier. Seul le rouge qui se répète sur chaque balcon domine désormais.

Bien qu’au début, beaucoup ont écouté les consignes, après un mois de confinement, les familles ont faim et la colère monte. A force d’attendre, des manifestations ont éclaté à Medellin. France24 rapporte que des habitants du quartier de Altavista sont descendus dans les rues avec leurs casseroles pour faire du bruit et alerter encore davantage. La tension monte de plus en plus poussant à des heurts encore plus violents: « Il y a des routes qui ont été bloquées, des camions qui vont livrer des supermarchés qui sont dépouillés, il y a des supermarchés qui ont été vandalisé » , affirme Paul. 

Malgré tout, l’aide alimentaire ne vient toujours pas. « Avec l’Etat, qui alloue déjà une aide financière, il ne faut pas y penser, ils ont mis en place des distributions de vivres mais ça a à peine commencé, il y a déjà des scandales de corruption et de détournements de fonds ». La mairie de Medellin distribue en effet de la nourriture et une aide financière à quelques familles. La première étape d’un plan d’aide qui à terme, devrait toucher 600 000 personnes. Mais pour le moment, c’est insuffisant. Heureusement, pour pallier aux manquements des autorités, et puisque « l’entraide est vraiment importante, il y a beaucoup de personnes qui organisent des distributions de nourriture dans la ville », rapporte Paul. Finalement, le confinement exacerbe et rend compte des problèmes de pauvreté et de précarité économique dans ces quartiers, abandonnés par les autorités colombiennes.

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