Le premier ministre hongrois Viktor Orban, le 30 mars 2020 à Budapest © ZOLTAN MATHE / POOL / AFP

 Les cas de contamination et de décès recensés en Hongrie sont moindres. Le Premier ministre, Viktor Orban, déploie pourtant une méthode « militaire » contre le coronavirus, intensifiant la dérive autoritaire du pays. 

Devant la crise sanitaire, le Premier ministre hongrois multiplie les mesures drastiques. Le nationaliste, opposant au système communiste à la fin des années 1980, puis membre du camp des progressistes libéraux dans les années 1990, s’impose comme le leader d’une droite dure, autoritaire et xénophobe. Le contexte épidémique en est la preuve : le 30 mars dernier, Viktor Orban a fait adopter par le Parlement une loi sur l’état d’urgence, lui accordant les pleins pouvoirs, pour une durée indéterminée. Jacques Rupnik, directeur de recherche au Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), l’explique : « Il peut gouverner par décret, abroger ou suspendre une législation existante, sans limite dans le temps. » Il poursuit : « La loi s’en prend aux médias, elle prévoit une peine allant jusqu’à cinq ans de prison pour les journalistes qui diffuseraient des informations ‘fausses’ ou susceptibles d’entraver l’action du gouvernement face au coronavirus. » 

Les militaires prennent le contrôle de plus d’une centaine d’entreprises dites « stratégiques » et d’hôpitaux, afin d’assurer leur fonctionnement. Jacques Rupnik le certifie : « L’appel aux militaires a pour objectif de sauver l’économie. » Une forte récession est annoncée en Europe, et en particulier en Allemagne, le partenaire économique privilégié de la Hongrie. Du côté des hôpitaux, des milliers de patients ont été renvoyés sur décision du gouvernement, dans le but de libérer des lits pour les malades, peu nombreux, du Covid-19. « En prenant en compte la démographie hongroise et la répartition des hôpitaux, je suis arrivé à la conclusion qu’il fallait plus de 30 000 lits consacrés au coronavirus », a indiqué M. Orban. Le pays ne recense pour le moment que 2 383 cas positifs au coronavirus et 250 morts. Les personnes atteintes de pathologies hors-Covid sont désormais mises à la porte. Péter Cserthati, directeur de l’Institut national de rééducation, a été licencié pour avoir contesté cette mesure. Les familles sont, dans ce même sens, affligées par la décision du gouvernement. 

L’opposition riposte

Souvent accusé de mettre en cause l’Etat de droit, fondé sur le principe du respect des normes juridiques, Viktor Orban doit encore une fois faire face à l’opposition.  Avec l’adoption du texte d’état d’urgence, les opposants reprochent au Premier ministre de prendre le coronavirus comme prétexte pour intensifier le contrôle du gouvernement national-conservateur. Son parti, le Fidesz, fait l’objet de fortes critiques, notamment de la part des contestataires de gauche (MSzP, LMP) et de l’extrême droite (Jobbik).

L’Union Européenne, préoccupée par la dérive autoritaire et xénophobe du pays, conteste, elle aussi, les mesures prises par la Hongrie. « Dès le lendemain de l’adoption de la loi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé à tous les pays de l’Union, sans mentionner la Hongrie, le devoir de préserver les droits fondamentaux et les valeurs démocratiques », expose Jacques Rupnik. La présidente de l’instance européenne, a par la suite indiqué être particulièrement préoccupée par la situation en Hongrie. Le président du Parlement européen, David Sassoli, l’affirme : « Pour nous, les parlements doivent rester ouverts et la presse doit rester libre. Personne ne peut s’autoriser à utiliser la pandémie pour saper nos libertés. » Depuis le vote du Parlement européen du rapport Sargentini, en septembre 2018, Budapest est accusé de violer les valeurs de l’Union européenne. 

Les interventions, mises en œuvre tardivement par la Hongrie pour endiguer la pandémie, se sont rapidement adaptées à la politique répressive de Viktor Orban. Un pas de plus vers une dérive autoritaire du pays.

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Diplômée d’un DUT information-communication, je poursuis mes études en deuxième année de journalisme.

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