Le chef de l'Etat a laissé tomber le déconfinement régionalisé au profit d'une sortie de crise adaptée selon la situation de chaque Région. ©Jacques Paquier, Flickr

Le déconfinement approche à grands pas. Emmanuel Macron n’a plus d’autre choix que de faire appel aux collectivités territoriales afin d’élaborer une stratégie de coalition pour la sortie de crise.

Loin des réalités locales, Emmanuel Macron avait écarté d’office un déconfinement propre à la situation que vit chaque région. « Cela fait maintenant deux mois que nous sommes entrés dans la crise sanitaire et honnêtement, nous sommes tout seuls à la manœuvre, s’agace Eric Schlegel, maire sortant de Gournay-sur-Marne. Que le président se rapproche des collectivités, c’est la moindre des choses. » Tandis qu’il demandait aux élus « d’aider à faire en sorte que les règles soient les mêmes partout sur notre sol », le président a finalement engagé une réunion de concertation le 23 avril entre 22 maires, dont François Baroin, le président de l’Association des maires de France (AMF), afin de les consulter pour préparer les modalités du déconfinement progressif. Mais si « le dialogue est instauré » entre les collectivités locales et l’Etat, les actes joignant la parole sont désormais attendus au tournant.

« Je n’attends plus grand-chose de l’Etat »

L’Etat n’a en réalité plus d’autre choix que de se rapprocher des collectivités, « puisque ce sont elles qui sont propriétaires des bâtiments, ce sont elles qui seront amenées, encore une fois, à essayer de trouver des solutions pour que les choses avancent. Si on doit attendre les préconisations de l’Etat à chaque fois, on aura toujours un métro de retard », poursuit Eric Schlegel. En évoquant une lettre adressée à l’ensemble des élus, Eric Schlegel a rappelé qu’Emmanuel Macron avait lui-même affirmé que chaque situation devait être traitée « de manière particulière et singulière », que le maire sortant n’a « jamais constaté. » Une promesse manquée qui ne fait que s’ajouter à une liste déjà bien établie.

La France est officiellement un Etat décentralisée depuis la révision de la Constitution en 2003. Mais son socle historiquement centralisé fragilise les relations entre l’Etat et les collectivités territoriales, souvent houleuses. En 2013, le Haut Conseil des territoires, l’instance de dialogue entre Etat et collectivités, a d’abord été supprimée par les sénateurs, voyant cette instance comme une concurrence à l’égard de leur propre compétence en tant que représentants des collectivités territoriales. Mais elle va finalement réapparaître deux ans plus tard à l’occasion de l’élaboration du troisième acte de la Réforme territoriale, concluant sur la loi portant la nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe). En 2019, un nouvel acte de décentralisation avait également pour objectif d’engager un geste de réconciliation avec les élus locaux. Dépité par ce qui est mis en œuvre et du peu qui en découle, Eric Schlegel « n’attend plus grand-chose de l’Etat. »

Un débat hors-contexte

Emmanuel Macron s’était déjà montré hermétique aux revendications des collectivités locales, sans oublier que le président avait figuré sur la liste des absents au Congrès des maires en 2018. Cependant, Alain Faure, directeur de recherche CNRS en science politique, tient à resituer le contexte qui, selon lui, n’informe en rien sur le dialogue de centralisation et décentralisation en France depuis quelques années : « C’est vrai qu’Emmanuel Macron était loin des élus locaux, puis il a commencé à s’en rapprocher. Et, en ce moment, on est dans un période ultra-pragmatique, le gouvernement est prêt à céder sur tout si les maires fournissent leur aide. » « Le débat se fait en ce moment sur les normes imposées. Dans tous les pays en situation de crise, c’est évident que c’est la mécanique centralisée qui fonctionne », ajoute Alain Faure. Mais ce que le politologue observe le plus, ce sont « les stratégies politiques d’élus de premier plan », comme Martine Aubry à Lille ou Eric Piolle à Grenoble, qui s’est d’ailleurs déclaré candidat pour l’élection présidentielle de 2022. Alain Faure refuse de céder à une vision manichéenne : « J’ai vu des services de l’Etat très réactifs, des associations très réactives et des collectivités qui ont eu un petit temps de latence avant de réagir. » Le contexte de la crise sanitaire ne se révèle pas donc déterminant sur « la qualité de la gestion des collectivités locales. »

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Etudiante en deuxième année de journalisme, je suis à la recherche d'un stage de trois mois dans une rédaction de presse.

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