Les musulmans débutent le Ramadan dans un contexte plus qu'inédit © Konevi / Pixabay

Quatrième pilier de l’Islam, le jeûne du ramadan est le moment le plus important de l’année pour les musulmans. Ces fidèles voient leurs plans largement chamboulés en raison de l’épidémie du coronavirus.

« Ramadan Mubarak ! » Une formule actuellement dans la bouche des milliards de personnes de confession musulmane pour se souhaiter mutuellement un bon Ramadan. Le traditionnel mois de jeûne débute officiellement vendredi 24 avril, et ce dans une atmosphère inédite due au confinement. Si ce pilier de l’Islam rime fortement avec abstinence, il est également synonyme de partage, communion et rassemblement. Des valeurs prépondérantes, plus que jamais mises à mal durant cette crise sanitaire, en attestent les mesures prises en Arabie Saoudite, où se trouvent les lieux saints de Médine, la Mecque et sa Grande mosquée.

Dès le 27 février dernier, les visas touristiques ont été suspendus. S’en est suivi la fermeture des écoles et mosquées, au grand dam des résidents du pays et des religieux. La plus grande déception réside cependant dans la probable annulation du Hajj, grand pèlerinage de La Mecque qui a lieu à la fin du mois de juillet. Mohammed Banten, ministre en charge du Hajj, a par ailleurs invité les fidèles musulmans du monde entier à « attendre avant de planifier » leur séjour. Une décision sage et logique au regard de la hausse constante de contaminations en Arabie Saoudite. Le bilan fait état à ce jour de près de 12 000 cas et plus de 100 décès liés au Covid-19, dans cette monarchie d’environ 34 millions d’habitants.

Un manque à gagner pour certains commerces

Pays de tradition catholique, la France n’en demeure pas moins une terre où les musulmans sont en nombre. On en compte à ce jour plus de 4,1 millions sur le territoire hexagonal, selon une estimation de l’Observatoire de la laïcité. Le Ramadan et son folklore font donc aujourd’hui partie intégrante de la société française, et les grandes enseignes ont parfaitement conscience du potentiel économique de cette période. Depuis plusieurs années, la grande distribution consacre des rayons entiers consacrés aux produits traditionnels les plus consommés pendant le Ramadan.

Selon Europe 1, les musulmans pratiquants augmenteraient leurs dépenses de 30% pendant les 30 jours de jeûne. Accueillant une forte communauté maghrébine, la longue et vive rue de Paris de Montreuil voit bon nombre de ses commerces de proximité se transformer en magasin spécialisé en produits et plats orientaux.

A l’instar des fêtes de fin d’année pour les grandes surfaces, le Ramadan constitue une bonne partie du chiffre d’affaire annuel pour ces épiceries et magasins dits exotiques. Cependant, le confinement est de mise et plusieurs commerçants sont inquiets quant à son influence sur leurs activités : « Bien sûr que le confinement nous fait mal, se lamente Kais, gérant d’une épicerie sur la rue de Paris. La rue de Paris, qui est d’habitude très peuplée, est désormais vide, donc c’est compliqué. Je pense, en plus, que les gens vont logiquement privilégier Carrefour car il y a plus de choix. On continue quand même notre activité du Ramadan en adaptant notre offre, en attendant le 11 mai pour rattraper notre retard. »

Le point de vue contrasté des pratiquants

Comme en Arabie Saoudite, les Français de confession musulmane voient leurs rassemblements grandement freinés par le coronavirus, qui rend impossible le Tarawih (prière du soir) à la mosquée, ou encore le déplacement chez des proches pour rompre la journée de jeûne autour d’un repas copieux. « Il est clair que c’est désolant de ne pas pouvoir communier, le Ramadan c’est aussi un mois de partage et de solidarité », confie Ramadhane, habitant de Montreuil âgé de 24 ans.

La méditation, la prière et la lecture du Coran tiennent également une place très importante durant cette période d’élévation spirituelle pour les musulmans. Certains d’entre eux considèrent même le confinement comme positif pour une pratique assidue de ces éléments : « Rester à la maison nous donne beaucoup plus de temps pour lire le Coran et ce de manière plus posée. Il y a aussi la possibilité de faire toutes nos prières de la journée à l’heure et de passer plus de temps avec notre famille », conclut le jeune montreuillois.

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