Un soldat américain sur un transporteur, en Irak (Crédit : Pixabay)

Les Irakiens affrontent le nouveau coronavirus avec un système de santé délabré. Le tout, alors que leurs alliés occidentaux doivent retirer leurs troupes du pays, laissant le champs libre à un éventuel retour de l’Etat islamique.

L’armée irakienne livrée à elle-même face à Daech ? C’est un scénario probable d’ici la fin de l’année 2020. Et pour cause : la pandémie mondiale due au nouveau coronavirus impacte forcément les opérations militaires. Avec 1631 cas confirmés pour 83 décès, l’Irak ne subit pas autant que ses voisins turcs et iraniens, Etats les plus touchés au Moyen-Orient par le virus actuellement (source : Johns Hopkins University).

Des chiffres relativement petits qui ne doivent pas cacher les faiblesses de l’Etat irakien, qui essuie crise sociale sur crise sociale depuis des années. La dernière en date : les manifestations des communautés irakiennes (kurdes, chiites, sunnites) contre le gouvernement d’Adel Abdel-Mahdi, qui a finalement quitté son poste de Premier ministre le 2 mars dernier. Depuis, la situation est plus qu’instable, bien qu’un chiite, Mustafa Al-Kazemi, ait été nommé à la tête de l’exécutif début avril.

« Un gouvernement fantoche »

Myriam Benraad, politologue et spécialiste du Moyen-Orient et de l’Irak, confirme cette absence de gouvernance, préjudiciable en pleine pandémie. « On a un contexte de très grave crise politique et sociale en Irak avec un gouvernement fantoche. Une non-gouvernance, un non-gouvernement ce qui veut dire qu’il n’y a pas de politique viable face à la pandémie au sens large, pas d’Etat fonctionnel dans le contexte. »

Mme Benraad indique que l’impact du Covid-19 sur le pays risque d’être de taille, car le pays, aussi bien politiquement, que sanitairement, n’aura pas les moyens de riposter face à cet ennemi invisible. « L’Irak n’a pas de politique sanitaire et cela ne date pas du Covid-19. Les services médicaux ont tous été complètement mis à mal par des années de guerre. Les personnels soignants eux-mêmes ne sont pas protégés et s’exposent, les médecins ont quitté massivement l’Irak. »

Une situation qui suscite les inquiétudes dans cette région où les djihadistes de Daech ont réussi à s’implanter durant leur califat territorialisé de 2014 à 2017, avant d’être vaincus militairement par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance arabo-kurde soutenue par la coalition internationale emmenée par Washington. Le 25 mars dernier, l’état-major français a décidé de rapatrier les militaires de l’opération « Chammal » déployés en Irak, soit près de 200 militaires, engagés jusqu’ici dans la formation de l’armée irakienne ou travaillant au sein de l’état-major de la coalition à Bagdad. Côté américain, la Maison Blanche tergiverse, entre le président Donald Trump qui s’est engagé à rapatrier les 5200 soldats, et les faucons de son administration qui ne veulent pas céder face à Téhéran.

Pour Pierre-Jean Luizard, historien, le retrait des Etats-Unis et de l’Iran, à cause du coronavirus, va considérablement affaiblir le pays. « Le retrait des deux parrains, américains et iraniens, ne fait que révéler le caractère impraticable et non réformable du système irakien. »

« Tous les ingrédients d’une résurgence de Daech »

Selon lui, ce système élaboré en 2005 sous l’égide des Etats-Unis et du Royaume-Uni après la chute de Saddam Hussein, est non réformable. Un état des lieux qui favoriserait le potentiel retour de Daech dans le pays. « Il y a aujourd’hui tous les ingrédients d’une résurgence de Daech d’une part à cause de la très grande difficulté du système politique à perdurer, et également à intégrer la communauté arabe sunnite », estime ce spécialiste de l’Irak. « Il suffit de se rendre aux nombreux camps de réfugiés au sud de Mossoul pour réaliser que c’est une communauté vaincue, humiliée, et marginalisée. »

Un danger réel pour l’Irak donc, quand on sait que les combattants de Daech recrutent au sein des populations sunnites marginalisées et humiliées dans les pays arabes. Des grandes villes à majorité sunnite comme Mossoul sont toujours détruites, et aucun processus de reconstruction n’a été entamé. Les sunnites n’ont donc pas la possibilité d’y vivre, dans le cas de Mossoul. Au contraire, « la population est parquée dans des camps, à la merci de milices qui pratiquent des exactions régulières. »

M. Luizard précise que le retrait des Américains risque de fragiliser un Etat irakien déjà bancal, mais celui des Iraniens également. La pandémie a en effet provoqué la fermeture rapide de la frontière entre l’Iran et l’Irak, ce qui a entraîné l’arrêt des mobilités des pèlerins iraniens vers les villes saintes chiites d’Irak. « Cela a beaucoup fragilisé les milices chiites qui ont été à la pointe du combat contre Daech. »

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