Crédit : Birgit Böllinger de Pixabay

Le soleil brille sur Prague, mais personne ne se risque à faire un pas dehors. Bien que le gouvernement d’Andrej Babis ait assoupli les mesures de l’état d’urgence, décrété il y a presque sept semaines, les Tchèques restent prudents.

Tous les Tchèques pourront bientôt se divertir devant une nouvelle sitcom L’Amour aux temps du corona. Le tournage a commencé à Prague la semaine dernière, avec pour slogan « une maison, trois générations et la pandémie mondiale ». Une série qui s’annonce rocambolesque et qui se veut à l’image de ce que vivent les Tchèques actuellement. 

Depuis que l’état d’urgence a été décrété le 12 mars dernier, la République Tchèque a mis en place des directives claires. L’une des premières a été de fermer ses frontières aux voyageurs des « zones à risques » (comme la France). « Nous avons aussi interdit aux citoyens tchèques d’entrer dans ces zones », a déclaré le Premier ministre Andrej Babis. Le pays a aussi fermé la plupart des magasins, les restaurants et les bars, les cinémas et les théâtres tout comme les écoles. Les rassemblements ont été interdits et tous doivent respecter une distance de deux mètres. « Nous n’avons pas besoin d’attestation pour sortir, c’est plus du sens commun (…) je crois que les gens se sont habitués à rester à la maison », raconte Julien.

Le jeune homme vit à Prague depuis plus d’un an maintenant. « La capitale est vraiment très touristique », explique-t-il. En hiver, les voyageurs viennent voir la neige tomber sur les centaines de tours et de clochers ; en été, ils viennent se promener sur les rives de la Vltava ou les jardins Rieger. Mais aujourd’hui, la mythique place de la Vieille-Ville ne fourmille plus. Accrochée sur le mur sud du majestueux hôtel de ville, l’horloge astronomique sonne toutes les heures pour le vent car plus personne ne se presse à ses pieds pour la voir s’animer. « Il y a un pont très connu à Prague, le Pont Charles où il y a toujours un monde fou mais là en ce moment, il est complètement vide, c’est incroyable », affirme Julien.

Les Pragois tous masqués

A Prague comme dans toute la République Tchèque, le port du masque, pour « se protéger et protéger les autres » est obligatoire. Le pays semble persuadé que c’est la solution : « M. Trump, essayez de vaincre le virus à la manière tchèque. Porter un simple masque réduit la propagation du virus de 80 % », a tweeté le Premier ministre tchèque. Pourtant, aucune étude sérieuse ne confirme cette affirmation, et surtout, « il n’y en a pas pour tout le monde », rappelle Julien. « Ici, on ne va pas te mentir (…) il n’avait pas le matériel, ils l’ont dit, c’est plus direct », affirme Julien. Le ministre de la Santé Adam Vojtech a en effet reconnu que les services de santé manquaient environ d’un million de masques.

Pour compenser la pénurie, le gouvernement a incité à la fabrication maison. « Il n’y en avait pas plus qu’ailleurs mais ils nous ont expliqué comment s’en faire », raconte Julien. La technique est simple : un bout de tissu plié en trois et deux ficelles pour l’accrocher. Des milliers de femmes se sont ainsi mobilisées pour coudre des masques de protection, avant de les distribuer gratuitement. 

Entre-temps, le pays a réussi à se procurer des masques, grâce notamment aux bonnes relations de certains de ses milliardaires avec Pékin. Petr Kellner, présent en Chine via sa filiale de crédit immobilier, a ainsi financé et organisé le transport de 120 tonnes de matériel médical. Des masques chirurgicaux sont désormais disponibles dans des distributeurs automatiques à Prague, « une dizaine pour 9-10€ avec une bouteille de gel ».

Un déconfinement progressif

Depuis Pâques, les autorités tchèques relâchent la pression dans leur lutte contre le coronavirus. « Cela fait presque deux mois qu’on est confiné, mais là, c’est en train de se relâcher au niveau de l’Etat. » Depuis début avril, le pays envisage la sortie du confinement. « Nous pouvons nous préparer à un retour progressif et sous contrôle à la vie normale », a affirmé le ministre Adam Vojtech. Le gouvernement a ainsi annoncé un plan de déconfinement en cinq étapes, depuis le 20 avril et jusqu’au 8 juin. Depuis qu’il a reçu de l’ambassade ce programme de reprises des activités, Julien est rassuré : « L’Etat est positif, tout ça, c’est plutôt bon signe. » Certains commerces ont ainsi progressivement rouvert, comme les magasins de bricolage. Depuis le début du mois, « les autorités ont autorisé les sportifs à courir sans masque mais il faut que tu sois seul et isolé ».

Selon le ministre de la Santé : « Nous avons certainement dépassé le pire. » car d’après le gouvernement, le nombre de contaminations est en baisse.

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