L’EHPAD est dedié à l'accueil des personnes âgées de plus de 60 ans en situation de perte d'autonomie physique et/ou psychique, qui ne peuvent plus être maintenues à domicile © Pixabay

Devant la crise sanitaire, les EHPAD tentent de sauver ses 700 000 résidents, malgré des moyens financiers dérisoires. 

Le dernier bilan fait état de 8 000 morts dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), sur un total de 21 340 en France. Depuis un mois, les personnels tentent de protéger au mieux la population la plus à risque, malgré les moyens tardifs mis à disposition par l’Etat, comme l’approvisionnement de masques et de tests. Les dernières décennies ont révélé de réelles difficultés rencontrées par ce secteur peu valorisé en France. Romain Gizolme, directeur de l’AD-PA, association des directeurs au service des personnes âgées, le certifie : « Ce qui caractérise ce secteur c’est qu’il fonctionne en sous-effectif depuis plus de 20 ans. » Les EHPAD ont dû s’adapter à la crise sanitaire dans des circonstances précaires déjà présentes : un manque de personnel, de temps et d’argent. « Cette crise révèle le meilleur, c’est-à-dire le grand engagement du personnel auprès des personnes âgées, mais aussi le pire, à savoir un manque d’investissement de la part de l’Etat. » 

La loi « Grand âge et autonomie », reportée à plusieurs reprises, devait être l’un des grands projets du quinquennat d’Emmanuel Macron. Arnaud Trenta, sociologue à l’IRES (Institut de recherches économiques et sociales), pense que la crise sanitaire peut modifier l’action de l’Etat en la matière : « Il est possible que l’épidémie de Covid-19 fasse sauter quelques verrous au niveau des politiques publiques car sera désormais difficile de faire accepter des politiques d’austérité sur des sujets centraux, comme la santé ou la dépendance.» Malgré de nombreux projets de loi, notamment depuis la présidence de Jacques Chirac (1995-2007), aucun n’a été véritablement abouti. Il poursuit : « Il y a eu des avancées mais elles restent modestes. Une part conséquente de l’aide aux personnes âgées dépendantes est prise en charge au domicile par les familles, et principalement par les femmes. » Il évoque de nettes disproportions vis-à-vis des heures de travail effectuées par les aides-soignants et leur reconnaissance, notamment monétaire. En 2018, les journées d’action publique menées par les personnels des EHPAD ont contribué à médiatiser les conditions de travail des aides-soignants, et les conditions de vie des résidents. Le terme de « maltraitance » dans les EHPAD a émergé pour désigner l’impossibilité de bien traiter les personnes dépendantes, notamment par le manque de temps consacré au personnel. 

Christèle Meilland, économiste à l’IRES, s’est déplacée avec son équipe dans différents secteurs de France, afin de mener une étude sur l’état des EHPAD. Elle l’explique : « Au début, les maisons de retraite se construisaient dans un cadre associatif, mais cela a changé, dû à l’amélioration de l’espérance de vie. Il a fallu augmenter les besoins d’hébergements, et donc de personnel. » Elle évoque notamment le terme d’industrialisation dans les espaces privés et publics. 

Adaptation en temps de crise 

Depuis le début de l’épidémie, Romain Gizolme l’explique : « Nous faisons face à la crise avec les moyens du bord, tout en mettant en place les directives du gouvernement au fur et à mesure qu’elles arrivent. » Il souligne la difficulté pour les résidents de s’adapter à l’isolement : « Au bout de plusieurs semaines, nous avons constaté des syndromes psychologiques, alimentaires et un repli sur soi. » Longtemps coupés de leurs proches et de leurs activités quotidiennes, les résidents retrouvent peu à peu une vie sociale. Dimanche 19 avril, le ministre de la santé, Olivier Véran, a annoncé la possibilité pour les familles de rendre à nouveau visite à leurs aînés.  Les psychologues, animateurs et kinésithérapeutes reviennent progressivement. Mais encore une fois, le manque de personnel entraîne une incapacité de répondre aux besoins de tous les résidents. 

« Il va falloir augmenter le nombre de soignants, instaurer des conditions de travail plus acceptables et créer des politiques concrètes, déclare Romain Gizolme. Les personnes âgées sont des concitoyens fragiles, que nous devons accompagner. Ils doivent exercer leurs droits et leurs libertés, et pas seulement se laver et se nourrir. » Il évoque un manque de budget mis à disposition par l’Etat, qui ne peut répondre à ces besoins. La demande est de créer au moins deux emplois dans chaque service et à domicile, ainsi que l’augmentation considérable des moyens financiers alloués à ces établissements. Sans oublier la mission première de ces résidences : accompagner au mieux les personnes en fin de vie. 

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Diplômée d’un DUT information-communication, je poursuis mes études en deuxième année de journalisme.

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