Depuis plus de quatre jours, de Villeneuve-la-Garenne à Aubervilliers, la tension monte dans les banlieues. Une situation qui interroge sur le devenir des politiques publiques dans les quartiers précaires.

Villeneuve la Garenne, 21 avril 2020. Un accident aux circonstances encore floues laisse un motard blessé après une intervention de police. Cette interpellation controversée a mis le feu aux poudres dans les banlieues d’Ile-de-France.

Aux tirs de feux d’artifice répondent les tirs de LBD des forces de police : le déchaînement des banlieues s’accroît depuis le début de la semaine. Le gouvernement, par la voix de Sibeth Ndiaye, a rapidement « condamné » ces violences urbaines, renforçant ainsi le sentiment d’exclusion des habitants. 

Source: Geoffroy van der Hasselt (AFP). Des interventions de police ont eu lieu ces derniers jours dans les communes de la banlieue parisienne, après de nombreux heurts et actes criminels.

Le confinement pèse lourd pour les cités précaires, et ces incidents font craindre un nouveau soulèvement, près de quinze ans après la crise de 2005. Marginalisées, stigmatisées, les banlieues sont au coeur de la crise. Laissés pour compte par les politiques publiques de l’État ou éternels lieux de non-droit, les évènements récents interrogent sur leur place dans les politiques publiques de l’après covid-19.

« On s’est débrouillé tout seuls »

Hamid Chabani connaît bien la réalité des politiques publiques dans les banlieues. Conseiller départemental de la Seine-Saint-Denis (93), il regrette l’image que la société s’en fait. Il souligne le contre-exemple du tissu associatif qui s’y active durant la crise en regrettant le manque de lumière mis sur « ce qui se passe de bien dans les banlieues ». Pour lui, « les politiques publiques s’intéressent trop peu aux quartiers prioritaires » et constate que ce sont des associations et équipes municipales qui prennent en charge les politiques urbaines.

C’est le cas d’Espérance Banlieues, qui lutte contre l’échec scolaire. Ce dernier illustre l’amplification des inégalités du fait de la crise. Alors que 50% des élèves de 3ème n’obtiennent pas la moyenne à l’examen écrit du brevet dans les banlieues, le confinement et la faible disponibilité de moyens informatiques de certains foyers créés une exclusion numérique. Celle-ci  augmente le « risque d’inégalités, alors que le rôle de l’école est justement de les réduire » pour Marguerite Vaganay, responsable de la communication de l’association.

Adbelaali El Badaoui a quant à lui  créé Banlieues santé, une ONG d’aide médicale aux personnes précaires,  il y a à peu près 15 ans. Son projet a pris un tournant particulier avec la crise du covid-19, ce qui l’a amené à créer #enmodeconfiné, une application permettant notamment des livraisons de denrées alimentaires. « On voit qu’on a un rôle dans ces zones où les populations et les associations nous demandent de l’aide, pour se former et s’organiser sur le terrain » explique Adbelaali, qui espère que son outil pourra être utilisé par les pouvoirs publics.

Les banlieues grondent

Myriam Necib, chargée de mission à la Mairie d’Aubervilliers, constate l’étendue de la crise au sein de cette ville de banlieue parisienne. Pour elle, depuis le début du confinement, « Les habitants des banlieues sont les ‘mauvais élèves’ et sont montrés du doigt. » Un enfermement difficile à respecter lorsqu’il est synonyme de « dormir dans le salon alors qu’on est cinq dans un deux pièces, et vivre avec l’augmentation des organismes nuisibles, en raison de la diminution du ramassage des ordures ». L’entreprise Odoxa a étudié les conséquences du confinement dans les banlieues et observé que 60% d’entre eux ressentent une anxiété, tandis que 28% ne peuvent pas profiter d’un espace extérieur.

Hamid Chabani a grandi dans le quartier résidentiel d’une de ces banlieues. Aujourd’hui élu de son département, il porte le poids de leur insuffisance : « Les gens attendent beaucoup des élus locaux mais, depuis le début de la crise, on a dû se débrouiller tout seuls. » Pour lui, le contexte sanitaire exacerbe les difficultés dans les zones instables que les récents heurts policiers n’ont pas arrangées. Myriam Necid raconte qu’à Aubervilliers  « Les forces vives viennent en majorité de ce côté-ci du périphérique, et la banlieue est méprisée. » Depuis son poste à la Mairie, elle fait même état de coups et d’humiliation vécus par les habitants.

Une crainte de « l’après-confinement » pour Myriam Necib car « les inégalités sont plus visibles que jamais ». Hamid Chabani, lui, voit « des familles qui ne savent pas si elles vont retrouver leur place dans la société. Ça les inquiète… et nous aussi on est inquiets ». 

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Étudiante en journalisme à l'ISCPA, je m'intéresse particulièrement aux affaires politiques et internationales. Je suis active sur Twitter (@AngelaLebreton) et LinkedIn (Angela Lebreton).

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